|
L'élargissement
de l'Union européenne à l'Est et au Sud : Réflexions prospectives sur des questionnements pour l'action introduites par Francesco Milner 11 avril 2000
|
|
L'élargissement de l'Union européenne vers l'Est et vers le Sud soulève la nécessité d' apprendre comment gérer efficacement sa diversité interne croissante tout en ne compromettant pas sa cohérence. Serait-il possible de s'y prendre par d'autres chemins? Si l'on voulait escamoter cette tâche-là d'apprentissage, comment serons-nous capable, alors, de transformer les conditions radicalement neuves de la future structure de l'Union en une occasion, pour l'Europe, de rejoindre celles lui ayant permis de realiser l'unité culturelle dans la diversité qu'elle avait intégrées à partir du deuxième millénaire lorsqu'elle avait su fusionner ses composantes clé, parmi lesquelles l'on s'accorde à reconnaître le langage biblique, la foi monothéiste judéo-chrétienne, le sens hellénique du beau et de la raison, le sens romain du droit ? En effet, nous constatons qu'au 19ème siècle, la chrétienté cesse de déterminer la culture européenne dés lors que l'illusion des Lumières se met à engendrer un rationalisme qui fait éclater l'idée grecque de la raison suivant deux chemins séparés. D'une part, celle-ci poursuit la fin d'une pure universalité visant un ordre mondial théorique, donc 'parfaitement pernicieux' parce qu'asphyxiant, rejetant tout sens de « giveness », aboutissant à un type d'idéologie totalitaire construisant l'homme par et pour la raison. D'autre part, elle s'engouffre dans le sentier de la particularité, aboutissant au nationalisme extrême, favorisant le local et la négation de toute universalité, donc aussi 'parfaitement pernicieux' parce qu'asphyxié, aboutissant à la tragédie symétrique d'un autre type d'idéologie totalitaire, dé-construisant l'homme par la dé-raison. Or, aujourd'hui, pourrions-nous croire, donc, qu'il suffira de regarder l'avenir, de commencer à le préparer, en ne s'attelant qu'à la tâche, pourtant indispensable, de surmonter « le mur dans nos têtes » créé par l'ignorance ou le préjudice construits pendant les décennies de la guerre froide et de la division que celle-ci a entretenue en Europe ? Il est permis d'en douter dés lors que l'on se penche sur la mesure saillante, d'une nature toute autre, selon laquelle, en même temps qu'elle n'a cessé d'être un jalon clé de l'Europe, la diversité se fait jour dans la vie politique à l'Ouest tout comme à l'Est au fur et à mesure que la perception des confins des (anciens) Etats-nation se voit défiée par les identités sub-étatique et des minorités qui somnolent ou qui pointent ou qui se radicalisent, par le communications globales et culturelles qui broient les distinctions entre espaces constitués autant qu'elles émiettent les séquences du temps regulé, par les groupes transnationaux dont les intérêts s'éssaiment sans frontières: en somme, quoique nécessairement imprécise dans sa définition propre, la notion même de diversité culturelle - il faut le reconnaître - accélère ses évolutions tous azimuths en ce début de millénaire. Ce doute, d'ailleurs, se mue en interpellation dés lors qu'il nous est permis de nous attendre à ce que les nouveaux apports humains, vivants, qui vont provenir de l'Orient ameneront une relance intense du fonctionnement de l'Union. En réalité, ne faut-il même espérer que ses nouveaux sociétaires voudront mobiliser l'Union en tant qu'ancrage pour leur espérance dans le dépassement de leur histoires malheureuses de marginalisation et d'oppression par les puissances dominantes ? Face au devenir de l'histoire et à ses tragédies, comment ne pas ressentir même l'obligation d' assumer le pari que les nouveaux membres rejoignant la famille commune européenne qui se met à se rassembler sur toutes ses bases, concourront à ce que, dans le sein de celle-ci, la mise en uvre de la diversité culturelle - richesse dont le TCE consacre le devoir de préservation et de promotion - engendre à l'avenir un appel renforcé à la fonder sur une pérennité plus exigeante encore de l'héritage commun, sur un climat plus favorable encore à la créativité puisant aux racines de celui-ci, sur une accessibilité toujours moins inégale à un patrimoine pour tous? Voilà autant de questions qu'il paraît essentiel d'affronter, voilà autant d'aspects problématiques dont il apparaît important de tenir compte dés lors qu' en nous interrogeant sur le caractère nécessaire de la tâche d'apprentissage qui nous confronte, nous passons à