Bruxelles, 7 mai 2001


Notes sur l'anthropologie chrétienne et la dignité de l'homme

Communication de J.M. ROUSSEAU

 

Georges Bernanos ne consent plus à parler de civilisation, sans aussitôt déclarer que ce grand mot - comme les autres grands mots tels que progrès, liberté, démocratie - a été vidé de sa signification vraie.

Dans une conférence à la Sorbonne en 1947, il le remplace par celui de « système » : « Je dis système pour ne pas dire civilisation car il apparaît de plus en plus que le système qui se présente à nous (ou plutôt dans lequel nous sommes peu à peu absorbés) n'est pas une civilisation mais une organisation totalitaire et concentrationnaire du monde ; qui a pris la civilisation humaine comme de surprise, à la faveur de la plus grande crise que l'histoire ait jamais connue et dont le double aspect matériel et spirituel peut se définir ainsi : la déspiritualisation de l'homme coïncide avec l'envahissement de la civilisation par les machines, l'invasion des machines prenant à l'improviste une Europe déchristianisée, capable de sacrifier, presque sans lutter, à l'intelligence pratique monstrueusement hypertrophiée, toutes les autres formes supérieures de l'activité de l'esprit. »

Ce texte résume exactement toute la pensée de Bernanos sur la société contemporaine. Dans La France contre les robots, dans les conférences ou articles qui composent les recueils posthumes, il ne dit pas autre chose.

Il accuse les hommes de la liberté, d'avoir confié leur sort au fascisme et au communisme, d'avoir permis le vide où s'engouffre le totalitarisme. Celui-ci ne s'est pas frayé un chemin par la vertu de quelques meneurs efficaces ; il a profité d'une crise morale pour pervertir la civilisation occidentale.

Tout s'explique, selon Bernanos, par les erreurs et les fautes des peuples chrétiens. On aura remarqué, dans le texte cité il y a un instant, la relation entre les méfaits du machinisme et la déchristianisation.