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"Ethique
et économie": Eclairer les consciences
Invitation aux chefs d´entreprises
CITE
DU VATICAN, Jeudi 14 juin 2001 (ZENIT.org) - "La conscience éthique
a surtout besoin d´être éclairée", disait
le cardinal Etchegaray à un groupe de chefs d´entreprises
italiens lors d´un colloque sur "Ethique et économie"
organisé dans la région de Brianzola.
Le
cardinal invitait ainsi les chefs d´entreprises à "réveiller
la conscience éthique" et à accepter les "défis
posés à la condition humaine par l´économie".
"La
conscience éthique a surtout besoin d´être éclairée
et c´est là que réside la difficulté la plus
grande, disait-il. Les valeurs ne peuvent pas rester des principes abstraits,
généraux, d´autant plus qu´ils sont souvent
sur le terrain en position de conflit. Je pense par exemple au débat
entre compétitivité et solidarité dans une économie
de marché: on ne peut pas récuser la compétitivité
sans amputer la société de la recherche dynamique de l´excellence
et l´on ne peut refuser la solidarité sans enlever à
la société sa cohésion et son âme".
"Ce
dont l´homme du nouveau millénaire a le plus besoin, disait
encore le cardinal, c´est l´appétit pour un avenir
qui lui fait peur". Il soulignait la responsabilité des chefs
d´entreprises en particulier parce qu´ils ont la tâche
de réaliser "la grande maison de la famille humaine que nous
devons édifier tous ensemble".
Extraits
de :
LETTRE
ENCYCLIQUE CENTESIMUS ANNUS DU SOUVERAIN PONTIFE JEAN-PAUL II
Le principe de solidarité, dont j'ai rappelé, dans l'encyclique
Sollicitudo rei socialis , la valeur dans l'ordre interne de chaque nation
comme dans l'ordre international, apparaît comme l'un des principes
fondamentaux de la conception chrétienne de l'organisation politique
et sociale. Il a été énoncé à plusieurs
reprises par Léon XIII sous le nom d'« amitié »
que nous trouvons déjà dans la philosophie grecque. Pie
XI le désigna par le terme non moins significatif de « charité
sociale », tandis que Paul VI, élargissant le concept en
fonction des multiples dimensions modernes de la question sociale, parlait
de « civilisation de l'amour ».
11. En relisant l'encyclique Rerum novarum à la lumière
de la situation contemporaine, on peut se rendre compte de la sollicitude
et de l'action incessantes de l'Eglise en faveur des catégories
de personnes qui sont objet de prédilection de la part du Seigneur
Jésus. Le contenu du texte est un excellent témoignage de
la continuité, dans l'Eglise, de ce qu'on appelle l'« option
préférentielle pour les pauvres », option définie
comme une « forme spéciale de priorité dans la pratique
de la charité chrétienne ». L'encyclique sur la «
question ouvrière » est donc une encyclique sur les pauvres
et sur la terrible condition à laquelle le processus d'industrialisation
nouveau et souvent violent avait réduit de très nombreuses
personnes. Aujourd'hui encore, dans une grande partie du monde, de tels
processus de transformation économique, sociale et politique produisent
les mêmes fléaux.
Si Léon XIII en appelle à l'Etat pour remédier selon
la justice à la condition des pauvres, il le fait aussi parce qu'il
reconnaît, à juste titre, que l'Etat a le devoir de veiller
au bien commun et de pourvoir à ce que chaque secteur de la vie
sociale, sans exclure celui de l'économie, contribue à le
promouvoir, tout en respectant la juste autonomie de chacun d'entre eux.
Toutefois, il ne faudrait pas en conclure que, pour le Pape Léon
XIII, la solution de la question sociale devrait dans tous les cas venir
de l'Etat. Au contraire, il insiste à plusieurs reprises sur les
nécessaires limites de l'intervention de l'Etat et sur sa nature
de simple instrument, puisque l'individu, la famille et la société
lui sont antérieures et que l'Etat existe pour protéger
leurs droits respectifs sans jamais les opprimer.