questionner directement la signification profonde de l'opportunité que le nouvel apport amené à l'Union par le processus de ré-unification du continent, puisse être exploité en tant que surcroît de force, capable de re-vitaliser le sens de la mission de base des Communautés européennes. La mission de surmonter les animosités mutuelles historiques entre nations et groupes humains. La mission de contribuer à construire effectivement les conditions de la paix « par des efforts créateurs à la mesure des dangers qui la menacent », de telle sorte qu'un espace de rencontre et de dialogue vienne se substituer aux schémas mentaux ayant semé, en succession temporelle quasi - mathématique, l'opposition, la destruction et le déclin. La mission d'y remplacer, ainsi, un cadre de référence où nous puissions, alors, faire renaître pleinement l'esprit de l'Europe. N'est-ce pas parler, par là, de l'élan de l'individualité universelle que l'Europe spirituelle d'antan - pendant un si long moment suspendu, hélas, par la folie scandalisante de la créature révoltée - a fait vivre en et au delà d'elle, par les racines de la Chrétienté et sur les ailes de l'Humanisme de la Renaissance, lequel faisait à cette source première de la vie humaine en société une place pour le moins certaine ? Si on développe la réflexion dans cette direction, il faut naturellement espérer qu'une valeur ajoutée clé, voire même que le sursaut complémentaire décisif soit assuré prochainement par la future Charte européenne des Droits fondamentaux à laquelle vont aboutir, dans quelque mois, les travaux de la Convention qui s'en est chargée dans le sein de l'Union, en consultation itérative et ouverte, d'ailleurs, des "sociétés civiles" dans tous les pays membres du Conseil de l'Europe. En effet, au moment présent, à quelque mois de l'échéance cinquantennale du plus beau des traités communautaires dont nous nous remémorions, à l'instant, les termes du principe vital quintessentiel, l'appréciation de ces travaux là, si imprégnés de l'inspiration et de la méthode créatrices ayant mû les Pères de l'Europe, ne conduit-elle naturellement à rechercher avec insistance la possibilité que la personne humaine, en tant que telle, soit reconnue constitutionnellement au centre de l'uvre, en guise de fondement d'une 'dignitas' où le 'souci de l'âme et du corps' puisse s'épanouir, grâce à laquelle « l'âme européenne » puisse entrer au coeur d'un dessein véritable de paix parce qu'élevé, alors, en dessus du « sum », puisque garanti, alors, par la vertu d'un « sursum » toujours redécouvert ? A bien y regarder, d'ailleurs, la tâche même de soutenir le sens d'identité politique commune de l'UE dans ces nouvelles circonstances qui se façonnent parmi nous, devant nous, revient à réclamer l'exigence de parler ouvertement, à présent, de la question spirituelle européenne, de sorte à générer un effort qui lui soit correspondant dans la définition des valeurs éthiques et des règles politiques de base sur lesquelles le travail efficient de l'Union repose et dont le développement va dépendre en une mesure qu'il devient de moins en moins facile de ne pas tenir pour essentielle. En effet, l'unité ne présuppose pas seulement la tolérance de la différence. Elle ne se contente pas non plus de la confiance mutuelle et l'engagement au traitement égal. Au niveau de l'Europe, elle exige, surtout, la capacité pour cet 'esprit européen qui pousse vers l'autre', qui pousse vers le non-européen, de convoyer - et de se faire habiter par - une certaine idée de l'homme incluant le « souci de l'âme », qui devienne ainsi capable d'une perméation sans distinction aucune des sociétés dans l'Est et dans l'Ouest tout comme dans le Nord et dans le Sud. Du reste, les valeurs et les règles de l'identité politique commune de l'Union européenne peuvent, devront être réalisées dans toute une variété de contextes culturels. A leurs niveaux de compétences, les Etats membres actuels et leurs parties constituantes ne sauraient prétendre au droit de prescrire et de surveiller l'adhésion par les candidats aux valeurs éthiques et règles politiques de base de l'UE sans être prêts eux-mêmes à s'assujettir au même scrutin, car la tentative d'écarter cette obligation exposerait l'UE à une imputation de « doubles standards » et d'hypocrisie, qui pourrait engendrer un cynisme corrosif dans le sein même des sociétés des pays candidats : en fait, l'UE souffre elle même d'un « déficit démocratique » et les règles de mise en uvre de la démocratie, la règle de