LA SPÉCULATION DANS LES MARCHÉS FINANCIERS INTÉGRÉS

INTRODUCTION PAR JEAN-FRANÇOIS DE LE COURT

17 octobre 2000

 

Que disent les Conciles et l'histoire de l'Eglise ?

-Le concept d'usure :Benoit XIV « Vix pervenit « 1745 AC « Le péché d'usure est de vouloir qu'en vertu d'un prêt, il soit rendu d'avantage que ce qui a été reçu. »
-Léon 1er Le Grand : 443 AC : « Aucun clerc ou autre ne peut pratiquer le prêt à intérêt, pas plus au nom d'autrui qu'à son nom propre »
-Concile de Latran ; Innocent II 1139 AC : « Usure exclue de toute consolation de l'Eglise » « qu'ils soient tenus pour infâme toute leur vie et privés de sépulture ecclésiastique s'ils ne viennent pas à résipiscence »
- etc etc

Que dit Jean-Paul II dans le document du 100ème anniversaire de Rerum Novarum ?

Èn fait, il ne traite pas le sujet de la spéculation proprement dite, ni du prêt à intérêt.
C'est plutot la légitimité de la propriété privée des moyens de production et des richesses.
Il réaffirme la nécessité et la légitimité de la propriété privée, mais en la soumettant à certaines conditions et limites. « L »homme,dans l'usage qu'il fait de ses biens, ne doit jamais tenir les choses qu'il possède légitimement comme n'appartenant qu'à lui, mais les regarder aussi comme communes, en ce sens qu'elles puissent profiter, non seulement à lui, mais aussi aux autres »
La propriété privée doit être regardée comme « un prolongement de la liberté humaine ».

La Commission « Justice et paix »

C'est la Commission Justice et paix qui s'exprime de façon spécifique et très dure sur le système financier et la spéculation qui semblent être pour eux, indissolublement liés…
Ils se basent notamment sur les rapports du PNUD, dont ils tirent une série de conclusions accablantes. On peut aussi citer dans le même esprit, et quasi dans les mêmes termes le Rapport ROBERTSON sur « la nouvelle économie du développement durable »
Les conséquences des flux financiers peuvent se décrire comme suit :
-c'est le système anglo-saxon, dominé par les fond de pension et autres qui génère la recherche du profit immédiat.
-le système financier mondialisé est jusqu'à présent impossible à réguler.
-C'est lui qui incite et oblige l'industrie à donner priorité aux productions de produits de consommation immédiate et souvent superflus, au détriment des produits d'équipement « durables »
-cette spéculation entraine des mouvements quasi instantanés de masses financières importantes qui, notamment, on causé la crise du peso mexicain (94-95) et celle des pays du sud- ouest asiatique ou encore de la Russie…
-une masse importante de ces capitaux volatils, provient de transactions illicites : fuite de capitaux et crimes.
-C'est un système qui provoque systématiquement l'enrichissement des riches et l'appauvrissement et l'exclusion des plus pauvres…

Des mesures doivent être prises car le fonctionnement actuel du système monétaire mondial conduit à court terme, à des catastrophes sur le plan humain et celui de l'environnement.
Les mesures proposées aux chrétiens « citoyens » consistent en ceci :
-Ne pas recourrir à la fraude fiscale
-favoriser les placements « propres »
-préconiser le retour à la Loi dans le domaine monétaire
-La taxe Tobin
-La stabilité des parités monétaires
-L'harmonisation des politiques et législations fiscales.


Commission Justice et Paix

Extrait de
"Malheur à nous qui jouons avec l'argent du monde" - Rome, janvier 2000


Les ressources financières illégales.

Par ailleurs, parmi les masses financières qui composent les flux d'argent circulant et alimentant la spéculation, se trouvent deux types de flux financiers dont les objectifs premiers trouvent leur source dans la volonté d'échapper à la légalité.