Il convient de garder présent à l'esprit que ce qui sert
de trame et, d'une certaine manière, de guide à l'encyclique
et à toute la doctrine sociale de l'Eglise, c'est la juste conception
de la personne humaine, de sa valeur unique, dans la mesure où
« l'homme est sur la terre la seule créature que Dieu ait
voulue pour elle-même » (38). Dans l'homme, il a sculpté
son image, à sa ressemblance (cf. Gn 1, 26), en lui donnant une
dignité incomparable, sur laquelle l'encyclique insiste à
plusieurs reprises. En effet, au-delà des droits que l'homme acquiert
par son travail, il existe des droits qui ne sont corrélatifs à
aucune de ses activités mais dérivent de sa dignité
essentielle de personne.
44. L'Etat doit contribuer à la réalisation de ces objectifs
directement et indirectement. Indirectement et suivant le principe de
subsidiarité, en créant les conditions favorables au libre
exercice de l'activité économique, qui conduit à
une offre abondante de possibilités de travail et de sources de
richesse. Directement et suivant le principe de solidarité, en
imposant, pour la défense des plus faibles, certaines limites à
l'autonomie des parties qui décident des conditions du travail,
et en assurant dans chaque cas un minimum vital au travailleur sans emploi.
48. Ces considérations d'ordre général rejaillissent
également sur le rôle de l'Etat dans le secteur économique.
L'activité économique, en particulier celle de l'économie
de marché, ne peut se dérouler dans un vide institutionnel,
juridique et politique. Elle suppose, au contraire, que soient assurées
les garanties des libertés individuelles et de la propriété,
sans compter une monnaie stable et des services publics efficaces. Le
devoir essentiel de l'Etat est cependant d'assurer ces garanties, afin
que ceux qui travaillent et qui produisent puissent jouir du fruit de
leur travail et donc se sentir stimulés à l'accomplir avec
efficacité et honnêteté. L'un des principaux obstacles
au développement et au bon ordre économiques est le défaut
de sécurité, accompagné de la corruption des pouvoirs
publics et de la multiplication de manières impropres de s'enrichir
et de réaliser des profits faciles en recourant à des activités
illégales ou purement spéculatives.
L'Etat a par ailleurs le devoir de surveiller et de conduire l'application
des droits humains dans le secteur économique ; dans ce domaine,
toutefois, la première responsabilité ne revient pas à
l'Etat mais aux individus et aux différents groupes ou associations
qui composent la société. L'Etat ne pourrait pas assurer
directement l'exercice du droit au travail de tous les citoyens sans contrôler
toute la vie économique et entraver la liberté des initiatives
individuelles. Cependant, cela ne veut pas dire qu'il n'ait aucune compétence
dans ce secteur, comme l'ont affirmé ceux qui prônent l'absence
totale de règles dans le domaine économique. Au contraire,
l'Etat a le devoir de soutenir l'activité des entreprises en créant
les conditions qui permettent d'offrir des emplois, en la stimulant dans
les cas où elle reste insuffisante ou en la soutenant dans les
périodes de crise.
L'Etat a aussi le droit d'intervenir lorsque des situations particulières
de monopole pourraient freiner ou empêcher le développement.
Mais, à part ces rôles d'harmonisation et d'orientation du
développement, il peut remplir des fonctions de suppléance
dans des situations exceptionnelles, lorsque des groupes sociaux ou des
ensembles d'entreprises trop faibles ou en cours de constitution ne sont
pas à la hauteur de leurs tâches. Ces interventions de suppléance,
que justifie l'urgence d'agir pour le bien commun, doivent être
limitées dans le temps, autant que possible, pour ne pas enlever
de manière stable à ces groupes ou à ces entreprises
les compétences qui leur appartiennent et pour ne pas étendre
à l'excès le cadre de l'action de l'Etat, en portant atteinte
à la liberté économique ou civile.
