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M.
Vadim Zagladine, conseiller diplomatique de M. Gorbatchev signalait au
mois de juin 1991 : "Les chrétiens sont les pionniers de la
découverte des valeurs humaines. Nous ne pouvons faire l'Europe
sans vous les catholiques."
Quant
au professeur Kovalski, membre du Comité central du parti communiste
il déclarait en octobre 1989 à un colloque avec des représentants
du Saint-Siège en Alsace : "L'Eglise catholique a une doctrine
sociale très développée. Aucune autre Eglise n'a
une doctrine aussi riche. Par ailleurs l'Eglise catholique est extrêmement
dynamique. Elle est présente dans tous les secteurs de la vie contemporaine."
En entendant ces propos, le cardinal Poupard crut vivre la seconde révolution
d'octobre.
Et
pourtant commémorant en janvier dernier le 5ème anniversaire
de l'encyclique "Evangelium vitae", Jean Paul II déclarait
: « Il existe des faits qui prouvent toujours plus clairement que
les politiques et les législations contraires à la vie conduisent
les sociétés vers la décadence, non seulement morale,
mais également démographique et économique
.Il
faut une nouvelle orientation pour la renaissance morale, mais également
comme un point de référence pour le salut civil. »
Cette
sorte de mentalité défaitiste qui porte à considérer
que les lois contraires au droit à la vie - les lois qui légalisent
l'avortement , l'euthanasie, la stérilisation et la planification
des naissances par des méthodes contraires à la vie et à
la dignité du mariage - sont inéluctables et sont désormais
presque une nécessité sociale, n'a donc pas de raison d'être.
Au contraire celles-ci constituent un germe de corruption de la société
et de ses fondements.
La conscience civile et morale ne peut pas accepter cette nature faussement
inéluctable, de même qu'elle n'accepte pas l'idée
de l'inéluctabilité des guerres ou des exterminations inter-ethniques.
On
demande aux pasteurs, aux fidèles, aux hommes de bonne volonté,
en particulier s'ils sont législateurs, un engagement renouvelé
et unanime pour modifier des lois injustes qui légitiment ou tolèrent
ces violences.
On doit tout tenter pour éliminer le délit légalisé
de l'avortement ou au moins pour limiter les effets néfastes de
telles lois, en conservant vivante la conscience du devoir radical de
respecter le droit à la vie, de la conception à la mort
naturelle, de tout être humain, fusse-t-il le dernier et le moins
pourvu."
Et
devant le Corps diplomatique, le Pape déclarait le 10 janvier dernier
rappelant le préambule de la Charte des Nations- Unies sur la dignité
de l'homme, "Ce qui fait défaut, ce ne sont certes pas de
nouveaux textes ou des instruments juridiques ; c'est tout simplement
la volonté politique d'appliquer sans discrimination ceux qui existent."-
Ce qui n'exclut évidemment pas des textes juridiques nouveaux qui
amélioreraient la situation.
Plusieurs
réflexions viennent à l'esprit au moment de l'élaboration
de la Charte des droits fondamentaux. Divers droits sont énoncés
dans les documents pontificaux.
La
dignité humaine.
Nous sommes des enfants de Dieu.
Le
droit à la vie
depuis la conception jusqu'à la mort naturelle. Les manipulations
génétiques, le clonage menacent d'écarter la science
sur des voies ruineuses, qui ne peuvent conduire qu'à des impasses.
"We can, we may" n'est pas nécessairement vrai. Les problèmes
de l'énergie nucléaire et de l'environnement ont déjà
provoqué des catastrophes qui indiquent que la science a des limites
éthiques à respecter.
La
liberté de religion,
fondement de toutes les autres libertés et aussi celle de changer
de religion. L'avenir de la paix dépend largement de la liberté
de religion et de l'entente entre les religions, ce qui ne veut pas dire
que l'on ne puisse revendiquer l'absolu de la vérité, qui
fait sa splendeur. La splendeur de la vérité n'est pas incompatible
avec le respect de la liberté de chacun dans sa recherche de la
vérité. Cela implique le droit de propager ses idées
religieuses et le droit de changer de religion. Le dialogue des religions
en dépend.