Le premier est de l'ordre de la soustraction de capitaux à une fiscalisation dans le pays de leurs propriétaires pour trouver refuge dans des placements dans les " paradis fiscaux". Cette possibilité de " fuite de capitaux" comme il est d'usage d'appeler ce flux, retient nombre de gouvernements de lever de justes impôts sur les revenus mobiliers les plus importants, de peur de les voir rejoindre ces flux d'argent en recherche de placements défiscalisés à l'étranger.

Le second est constitué de revenus de commerces illicites comme celui des ventes frauduleuses d'armes, d'alcool, de tabacs ou d'autres produits soumis généralement à forte taxation, ou encore comme celui de l'écoule-ment de produits de contrefaçon ou encore d'œuvres d'arts volés, comme enfin, et c'est la masse la plus importante sans doute, celle des stupéfiants de toute nature.

Il faut également souligner le fait que, essentiellement par le biais du " blanchiment " de masses importantes d'argent illicite, le système bancaire international est lui-même plus ou moins profondément pénétré et gangre-né par diverses maffias, et en particulier par la maffia russe.

Les flux financiers nécessaires

Restent - et c'est bien le terme approprié si l'on s'en réfère au fait que, comme on l'a vu, ils ne constituent que 20 % de 1'ensemble des flux finan-ciers et monétaires -, les mouvements d'argent tout à fait licites et souhai-tables.

I1 s'agit bien sûr tout d'abord des transferts d'argent correspondant à des transactions commerciales entre pays. Ce sont les importations et les expor-tations des uns et des autres qui constituent le commerce international.

Si bien des aspects de ce commerce international posent aujourd'hui des problèmes causés par les choix d'investissements de la sphère financière qui privilégient, on l'a vu, les productions à forte rentabilité immédiate - le plus grand profit financier dans les délais les plus brefs -, les transferts financiers qui résultent de ces transactions réelles de l'activité économique n'ont pas à être mis en cause en eux-mêmes. Les choix de production peuvent être contestés, cela n'implique pas que les modalités commerciales qui les met-tent sur le marché doivent l'être également.

Il en va de même des couvertures de risques prises par les institutions financières pour prévenir, dans les règlements commerciaux, les disparités monétaires susceptibles de survenir entre le moment de la conclusion d'ac-cords commerciaux et celui de leur règlement.

Ces dispositions ne constituent pas des placements de rentabilité dans l'acception courante de ce terme et leur taux est généralement relativement faible. Des mesures de prélèvement sur ce type de flux financiers risque-raient donc d'en rendre l'existence même aléatoire alors qu'elles sont utiles voire nécessaires au bon fonctionnement des échanges internationaux.

Observation et analyse: synthèse.

De ce que nous avons ainsi pris en considération, nous pouvons consi-dérer que:

- l'impact des gestionnaires de fortunes privés ou institutionnels - que l'on songe aux comportements des fonds de pensions des Etats-Unis par exemple - pèse anormalement sur les prises de décisions économiques;

- leur recherche de profit optimal à court terme privilégie la production de biens de consommation immédiate, non durables et dans de trop nombreux cas superflus, plutôt que de contribuer à l'amélioration de la qualité de la vie;

- cette priorité accordée au profit optimal à court terme constitue un obstacle à l'accès des pays en développement à un stade de développement économique durable;

- une masse importante de capitaux volatiles provient de transactions illi-cites constituées de:
- " fuites de capitaux " à la recherche de "paradis fiscaux";
- revenus de productions et de commercialisations illégales, telles celles des stupéfiants, à la recherche de possibilités d'intégrer le circuit financier légal;

- toutes les mesures non spécifiquement dirigées risquent de mettre des entraves à ce que la libre circulation des capitaux a de souhaitable pour les activités économiques et commerciales réelles et productrices de mieux être et de développement;

- des dispositions doivent toutefois être prises d'urgence, car le fonctionnement actuel du système monétaire et financier international conduit, et cela risque d'être à brève échéance, à des catastrophes tant sur le plan humain que sur celui de l'environnement.