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Bruxelles,
le 13 novembre 2000
Ce samedi 11 novembre, le Centre de Rencontres de Dongelberg (Jodoigne)
a reçu trois orateurs de choix dans le cadre d'un colloque intitulé
« Le génie de l'Europe, aux sources de la conscience européenne
» : M. Gérard-François Dumont, professeur à
l'Université de Paris-Sorbonne ; M. Michel Hansenne, député
européen, ancien directeur général du Bureau Inter-national
du Travail, ancien ministre fédéral ; Mgr Faustino Sainz
Muñoz, nonce apostolique auprès des Communautés européennes.
Le Centre de Rencontres de Dongelberg organise régulière-ment
des activités culturelles et sociales et propose également
des activités à caractère spirituel comme des re-traites,
des récollections ou des cours de théologie qui sont confiées
à la Prélature de l'Opus Dei.
« Le Groupe de réflexion sur l'éthique sociale de
l'Eglise » qui se réuni dans le cadre de Campus a.s.b.l a
apporté sa contribution à l'animation du débat en
présentant des interventions qui sont le fruit des travaux du Groupe
pendant l'année en cours.
Les trois interventions, devant un public de près de 200 person-nes,
ont porté successivement sur la démographie, l'Europe sociale
et les racines spirituelles de l'Europe. Dans son exposé «
Famille et démographie sur le vieux continent », le professeur
Dumont a tenté de répondre à deux questions : que
montrent les indicateurs démographiques et quelles sont les causes
des phénomènes observés ? Premier constat : depuis
les années 80, l'Europe est le seul continent à enregistrer
un accroissement naturel négatif de population. A juste titre,
un article du Times titrait récemment « La santé budgétaire
de l'Europe est menacée par une bombe à retar-dement démographique
». Et pour cause : tous les pays d'Europe sont actuelle-ment en
dessous du seuil de remplacement des générations (2,1 enfants
par femme).
Au ni-veau des familles, une très importante diminution des mariages
est à constater. A noter que la remontée passagère
à la fin des années 80 est étroitement liée
à des décisions politiques de type allocations et octroi
de pensions. Les chiffres de nuptialité sont en recul dans toute
l'Europe. Ces divers phénomènes s'amorcent à partir
des années 60. L'introduction de la con-traception n'est pas compensée
par des politiques familiales. En parallèle, la durée de
la scola-risation retarde l'âge du mariage et de la maternité.
La distinction entre le lieu de travail et le lieu du domicile introduit
également une évolution importante dans le travail féminin,
désor-mais calqué sur le mo-dèle masculin. La diminution
des mariages s'explique également par la pénalisation fiscale
des couples mariés.
Dans pareil contexte, le non-dit des hommes politi-ques s'avère
inquiétant. A terme, le vieillissement de la population va désta-biliser
les systè-mes de protection sociale, d'où l'urgence d'une
mise en uvre de politiques familiales. « Si fondamen-taux
sont les problèmes de population qu'ils prennent leur revanche
sur ceux qui les ignorent », a conclu le conférencier en
citant son ami et maître Alfred Sauvy.
M. Hansenne, dont l'intervention était intitulée «
L'Europe sociale : un dossier entrouvert », a commencé par
rappeler que l'objectif social ne faisait pas partie des intentions de
départ des pères fondateurs de l'Europe. Ceci étant,
les six premiers partenaires du marché commun partageaient une
même perspective de politique générale : l'économie
sociale de marché. Dans une première phase, l'Europe sociale
s'est confondue avec l'Europe des travailleurs, conformément au
traité de Rome de 1957. La deuxième étape de l'Europe
sociale a démarré en 1986, avec la signature de l'acte unique
et la mise en avant de la santé et de la sécurité
des travailleurs. L'éclosion du marché unique sous l'ère
Delors a consacré les thèses de la sociale-démocratie
chrétienne avec, notamment, le lancement du concept de subsidiarité
au niveau européen. Cette période s'est traduite par une
montée en puissance du dialogue social euro-péen qui s'est
concrétisé, notamment, par l'adoption de 34 directives en
la matière. Le traité de Maastricht (1992) représente
une troisième étape avec le projet d'une convergence sociale
accompagnant la convergence économique. Finalement, le traité
d'Amsterdam de 1997 inau-gure une quatrième phase : intégration
des préoccupations des citoyens européens en matière
d'emploi, reconnaissance du rôle fondamental des partenaires sociaux,
préoccupation pour la cohésion sociale et la santé
Aujourd'hui, se réjouit M. Hansenne, l'Europe sociale grouille
au quotidien, au-delà de la seule problématique du travail.
Mgr Sainz, dont l'intervention a porté sur « Les racines
spirituelles de l'Europe », a fait écho aux récents
propos de M. Prodi - « L'Europe n'est pas concevable dans l'oubli
de sa mé-moire. Et dans sa mémoire apparaît la trace
permanente du christianisme » -, en insistant sur l'importance d'approfondir
nos racines, qui ne remontent pas au 17ème siècle, mais
à l'aube de l'évangélisation. De nos jours, la problématique
du sens, avec son pessimisme idéologique, son relativisme et son
nihi-lisme, a conduit à une religion nouvelle, celle du repli sur
soi. Le corps humain, constate le nonce, n'a plus de significa-tion personnelle
et est réduit à sa maté-rialité : seuls importent
les critères de plaisir et d'efficacité. Le relativisme
éthique transforme la démocratie en un système sans
référence permanente. Or, seule la reconnaissance d'une
loi morale objec-tive peut fonder et garantir les valeurs de la démocratie.
Quelles sont les valeurs fondatrices de l'unité européenne
sans lesquelles l'unité se réduirait à une structure
sans con-tenu ? L'apport de la raison métaphysique, tout d'abord,
ne peut être négligé. L'universalité et l'université
sont des créations et des concepts européens. La liberté,
quant à elle, est sou-mise à un ordre supérieur voulu
par Dieu et atteignable par la raison. La liberté n'est pas illimitée,
il existe une éthique fondée sur la loi naturelle, dont
les principes obligent universellement. A l'heure actuelle, les laïcs
chrétiens sont appelés à revitaliser ces valeurs
qui concourent à la construction d'un monde plus humain : la sacralité
de la vie, depuis son début jusqu'à son terme naturel ;
le principe de subsidiarité ; la promotion de la famille et de
la valeur inestima-ble du lien conjugal ; la globalisation de la solidarité
avec, notamment, l'annulation de la dette des pays pauvres, etc. Quoi
qu'il en soit, l'Europe ne saurait se re-plier sur elle-même sans
trahir ses racines et ses exigences spirituelles. D'autres continents
attendent d'elle des initiati-ves audacieuses
Un débat, riche et animé, a permis aux intervenants d'apporter
des éclairages complémentaires au gré des nombreuses
questions du public. Ainsi ont été encore abordées
des questions aussi diverses que la mondialisation, le dialogue entre
les trois grandes religions monothéistes, la notion d'« équilibre
démographique », les rapports entre politique sociale et
politique fami-liale, le fondement de la « loi naturelle »,
les flux migratoires, la charte européenne des droits fondamentaux.
Le mot de la fin fut laissé à Mgr Sainz qui a évoqué
la figure de Thomas More.
Le colloque de Dongelberg a été aussi l'occasion pour le
« Groupe de réflexions sur l'éthique sociale de l'Eglise
» de faire connaître son programme de réunions de 2001.
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