La
famille
comme cellule fondamentale de la société doit être
reconnue comme telle et protégée. Cela suppose qu'un homme
et une femme, arrivés à l'âge nubile ont le droit
de fonder une famille. (cf. article 12 de la CEDH). Celle-ci se fonde
sur le mariage en tant que relation permanente. L'avenir spirituel de
la civilisation en dépend mais aussi les équilibres démographiques.
Le souci des pauvres et des défavorisés : ceci implique
que l'on aide aussi les familles monoparentales et même les unions
de fait qui couvrent une part importante de la population. Cela implique
que l'on ne défavorise pas ceux qui ne sont pas nés dans
une famille traditionnelle. Mais cela veut dire aussi que tout enfant
a le droit d'avoir un père et une mère, naturels ou adoptifs.
Le
respect de la femme.
On sait combien depuis le Christ, le Christianisme a transformé
la condition de la femme, par rapport à ce qu'elle était
dans l'Antiquité ou à ce qu'elle est dans les autres civilisations,
sans tomber pour cela dans un féminisme radical d'inspiration marxiste
comme à la Conférence de Pékin.
La
liberté d'opinion et d'expression.
Elle comprend sans doute des limites comme l'exploitation de la pornographie,
de la prostitution et d'autres perversités sexuelles.
Le droit à l'éducation et à l'instruction
suivant
les convictions religieuses et philosophiques des parents et des enfants,
selon qu'il s'agisse des enseignements primaire, secondaire, universitaire
ou supérieur.
Les
droits économiques et sociaux.
Le
droit et le devoir de travailler.
Le droit à un juste salaire.
Le droit de la femme de pouvoir choisir librement un travail professionnel
ou un travail ménager.
Le droit d'asile pour les persécutés. La Sainte famille
a dû émigrer en Egypte.
Le respect de l'étranger, dans les cas d'immigration.
Sur
le plan pratique.
Les
documents pontificaux détaillent et soutiennent ces principes,
sans entrer dans des citations qui alourdiraient la présentation.
Les conventions internationales ratifient un grand nombre de ces principes.
On songe à la déclaration universelle des droits de l'homme
de 1948, à la Convention européenne de sauvegarde des droits
de l'homme et des libertés fondamentales.
Il y a un domaine mixte qui est à la fois de la compétence
de l'Eglise, des religions et de l'Union européenne, des Etats
et des Nations qui la composent surtout les minorités.
Il
y a cependant quelques grands principes généraux qui doivent
être respectés.
- le respect du droit naturel, en particulier le droit à la vie
de toute personne, ce qui est la base de toute démocratie. Hitler
a été élu par des règles démocratiques.
Donc la majorité plus un n'est pas une règle nécessairement
légitime. Les fondements de la loi naturelle se trouvent dans le
décalogue reçu au Mont Sinaï.
- le principe de subsidiarité qui doit respecter les lois nationales
et régionales, les familles, les citoyens.
- il n'y a pas de liberté sans contrainte et tout droit suppose
aussi un devoir, guidé par l'amour et la responsabilité
dans les actes de la personne humaine.
- l'Europe doit respirer de ses deux poumons, celui de l'Ouest et celui
de l'Est, ce qui implique le droit à l'élargissement de
l'UE et aussi la nécessité de consulter ces pays car nous
n'avons pas le monopole de l'Europe. Ils sont l'Europe aussi d'autant
plus qu'ils ont été les victimes du diktat de Yalta. C'est
une question de justice.
C'est Jacques Delors qui disait qu'il fallait une âme à l'Europe
dans les dix ans. En effet la culture est davantage le moteur de l'histoire
que les systèmes économiques ou politiques : il est bon
de le rappeler en cette période de libéralisme triomphant
voulant absolutiser la loi du profit et celle des marchés.
L'ambition de l'Eglise catholique est de réaliser sa mission d'évangélisation,
dans un contexte de dialogue cuménique et de dialogue inter
-religieux. Cela suppose une Europe de la liberté pour quelque
chose - l'Amour- et non de faire n'importe quoi.
"Jean-Paul
II, 23 juin 1996, à la Porte de Brandebourg :
"Il
n'y a aucune liberté sans vérité
Il n'y a aucune liberté sans solidarité
Il n'y aucune liberté sans sacrifice.
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