Quelle liberté, quelle solidarité dans l'Europe au quotidien ?
Dimension éthique de l'Europe de demain


LA CHARTE EUROPEENNE DES DROITS FONDAMENTAUX
Par Louis J. Dujardin

Avant-propos sur la doctrine sociale de l'Eglise
avant l'exposé de
M. Francisco FONSECA MORILLO, Commission européenne, Chef de cabinet adjoint de M. Vitorino, Membre de la Commission, représentant de celle-ci au sein de la Convention chargée de la rédaction de la charte.

 

M. Vadim Zagladine, conseiller diplomatique de M. Gorbatchev signalait au mois de juin 1991 : "Les chrétiens sont les pionniers de la découverte des valeurs humaines. Nous ne pouvons faire l'Europe sans vous les catholiques."

Quant au professeur Kovalski, membre du Comité central du parti communiste il déclarait en octobre 1989 à un colloque avec des représentants du Saint-Siège en Alsace : "L'Eglise catholique a une doctrine sociale très développée. Aucune autre Eglise n'a une doctrine aussi riche. Par ailleurs l'Eglise catholique est extrêmement dynamique. Elle est présente dans tous les secteurs de la vie contemporaine." En entendant ces propos, le cardinal Poupard crut vivre la seconde révolution d'octobre.

Et pourtant commémorant en janvier dernier le 5ème anniversaire de l'encyclique "Evangelium vitae", Jean Paul II déclarait : « Il existe des faits qui prouvent toujours plus clairement que les politiques et les législations contraires à la vie conduisent les sociétés vers la décadence, non seulement morale, mais également démographique et économique….Il faut une nouvelle orientation pour la renaissance morale, mais également comme un point de référence pour le salut civil. »

Cette sorte de mentalité défaitiste qui porte à considérer que les lois contraires au droit à la vie - les lois qui légalisent l'avortement , l'euthanasie, la stérilisation et la planification des naissances par des méthodes contraires à la vie et à la dignité du mariage - sont inéluctables et sont désormais presque une nécessité sociale, n'a donc pas de raison d'être. Au contraire celles-ci constituent un germe de corruption de la société et de ses fondements.
La conscience civile et morale ne peut pas accepter cette nature faussement inéluctable, de même qu'elle n'accepte pas l'idée de l'inéluctabilité des guerres ou des exterminations inter-ethniques.

On demande aux pasteurs, aux fidèles, aux hommes de bonne volonté, en particulier s'ils sont législateurs, un engagement renouvelé et unanime pour modifier des lois injustes qui légitiment ou tolèrent ces violences.
On doit tout tenter pour éliminer le délit légalisé de l'avortement ou au moins pour limiter les effets néfastes de telles lois, en conservant vivante la conscience du devoir radical de respecter le droit à la vie, de la conception à la mort naturelle, de tout être humain, fusse-t-il le dernier et le moins pourvu."

Et devant le Corps diplomatique, le Pape déclarait le 10 janvier dernier rappelant le préambule de la Charte des Nations- Unies sur la dignité de l'homme, "Ce qui fait défaut, ce ne sont certes pas de nouveaux textes ou des instruments juridiques ; c'est tout simplement la volonté politique d'appliquer sans discrimination ceux qui existent."- Ce qui n'exclut évidemment pas des textes juridiques nouveaux qui amélioreraient la situation.

Plusieurs réflexions viennent à l'esprit au moment de l'élaboration de la Charte des droits fondamentaux. Divers droits sont énoncés dans les documents pontificaux.

La dignité humaine.
Nous sommes des enfants de Dieu.

Le droit à la vie
depuis la conception jusqu'à la mort naturelle. Les manipulations génétiques, le clonage menacent d'écarter la science sur des voies ruineuses, qui ne peuvent conduire qu'à des impasses. "We can, we may" n'est pas nécessairement vrai. Les problèmes de l'énergie nucléaire et de l'environnement ont déjà provoqué des catastrophes qui indiquent que la science a des limites éthiques à respecter.

La liberté de religion,
fondement de toutes les autres libertés et aussi celle de changer de religion. L'avenir de la paix dépend largement de la liberté de religion et de l'entente entre les religions, ce qui ne veut pas dire que l'on ne puisse revendiquer l'absolu de la vérité, qui fait sa splendeur. La splendeur de la vérité n'est pas incompatible avec le respect de la liberté de chacun dans sa recherche de la vérité. Cela implique le droit de propager ses idées religieuses et le droit de changer de religion. Le dialogue des religions en dépend.

