| «
The ideas of economists and political philosophers, both when they
are right and when they are wrong, are more powerful than is commonly
understood. Indeed, the world is ruled by little else. Practical men,
who believe themselves to be quite exempt from any intellectual influences,
are usually the slaves of some defunct economist. Madmen in authority,
who hear voices in the air, are distilling their frenzy from some
academic scribbler of a few years back... soon or late, it is ideas
not vested interests, which are dangerous for good or evil » |
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John
Maynard Keynes
The General theorie of employment
of interest and money |
| Development
requires the removal of major sources of unfreedom : poverty as well
as tyranny, poor economic opportunities as well as systematic social
deprivation, neglect of public facilities as well as intolerance or
overactivity of repressive states. Despite unprecedented increases
in overall opulence, the contemporary world denies elementary freedoms
to vast numbers -perhaps even the majority - of people. |
| |
Amartya
Sen, Nobel prize 1998
Development as freedom |
| Il
semble que, tant au niveau des Nations que des rapports internationaux,
le 'marché libre' soit l'instrument le plus efficace pour allouer
les ressources et répondre efficacement aux besoins. Ceci,
vaut , cependant, seulement pour les besoins qui sont « solvables
», pour lesquels il est nécessaire un pouvoir d'achat,
et pour les ressources qui sont « vendables », en mesure
d'obtenir un prix adéquat. Mais, il existe de nombreux besoins
humains qui n'ont pas accès au marché. C'est un devoir
strict de justice et de vérité que d'empêcher
que les besoins humains fondamentaux demeurent insatisfaits et que
les hommes qui en sont opprimés périssent. Il est, également,
nécessaire, que ces hommes qui sont dans le besoin, soient
aidés à acquérir les connaissances, à
entrer dans le cercle des interconnexions, à développer
leurs aptitudes pour valoriser au mieux leurs capacités et
ressources. Avant même la logique des équivalents et
des formes de justice, qui lui sont propres, il existe quelque chose
qui est dû à l'homme parce qu'homme, en raison de son
éminente dignité. Ce quelque chose dû comporte
inséparablement la possibilité de survivre et de donner
une contribution active au bien de l'Humanité. |
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Jean
Paul II
Centesimus Annus, p 66 |
AVIS
AU LECTEUR : Ce document n'est en fait qu'un ensemble de notes, et non
un texte achevé et structuré, qui n'a pas d'autre objet
que celui de stimuler la discussion au sein du groupe de réflexion.
Le « Welfare State » est un ensemble de règles garantissant
des formes de sécurité sociale pour l'individu et la collectivité,
la justice sociale et des formes de solidarité entre générations.
Il se développa à partir des premières mesures sociales
introduites par Bismarck en Allemagne, les lois sociales de Lord Beveridge
(après la première guerre mondiale), le New Deal (après
la crise de 1929) et tendit à se généraliser dans
tous les pays , notamment dans les régimes socio-démocrates
dans les pays scandinaves (après la 2° guerre mondiale).
Le
« contrat social », qui a été à la base
du Welfare State, a permis d'assurer le développement matériel
et le bien être des nations modernes tout en garantissant une certaine
paix sociale. Ses formes ont varié considérablement aussi
bien au sein de l'Europe qu'aux Etats Unis et au Japon. Il repose, toutefois
sur quatre piliers communs :
-
Le
droit au travail
- La lutte contre la pauvreté (personne n'a le droit à être
pauvre !)
- La protection contre les risques sociaux
- La promotion de la non-discrimination (ou pour utiliser une terminologie
moderne , l'égalité des chances au sens large )
Quel
est le bilan de cette institution après cinquante ans ? Quelles
interrogations suscite t-il aujourd'hui aux yeux des économistes
, des citoyens et des chrétiens ? Quel sens faut-il lui donner
? Comment ne pas voir dans le débat aujourd'hui autre chose qu'une
question technocratique (parfois pudiquement baptisée « modernisation
sociale »), voire un enjeu de société, en d'autres
termes voulons nous une société « marchandisée
» ou préserver la cohésion sociale, c'est-à-dire
mettre l'économie au service des Hommes .