droit, les droits de l'homme et les droits des minorités ne répondent pas à la perfection dans les actuels Etats membres. Dans ces conditions, si tant est que l'accélération du changement social et politique requiert de l'innovation dans les démocraties depuis longtemps établies tout autant que dans les jeunes démocraties bourgeonnant autour d'elles, n'est-on donc pas obligés, même, de reconnaître dans l'inclusion de ce « souci de l'âme » l'occasion de re-naissance qu'apportent les travaux de cette Convention afin d'assurer le projet européen à un ensemble de valeurs fondatrices et d'idées directrices, qui soit apte à enraciner le sentiment d'appartenance à un contexte européen au sein duquel les principes de base du libéralisme et de la démocratie auront besoin d'être constamment confrontés, en pratique, aux demandes des sociétés qui changent et qui se diversifient dans une multiplicité sans cesse renouvelée? Une plus grande ouverture au support mutuel, l'échange d'expériences, la prolifération de « meilleures pratiques » : voilà autant d'ustensiles utiles, sans doute, pour l'initiative dans tous les Etats, soient-ils les membres actuels de l'Union ou les candidats à le devenir, suivant l'ontologie plurielle dans laquelle seulement l'Europe peut se décliner, au risque de disparaître. Dans cette lancée, le champ des droits des minorités apparaît destiné à rejoindre plus rapidement l'agenda de l'UE élargie puisque l'histoire a semé dans les Etats candidats d'aujourd'hui, de demain et d'après-demain, des résidus psychologiques explosifs de « demi-vie »: voilà, sans doute, un terrein d'inspiration pour encore d'autres moyens spécifiques utiles, car ces mines - là nécessiteront des années et des générations avant de pouvoir être désactivées. Comment ne pas avoir à l'esprit le cas des citoyens Roma, la minorité transnationale européenne de loin la plus nombreuse présente dans tous les EM actuels de l'Union ; ou encore les cas de la Lettonie et de l'Estonie qui amèneront dans l'Union des nombres considérables de populations d'origine Russe. Plusieurs des problèmes minoritaires, d'ailleurs, persisteront et traverseront les confins extérieurs de l'UE élargie, en affectant de la sorte la politique étrangère directe de l'Union envers les Etats non membres : il s'en suivra que l'érection d'un régime fermé, restrictif, répressif, des frontières extérieures serait de nature à exacerber les tensions minoritaires et à complexifier grandement les relations transfrontières. En même temps, il sera généralement utile de considérer qu'à plusieurs égards, les reformes requises pour assumer les implications de l'élargissement vont être complémentaires de celles exigées par la réponse aux pressions de la globalisation : on peut craindre, en effet, que le coût d'un élargissement lent en raison de celle-ci, imposant aux nouveaux entrants un poids régulatoire disproportionné par rapport à l'acquis communautaire non renonçable, serait de nature à croître dés lors qu'il ralentirait le rythme de leur croissance, qu'il intensifierait leur propension à émigrer à l'ouest, qu'il aiguiserait les tensions politiques en leur sein, qu'il endommagerait leurs jeunes démocraties. Et sous cet angle, la mise au point d'une politique d'immigration commune devra sans doute faire partie d'un régime omnicompréhensif de la frontière externe de l'Union élargie qui tiendrait compte des développements profonds que l'élargissement engendre dans l'être de l'Union de demain : voilà encore un autre moyen, certainement utile, lui aussi, pour bâtir le nouveau contexte européen qui s'avère nécessaire. Toutefois, est-ce que tous ces moyens et modes de procéder seront suffisants pour réussir notre tâche première, celle d'où cet enchaînement de réflexions a commencé? Il me semble que si on veut répondre à cette question on doit approfondir encore la réflexion. En effet, à ce stade de notre cheminement, l'interrogation ne doit-elle pas se focaliser davantage sur la circonstance que ces élargissements oriental et méridional que l'Union entreprend auront pour effet d'accroître sans cesse la porosité entre les dimensions externe et interne de la politique ? La conséquence prévisible de celà sera que nous auront à envisager de plus en plus d' initiatives transversant les trois 'piliers' de l'Union. Plus généralement, il deviendra indispensable de susciter la mise en place de solutions tout-à-fait imaginatives et innovantes qui, en répondant à des approches mutuellement acceptables, nous feront capables