QUEL MODELE SOCIAL
POUR L'EUROPE DE DEMAIN ?
- DIMENSION ETHIQUE -

« LES FONDEMENTS EVANGELIQUES DU SYSTEME DE MARCHE »


Témoignage de Francis Woehrling, ancien Conseiller à la direction des Affaires monétaires de la Commission européenne.



Francis Woehrling soutient la thèse que la foi chrétienne a été un facteur déterminant dans l'émergence du système de marché en Europe et qu'elle demeure indispensable au développement du système économique mondialisé. Il esquisse sommairement cette thèse en montrant qu'il est possible d'interpréter le développement du système de marché en Occident comme l'épanouissement progressif des idées chrétiennes, comme la mise en œuvre de l'inculturation de la foi..


27 mars 2001



INTRUDUCTION À LES FONDEMENTS EVANGÉLIQUES DU SYSTÈME DE MARCHÉ PAR FRANCIS WOEHRLING

 

Ce soir, nous avons le grand plaisir d'avoir avec nous Francis WOEHRLING, qui est un distingué économiste spécialiste de l'économie monétaire.
Il a d'abord travaillé à Washington au Fonds Monétaire International et puis il a rejoint au débout des années Septante la Commission européenne à la Direction des Affaires Monétaire, là où nous nous sommes connus. Il a connu les vicissitudes des problèmes monétaires depuis la fin de la Livre sterling comme monnaie de réserve, à la création de l'Unité de compte européenne ECU et enfin la création de l'Union monétaire et de la monnaie unique euro.
Pendant cette période il a participé à plusieurs groupe de réflexion de la Cellule de prospective de la Commission européenne dont un des Directeurs a été Jérôme Vignon que nous avons reçu le mois passé.
Francis est alsacien de Strasbourg. Il est marié avec une psychologue américaine. Ils viennent de fixer leur résidence à Edimbourg où vit la famille d'un de ses enfants. Sa pensée se trouve à la confluence de la mentalité française et teutonique avec une forte influence du monde américano-britannique. Il n'est pas du tout un homme du Sud, mais il n'est pas moins un homme passionné et enthousiaste.
La réflexion économique de Francis Woehrling est allée de pair avec une réflexion sur les fondements humains et moraux de l'économie de marché. Il est passionné par la tentative de comprendre comment dans l'économie se manifeste l'humanité spirituelle de l'homme et comment l'économie de marché et la richesse des hommes se développent de pair que s'épanouit la nature de l'homme. Il soutient la thèse que le développement du système de marché en Occident est une conséquence de l'épanouissement progressif des idées chrétiennes. Ce développement est une manifestation de l'inculturation de la foi.
Personnellement je partage beaucoup cette approche, parce que je la vois en concordance avec la caractéristique fondamentale du christianisme qui est l'incarnation du spirituel. Dans la doctrine chrétienne, les hérésies sont toujours nées quand il y a eu une séparation ou absolutisation soit de l'aspect matériel soit de l'aspect spirituel de l'homme.
L'unité de vie est justement savoir incarner les amours de notre âme dans la matérialité de tous les jours, dans la matérialité du marché, lieu de rencontresdes hommes. Travailler est être sur le marché. En d'autres termes l'unité de vie signifie avoir une cohérence entre pensée et action.
La sanctification du travail, de la vie ordinaire, qui est le message fondamental du Concile Vatican II, exprime l'unitarité de la sainteté et du travail c'est à dire de la maîtrise de la nature.
Je crois que les références principales à la doctrine sociale de l'Eglise qui concernent la discussion de ce soir, nous les retrouvons fondamentalement dans l'encyclique de Jean-Paul II « Le travail humain » (en latin « Laborem excercens »).
Cette encyclique commence avec les mots suivants :
C'EST PAR LE TRAVAIL que l'homme doit se procurer le pain quotidien et contribuer au progrès continuel des sciences et de la technique, et surtout à l'élévation constante, culturelle et morale, de la société dans laquelle il vit en communauté avec ses frères. ………

L'homme est différent de l'animal :
………Fait à l'image, à la ressemblance de Dieu lui-même dans l'univers visible et établi dans celui-ci pour dominer la terre, l'homme est donc dès le commencement appelé au travail. Le travail est l'une des caractéristiques qui distinguent l'homme du reste des créatures dont l'activité, liée à la subsistance, ne peut être appelée travail.
Seul l'homme est capable de travail, seul l'homme l'accomplit et par le fait même remplit de son travail son existence sur la terre. Ainsi, le travail porte la marque particulière de l'homme et de l'humanité, la marque d'une personne qui agit dans une communauté de personnes; et cette marque détermine sa qualification intérieure, elle constitue en un certain sens sa nature même……………

Lorsque l'homme travaille, en utilisant l'ensemble des moyens de production, il désire en même temps que les fruits de son travail soient utiles, à lui et à autrui, et que, dans le processus même du travail, il puisse apparaître comme co-responsable et co-artisan au poste de travail qu'il occupe.…
…..Ainsi, le principe de la priorité du travail sur le capital est un postulat qui appartient à l'ordre de la morale sociale. Ce postulat a une importance clé aussi bien dans le système fondé sur le principe de la propriété privée des moyens de production que dans celui où la propriété privée de ces moyens a été limitée même radicalement. Le travail est, en un certain sens, inséparable du capital, et il ne tolère sous aucune forme l'antinomie _ c'est-à-dire la séparation et l'opposition par rapport aux moyens de production _ qui, résultant de prémisses uniquement économiques, a pesé sur la vie humaine au cours des derniers siècles.