De
ce point de vue, les enseignements de la doctrine sociale de l'Eglise
sont une source inépuisable de réflexion et d'inspiration
pour notre action au sein de la société dans laquelle nous
vivons.
Le
Welfare State en crise : raisons éthiques et économiques
Les origines. Le rapport Beveridge plaidait pour l'institution
d'un système fondé sur quatre piliers, qui ont donné
lieu, avec des variantes nationales, au Welfare State : couverture universelle
; prestations uniformes pour tous (services égaux à besoins
égaux et subsides d'un montant égal pour tous) ; protection
« minimale » pour garantir les besoins de base et garantir
un niveau de subsistance minimal ; distribution » automatique »
de prestations et services en fonction des besoins. Ce système
a été appliqué à la fin de la guerre avec
les gouvernements Attlee et Bevan qui inaugura le National Health Service
et introduisit l'assurance nationale pour la garantie de revenu et l'assistance
publique nationale. Mais, c'est dans les pays scandinaves, entre les années
50 et 60, que ce système fut porté à l'extrême,
avec des progrès incontestables en termes de bien être individuel
et collectif.
Equité et efficience. Le système fondé sur
l'universalité et la standardisation des prestations a généré,
toutefois, un « paradoxe redistributif » : a) en raison de
l'effet combiné des contributions et des prestations, les catégories
à revenu moyen finissaient par percevoir plus que celles à
faible revenu ; la fourniture de services et d'indemnités à
qui n'en a pas besoin a détourné des ressources au détriment
de ceux qui en ont le plus besoin ; b) le modèle de Welfare 'universel'
s'est heurté avec des problèmes de rendement en raison des
coûts croissants (cherchant à satisfaire de manière
uniforme les besoins de la population, il a produit une spirale expansive
financièrement insoutenable) ; c) ce système a aussi favorisé
des comportements anti-économiques (et condamnables d'un point
de vue éthique), ou parfois des phénomènes de type
« welfare scrounging » : par ex. les taux d'absentéisme
très élevés qui ont affecté l'économie
suédoise au cours des années 80, en partie liés à
la générosité et l'universalité des indemnités
de maladie ; d) enfin, à terme, de profondes inégalités
entre générations et groupes sociaux tendent à se
créer.
Les
nouveaux défis : Le « Welfare State » est déstabilisé,
sous le poids de facteurs démographiques (vieillissement de la
population ), économiques ( l'expansion du marché au détriment
de l'Etat) et sociaux ( l'accroissement du chômage). D'où
la nécessité d'une révision du système dans
la plupart des pays, et surtout dans ceux où le système
a été le plus développé (en Grande Bretagne
avec la réduction des dépenses sociales et en Suède
avec des contrôles plus sévères), mais dans certains
cas, les inégalités sociales n'ont fait qu'augmenter de
façon criante.
Les principes de Beveridge sont-ils dépassés ? Une telle
conclusion serait inopportune : les effets pervers de l'universalisme
ont commencé à se manifester lorsque l'on est passé
de l'idée d'une protection « minimale » des besoins
essentiels à celle d'une protection « maximale » de
chaque besoin individuel. Beveridge avait bien à l'esprit ce problème
lorsqu'il affirmait : « le Welfare State ne doit pas entraver les
incitations, les opportunités et les responsabilités mais
donner lieu et encourager les effeorts individuels pour obtenir un niveau
de vie supérieur aux standard minima garantis par les autorités
publiques ». Ce message reste aujourd'hui d'actualité, mais
la difficulté semble résider dans l'apport d'un fondement
éthique au système de protection sociale (au delà
de son efficience économique).
Le
marché contre le Welfare State
Il
est hors de doute que l'intervention de l'Etat a produit des réformes
progressives dans les sociétés industrielles nées
à la fin du XIX siècle dans le sens d'une plus grande couverture
des besoins sociaux de la population. Dans la période de l'après-guerre,
s'est affirmé, du moins en Europe, le modèle « d"économie
sociale de marché, fondé sur la réconciliation des
exigences d"efficience économique et du souci d"équité
et de justice sociale ainsi que sur les valeurs de démocratie et
de droits de l"Homme.