d'affronter ensemble, avec un esprit nouveau, des problèmes de plus en plus complexes et pourtant caractérisés par des caractères communs dans chaque partie du continent. En effet, les latitudes mêmes de cette complexité n'apparaissent destinées qu'à se dilater. A l'Est, la re-émergence et la re-définition rapides des identités nationales et culturelles des minorités va sans doute s'accompagner de différentiations de même rythme entre les Etats sur les chemins ou dans les schémas de démocratisation et de transformation économique. A l'Ouest, les différences de perception culturelle et de situation économique sont poches, certes, mais n'ont pas donné lieu à un fusionnement d' attitudes. Celles-ci démeurent trés variées. Elles apparaîssent même destinées à s'écarter davantage si on ne prend pas garde des pulsions de la mondialisation. De cela faut-il déduire nécessairement la perspective d'une persistance, voire de la prolifération d'une fluidité intrinsèque de valeurs et d'intérêts, d'un trend de changement constant au sein de toutes les sociétés européennes, que l'on pourrait désigner en termes d'une dominante croissante de fragmentation et de pluralisation entre intégration et universalisation ? D'où s'ensuivrait, d'une manière nécessaire, l'échec de toute tentative de définir des frontières, voire plus précisément de « dire » des « fins » pour l' « Europe » en termes spirituels et culturels dés lors que l'on garde à l'esprit l'impact non négligeable que les structures politiques, économiques et sociales peuvent exercer en configurant valeurs et intérêts collectifs ? La réponse à ces questions se doit, je crois, d'être nuancée. L'élargissement de l'Union à l'Est et au Sud va pourvoir, certes, un stimulus et une opportunité pour renouer avec le sens de la mission originelle des Communautés européennes. Nous venons d'examiner en quoi ces plus-values potentielles peuvent consister, en termes de transformation du schéma des politiques européennes sur la base de la réconciliation, de la solidarité, de la coopération et de l'intégration. De plus, dans le fond, cette opportunité-là, si nous parvenons à nous en saisir véritablement, si nous le voulons, va-t-elle nous permettre d' approfondir directement notre regard en le convertissant dans la capacité d'une génération de sens, qui procéderait à partir d'un 'être-avec' revisité au travers de la re-découverte d'une 'écoute de l'être', sur laquelle la raison aussi purra trouver un véritable fondement. Nous venons d'en examiner l'itinéraire qu'il apparaît souhaitable de centrer dans la personne humaine. Et telle est, du moins, la leçon que donnent d'un 'pareil état désirable' les tenants de la théorie philosophique ainsi dite du 'pluralisme raisonnable' dés lors qu'un regard transcendant vient la féconder. Cette opportunité, on le voit bien, nous aurons tout avantage à la saisir. Mais en quoi serait-elle à notre portée ? Dans le concret, de quoi s'agira-t-il en substance ? A ce tournant - ci de notre questionnement, il me semble utile de laisser orienter notre réflexion par certains des propos que le président Prodi vient de tenir à l'occasion de l'inauguration officielle, à Vienne, de l'Observatoire européen des phénomènes racistes et xénophobes : « Seule la conscience qui nous provient de l'histoire peut permettre une vigilance effective sur les valeurs que nous partageons L'Europe peut avoir un futur de paix, peut construire un grand dessein de paix seulement si elle n'oublie pas, seulement si elle s'engage à une culture de la mémoire Il faut affirmer avec clarté que l'Europe est appelée à faire du dialogue entre le Christianisme, le Judaïsme et l'Islam un de ses points de force pour une culture de la paix ayant son centre dans la Méditerranée La cohabitation en Europe des traditions religieuses différentes est et sera pour tous une richesse et une ressource . L'élargissement implique que l'Union européenne adopte une politique constructive de coopération avec nos nouveaux voisins et nous saurons cueillir l'opportunité nos seulement de diffuser notre prospérité au delà de nos frontières, mais aussi de propager en toute l'Europe les valeurs éthiques et politiques que nous partageons . Il s'agit de changer les mentalités des gens, à partir de l'école et de l'enfance, en promouvant la compréhension et l'estime réciproques entre personnes appartenant à des religions, à des races et à des cultures différentes ». Dés lors que l'on applique ce spectre-là de la volonté à l'analyse d'ensemble que nous