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Ce
soir, nous avons le grand plaisir d'avoir avec nous Francis WOEHRLING,
qui est un distingué économiste spécialiste de l'économie
monétaire.
Il a d'abord travaillé à Washington au Fonds Monétaire
International et puis il a rejoint au débout des années
Septante la Commission européenne à la Direction des Affaires
Monétaire, là où nous nous sommes connus. Il a connu
les vicissitudes des problèmes monétaires depuis la fin
de la Livre sterling comme monnaie de réserve, à la création
de l'Unité de compte européenne ECU et enfin la création
de l'Union monétaire et de la monnaie unique euro.
Pendant cette période il a participé à plusieurs
groupe de réflexion de la Cellule de prospective de la Commission
européenne dont un des Directeurs a été Jérôme
Vignon que nous avons reçu le mois passé.
Francis est alsacien de Strasbourg. Il est marié avec une psychologue
américaine. Ils viennent de fixer leur résidence à
Edimbourg où vit la famille d'un de ses enfants. Sa pensée
se trouve à la confluence de la mentalité française
et teutonique avec une forte influence du monde américano-britannique.
Il n'est pas du tout un homme du Sud, mais il n'est pas moins un homme
passionné et enthousiaste.
La réflexion économique de Francis Woehrling est allée
de pair avec une réflexion sur les fondements humains et moraux
de l'économie de marché. Il est passionné par la
tentative de comprendre comment dans l'économie se manifeste l'humanité
spirituelle de l'homme et comment l'économie de marché et
la richesse des hommes se développent de pair que s'épanouit
la nature de l'homme. Il soutient la thèse que le développement
du système de marché en Occident est une conséquence
de l'épanouissement progressif des idées chrétiennes.
Ce développement est une manifestation de l'inculturation de la
foi.
Personnellement je partage beaucoup cette approche, parce que je la vois
en concordance avec la caractéristique fondamentale du christianisme
qui est l'incarnation du spirituel. Dans la doctrine chrétienne,
les hérésies sont toujours nées quand il y a eu une
séparation ou absolutisation soit de l'aspect matériel soit
de l'aspect spirituel de l'homme.
L'unité de vie est justement savoir incarner les amours de notre
âme dans la matérialité de tous les jours, dans la
matérialité du marché, lieu de rencontresdes hommes.
Travailler est être sur le marché. En d'autres termes l'unité
de vie signifie avoir une cohérence entre pensée et action.
La sanctification du travail, de la vie ordinaire, qui est le message
fondamental du Concile Vatican II, exprime l'unitarité de la sainteté
et du travail c'est à dire de la maîtrise de la nature.
Je crois que les références principales à la doctrine
sociale de l'Eglise qui concernent la discussion de ce soir, nous les
retrouvons fondamentalement dans l'encyclique de Jean-Paul II «
Le travail humain » (en latin « Laborem excercens »).
Cette encyclique commence avec les mots suivants :
C'EST PAR LE TRAVAIL que l'homme doit se procurer le pain quotidien et
contribuer au progrès continuel des sciences et de la technique,
et surtout à l'élévation constante, culturelle et
morale, de la société dans laquelle il vit en communauté
avec ses frères.
L'homme
est différent de l'animal :
Fait à l'image, à la ressemblance de
Dieu lui-même dans l'univers visible et établi dans celui-ci
pour dominer la terre, l'homme est donc dès le commencement appelé
au travail. Le travail est l'une des caractéristiques qui distinguent
l'homme du reste des créatures dont l'activité, liée
à la subsistance, ne peut être appelée travail.
Seul l'homme est capable de travail, seul l'homme l'accomplit et par le
fait même remplit de son travail son existence sur la terre. Ainsi,
le travail porte la marque particulière de l'homme et de l'humanité,
la marque d'une personne qui agit dans une communauté de personnes;
et cette marque détermine sa qualification intérieure, elle
constitue en un certain sens sa nature même
Lorsque
l'homme travaille, en utilisant l'ensemble des moyens de production, il
désire en même temps que les fruits de son travail soient
utiles, à lui et à autrui, et que, dans le processus même
du travail, il puisse apparaître comme co-responsable et co-artisan
au poste de travail qu'il occupe.
..Ainsi, le principe de la priorité du travail sur le
capital est un postulat qui appartient à l'ordre de la morale sociale.
Ce postulat a une importance clé aussi bien dans le système
fondé sur le principe de la propriété privée
des moyens de production que dans celui où la propriété
privée de ces moyens a été limitée même
radicalement. Le travail est, en un certain sens, inséparable du
capital, et il ne tolère sous aucune forme l'antinomie _ c'est-à-dire
la séparation et l'opposition par rapport aux moyens de production
_ qui, résultant de prémisses uniquement économiques,
a pesé sur la vie humaine au cours des derniers siècles.
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