Qu'on
le veuille ou non, le marché reste l'instrument indispensable pour
atteindre un certain degré de prospérité économique
et à travers elle, la redistribution des bénéfices
sociaux. Mais, le marché en soi, ne peut gouverner la société
civile qui impulse les droits et les devoirs de chacun, ni créer
les filets de protection sociale pour ceux qui sont dans le besoin. Le
marché, -libre de toute contrainte , non maîtrisé
(laissez faire) devient même la négation de la cohésion
sociale, comme en témoigne l'expérience néo-zélandaise,
et en partie britannique .
Les
coûts sociaux engendrés par l'idéologie du «
libre marché » (free market) sont tels qu'ils ne peuvent
être légitimés dans aucun régime démocratique.
La pauvreté et l'apparition de larges catégories marginalisées
ne sont pas le produit des effets (moral hazard) du Welfare 'universel',
mais une conséquence des réformes du Welfare dans un sens
plus inégalitaire et de la libéralisation poussée
des marchés du travail.
Les
interrogations actuelles
Nous vivons la fin d'une époque caractérisée par
des divisions géopolitiques entre Est et Ouest, Nord et Sud et
la perte de pouvoir des Etats nations dans leur rôle de régulation
économique et sociale. L'Europe est à la croisée
des chemins, car son modèle social, porteur de valeurs morales
et culturelles, est mis en cause.
- Y-at-il une voie alternative à l' « économie sociale
de marché et au libéralisme fondé sur le libre marché?
La « third Way », se veut pragmatique mais contient une bonne
dose de réthorique. Sur un plan 'théorique', elle vise à
favoriser les investissements en capital humain et de permettre aux chômeurs
de s'incorporer au marché du travail garantir le travail plutôt
que le travailleur, l'emploi plutôt que l'employé (Welfare
to Work); on met également l'accent sur les obligations et les
responsabilités de la communauté ; emphase sur la compétitivité
et l"innovation technologique ("new Economy") Sur un plan
pratique, risque de technocratisme (théories élaborées
par des think tank) ; que fait-on par exemple, de ceux qui ne sont pas
aptes pour travailler ('unemployable')?
-
quel équilibre entre 'libéralisation' du marché du
travail et protection sociale ? (la discussion autour du dilemme Etats-Unis-Europe
est stérile car les systèmes économiques et sociaux
ne sont pas comparables et ne peut se résumer à travers
la dualité entre pauvreté et chômage : faible niveau
de chômage mais larges couches de pauvreté en Grande Bretagne
et Etats-Unis, l'inverse en Europe continentale, ce qui montre que l'emploi
aujourd'hui ne suffit plus à assurer le bien-être social,
puisque tout pauvre n'est pas nécessairement un chômeur )
-peut-on
réconcilier les exigences du marché international avec la
résolution des problèmes sociaux ? En réalité,
l'extension du marché a conduit à une 'rationnalisation'
des comportements sociaux ; recul des traditions et des valeurs culturelles
; « marchandisation de la vie » ; cohésion sociale
en éclats (augmentation de la pauvreté)
. Mais une
extension accrue du marché est-elle nécessaire pour garantir
un meilleur bien-être ? (Récemment, J. Wolfehnson, président
de la Banque Mondiale, a rappelé à plusieurs occasions,
allant à l'encontre des pratiques de l' institution qu'il dirige
, la nécessité de renforcer l'Etat-nation et de défendre
les cultures régionales pour résister à la décomposition
sociale et les crises économiques qui affectent tant de pays du
Sud).
-
Un Etat actif et promoteur de la justice sociale : aujourd'hui les Etats
sont plus soucieux d'assurer les conditions de la compétitivité
plutôt que la justice sociale ; objectifs moins ambitieux que ceux
du Welfare State 'universel'!