prospectons; plus encore, si, en poussant le regard encore davantage vers la lumière, l'on voulait inscrire dans cette vision précisément le Sud de l'Europe orientale, cela signifie - me semble-t-il - que l'oeuvre que l'Union aura a réaliser devra viser un développement du cadre institutionnel, législatif, économique, social qui soit vite mis en une relation vitale avec les valeurs et les modèles sur lesquels est fondée l'Union d'aujourd'hui, et ce en portant à la dimension régionale l'attention qui lui est due face à la catastrophe déchirante qui vient de confronter les différentes entités étatiques et ethniques sur place, tout autant qu'en ayant en vue l'opportunité de fournir l'assistance requise aussi à des bénéficiaires autres que les Etats. Pourquoi, pourra-t-on se demander, développer notre ligne de pensée en concentrant l'attention, à présent, sur cette partie-là de l'Europe dans l'économie du thème propre qui est assigné, aujourd'huj, à ces réflexions? En fait, puisque cette partie-là de l'Europe est, et démeurera très probablement, le point le plus problématique sur le chemin de l'Union qui s'élargit, il est trés probable qu'elle tend, dés aujourd'huj, le prisme le plus utile pour nous aider à bien voir. Car il y devient clair, me semble-t-il, qu'en complément des aspects économiques et formellement institutionnels de l'uvre de reconstruction à laquelle l'Union s'engage à apporter sa contribution, nulle part ailleurs sur le continent peut mieux être illustrée l'importance-clé de la "société civile" en tant qu' élément de toute première grandeur dont il conviendra de se préoccuper face aux immenses besoins de re-connection des relations nécessaires, de re-vivification des tissus sociaux dans les ensembles de vie habités par tant d'européennes et d'européens si tragiquement meurtris. D'ailleurs, la qualité de la vision que nous en retirons ne nous permet-elle pas d'apercevoir même au délà, de détecter peut-être déjà comment va devenir crucial, à très long terme, qu'à son niveau de compétences l'Union parvienne à solutionner, à gérer avec succès, l'ensemble sociétal extraordinairement complexe qui émerge des deux parties jadis séparées du continent? Est-il éxageré d'imaginer qu'à cet horizon-là la tâche commune devienne, à terme, celle de combiner entre elles - dans un contexte de responsabilités partagées entre le différents niveaux de gouvernement et en y faisant toute la place souhaitable à des sociétés créatrices - la nature plutôt re-distributive qui caractérise le processus en cours de libération croissante de la société civile à l'échelon européen dans l'Ouest, avec la nature essentiellement re-constructive qui doit connoter le travail de reprise et de re-tissage à réussir dans les sociétés européennes dans l'Est ? Si ces perspectives d'ensemble étaient jugées comme étant appropriées ; si, plus précisément, l'objectif qui paraissait plus entièrement partageable était celui de soutenir le développement social et de développer des relations étroites entre les pays bénéficiaires et entre ces pays et les pays de l'Union au sein d'un même grand courant européen auquel nous parvenions à donner, tous les européens ensemble, forme et substance, alors, l'idée d'une contribution bien menée par l'Union dans le but d'aider la mise en place de réseaux actifs de conservation, d'étude, d'apprentissage et de propagation des connaissances, des traditions, des valeurs que nous transmet l'histoire extraordinairement riche en croyances fortes, en fois religieuses vivantes, en convictions éthiques fermes, en biens artistiques foisonnants qui composent l'héritage européen des peuples de l'Ouest et de l'Est tout comme du Nord et du Sud du continent, apparaît destinée à correspondre, me semble-t-il, à une manière de procéder tout-à-fait centrale dans le but de nous assurer un demain soutenable.
Je me demande, toutefois, si le choix d'engager
le regard dans la direction du type de chantiers dont nous venons d'effectuer
le survol, ne revient pas à concrétiser l'idée de
chercher à l'endroit juste afin de re-trouver l'homme à
l'intérieur de lui même, afin de nous aider à repérer
le compendium des qualités de l'homme - créé libre
- qui permettra de substantier notre pensée dans et par la personne
humaine, puisque nous aurons appris, alors, à ramener tant de cogitations
sur l'homme en deçà des surenchères au travers desquelles
les humanismes moderne et post-moderne ont conduit - et promettraient,
autrement, de reconduire assurément - au déraillement de
l'humain. |