La famille
comme cellule fondamentale de la société doit être reconnue comme telle et protégée. Cela suppose qu'un homme et une femme, arrivés à l'âge nubile ont le droit de fonder une famille. (cf. article 12 de la CEDH). Celle-ci se fonde sur le mariage en tant que relation permanente. L'avenir spirituel de la civilisation en dépend mais aussi les équilibres démographiques.
Le souci des pauvres et des défavorisés : ceci implique que l'on aide aussi les familles monoparentales et même les unions de fait qui couvrent une part importante de la population. Cela implique que l'on ne défavorise pas ceux qui ne sont pas nés dans une famille traditionnelle. Mais cela veut dire aussi que tout enfant a le droit d'avoir un père et une mère, naturels ou adoptifs.

Le respect de la femme.
On sait combien depuis le Christ, le Christianisme a transformé la condition de la femme, par rapport à ce qu'elle était dans l'Antiquité ou à ce qu'elle est dans les autres civilisations, sans tomber pour cela dans un féminisme radical d'inspiration marxiste comme à la Conférence de Pékin.

La liberté d'opinion et d'expression.
Elle comprend sans doute des limites comme l'exploitation de la pornographie, de la prostitution et d'autres perversités sexuelles.
Le droit à l'éducation et à l'instruction

suivant les convictions religieuses et philosophiques des parents et des enfants, selon qu'il s'agisse des enseignements primaire, secondaire, universitaire ou supérieur.

Les droits économiques et sociaux.

Le droit et le devoir de travailler.
Le droit à un juste salaire.
Le droit de la femme de pouvoir choisir librement un travail professionnel ou un travail ménager.
Le droit d'asile pour les persécutés. La Sainte famille a dû émigrer en Egypte.
Le respect de l'étranger, dans les cas d'immigration.

Sur le plan pratique.

Les documents pontificaux détaillent et soutiennent ces principes, sans entrer dans des citations qui alourdiraient la présentation.
Les conventions internationales ratifient un grand nombre de ces principes. On songe à la déclaration universelle des droits de l'homme de 1948, à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Il y a un domaine mixte qui est à la fois de la compétence de l'Eglise, des religions et de l'Union européenne, des Etats et des Nations qui la composent surtout les minorités.

Il y a cependant quelques grands principes généraux qui doivent être respectés.
- le respect du droit naturel, en particulier le droit à la vie de toute personne, ce qui est la base de toute démocratie. Hitler a été élu par des règles démocratiques. Donc la majorité plus un n'est pas une règle nécessairement légitime. Les fondements de la loi naturelle se trouvent dans le décalogue reçu au Mont Sinaï.
- le principe de subsidiarité qui doit respecter les lois nationales et régionales, les familles, les citoyens.
- il n'y a pas de liberté sans contrainte et tout droit suppose aussi un devoir, guidé par l'amour et la responsabilité dans les actes de la personne humaine.
- l'Europe doit respirer de ses deux poumons, celui de l'Ouest et celui de l'Est, ce qui implique le droit à l'élargissement de l'UE et aussi la nécessité de consulter ces pays car nous n'avons pas le monopole de l'Europe. Ils sont l'Europe aussi d'autant plus qu'ils ont été les victimes du diktat de Yalta. C'est une question de justice.


C'est Jacques Delors qui disait qu'il fallait une âme à l'Europe dans les dix ans. En effet la culture est davantage le moteur de l'histoire que les systèmes économiques ou politiques : il est bon de le rappeler en cette période de libéralisme triomphant voulant absolutiser la loi du profit et celle des marchés.
L'ambition de l'Eglise catholique est de réaliser sa mission d'évangélisation, dans un contexte de dialogue œcuménique et de dialogue inter -religieux. Cela suppose une Europe de la liberté pour quelque chose - l'Amour- et non de faire n'importe quoi.

"Jean-Paul II, 23 juin 1996, à la Porte de Brandebourg :

"Il n'y a aucune liberté sans vérité
Il n'y a aucune liberté sans solidarité
Il n'y aucune liberté sans sacrifice.