-
Réorienter le Welfare State dans le sens de la subsidiarité,
en renforçant la dimension régionale et locale (en particulier
stimuler la participation active des associations de volontariat (parfois
peu structurées et manquant de moyens), et le tiers secteur en
général, à côté et en complément
au dialogue social traditionnel) .
Le
bien -être social, au delà du marché
Ne
faut-il pas élargir la notion de "Welfare" (non seulement
comme maximisation de l'utilité, dans le langage des économistes
purs), pour englober d'autres dimensions de la vie humaine ? Une première
ébauche de réflexion est présentée à
travers les propos ci-dessous, inspirés de la doctrine sociale
de l'Eglise :
-
le bien-être ne peut être assimilé à la croissance
économique mais au développement de la société
dans son ensemble (F.Perroux , G.Fua ): satisfaire les besoins de base,
d'où la nécessité de trouver une mesure satisfaisante
du « développement humain », au delà du PNB
tout en assurant les libertés fondamentales de l'individu (Sen
)
- "humaniser" le travail : les hommes d'entreprise doivent être
plus sensibles aux motivations non pécuniaires du travail et doivent
chercher à stimuler les travailleurs (« le but de l"entreprise
n"est pas simplement la production du profit, mais l"existence
même de l"entreprise comme communauté d"hommes
» Centesimus Annus, p67)
- une qualité de la vie pleine et riche (organiser le temps hors-travail
en dehors des valeurs « hédonistes »)
- affirmer l'être plutôt que l'apparence est une des missions
de l'économie d'aujourd'hui, mais ceci n'est-il pas en contradiction
avec le modèle de production et de consommation qui est à
la racine des sytèmes économiques contemporains (le désir
de posséder davantage que le voisin est devenu une composante de
la psychologie de masse qui s'est affirmée avec le système
éducatif)
- le 'balancier' des valeurs sociales s'est déplacé dans
une direction opposée à des idéaux et des valeurs
différentes de l'argent: le système éducatif, et
son épine dorsale, l'école, doit avoir pour tâche
de rééquilibrer les valeurs sociales
mais aussi d'enseigner les valeurs de la créativité
humaine, l'esprit d'entreprise, d'où la nécessité
de stimuler le travail autonome ('self-employment') et de récompenser
"fiscalement" qui donne du travail à d'autres (l'expérience
italienne est riche d'enseignements: la majeure partie des initiatives
entrepreneuriales naissent d'anciens travailleurs salariés qui
ont créé leur entreprise, après avoir appris un métier;
plusieurs économistes soutiennent l'efficacité de ces initiatives
dans la création d'activités productives, en particulier
dans les zones peu développées où l'humus entrepreneurial
est pauvre.
- Redécouvrir le bien commun , le patrimoine de l'humanité:
l'environnement, les monuments et les oeuvres d'art qui témoignent
de la créativité de l'Homme.
En
guise de conclusion: Faut-il se partager entre l'utopie de Thomas
Moore et la fatalité économique ? La société
actuelle est fortement influencée par une logique d'efficience,
dictée par un marché ouvert, globalisé. Un système
fortement compétitif ne peut prendre en charge les laissés
pour compte. La protection des démunis, la nécessité
d'un développement harmonieux, la sauvegarde des valeurs et des
intérêts du plus grand nombre ne peuvent être garantis
dans un système économique fondé sur le marché
que si le système législatif et les décisions politiques
qui les sous-tendent affirment le primat de l'éthique sur l'économie.
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler ce mot de F. Perroux
:
«
L'évolution du capitalisme - qui en réalité serait
son dépassement, non pas dans le sens de sa négation, mais
dans le sens où, en conservant ce qu'il a de positif, l'enrichirait
de manière à le faire mieux fonctionner - n'adviendra pas
de manière spontanée mais sera l'oeuvre d'économistes
et d'hommes d'entreprise qui auront compris que l'économie doit
être au service de l'homme : non de quelques privilégiés,
mais de tous les hommes » (F.Perroux, Le capitalisme du XX°
siècle, Presses Universitaires de France, 1960).
Andrea MAIRATE
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