On a assisté, récemment, à un important élargissement
du cadre de ces interventions, ce qui a amené à constituer,
en quelque sorte, un Etat de type nouveau, l'« Etat du bien-être
». Ces développements ont eu lieu dans certains Etats pour
mieux répondre à beaucoup de besoins, en remédiant
à des formes de pauvreté et de privation indignes de la
personne humaine. Cependant, au cours de ces dernières années
en particulier, des excès ou des abus assez nombreux ont provoqué
des critiques sévères de l'Etat du bien-être, que
l'on a appelé l'« Etat de l'assistance ». Les dysfonctionnements
et les défauts des soutiens publics proviennent d'une conception
inappropriée des devoirs spécifiques de l'Etat. Dans ce
cadre, il convient de respecter également le principe de subsidiarité:
une société d'ordre supérieur ne doit pas intervenir
dans la vie interne d'une société d'un ordre inférieur,
en lui enlevant ses compétences, mais elle doit plutôt la
soutenir en cas de nécessité et l'aider à coordonner
son action avec celle des autres éléments qui composent
la société, en vue du bien commun (100).
En intervenant directement et en privant la société de ses
responsabilités, l'Etat de l'assistance provoque la déperdition
des forces humaines, l'hypertrophie des appareils publics, animés
par une logique bureaucratique plus que par la préoccupation d'être
au service des usagers, avec une croissance énorme des dépenses.
En effet, il semble que les besoins soient mieux connus par ceux qui en
sont plus proches ou qui savent s'en rapprocher, et que ceux-ci soient
plus à même d'y répondre. On ajoutera que souvent
certains types de besoins appellent une réponse qui ne soit pas
seulement d'ordre matériel mais qui sache percevoir la requête
humaine plus profonde. Que l'on pense aussi aux conditions que connaissent
les réfugiés, les immigrés, les personnes âgées
ou malades, et aux diverses conditions qui requièrent une assistance,
comme dans le cas des toxicomanes, toutes personnes qui ne peuvent être
efficacement aidées que par ceux qui leur apportent non seulement
les soins nécessaires, mais aussi un soutien sincèrement
fraternel.
49.
Pour dépasser la mentalité individualiste répandue
aujourd'hui, il faut un engagement concret de solidarité et de
charité qui commence à l'intérieur de la famille
par le soutien mutuel des époux, puis s'exerce par la prise en
charge des générations les unes par les autres. C'est ainsi
que la famille se définit comme une communauté de travail
et de solidarité. Cependant, il arrive que, lorsque la famille
décide de répondre pleinement à sa vocation, elle
se trouve privée de l'appui nécessaire de la part de l'Etat,
et elle ne dispose pas de ressources suffisantes. Il est urgent de promouvoir
non seulement des politiques de la famille, mais aussi des politiques
sociales qui aient comme principal objectif la famille elle-même,
en l'aidant, par l'affectation de ressources convenables et de moyens
efficaces de soutien, tant dans l'éducation des enfants que dans
la prise en charge des anciens, afin d'éviter à ces derniers
l'éloignement de leur noyau familial et de renforcer les liens
entre les générations.
A
part la famille, d'autres groupes sociaux intermédiaires remplissent
des rôles primaires et mettent en oeuvre des réseaux de solidarité
spécifiques. Ces groupes acquièrent la maturité de
vraies communautés de personnes et innervent le tissu social, en
l'empêchant de tomber dans l'impersonnalité et l'anonymat
de la masse, malheureusement trop fréquents dans la société
moderne. C'est dans l'entrecroisement des relations multiples que vit
la personne et que progresse la « personnalité » de
la société. L'individu est souvent écrasé
aujourd'hui entre les deux pôles de l'Etat et du marché.
En effet, il semble parfois n'exister que comme producteur et comme consommateur
de marchandises, ou comme administré de l'Etat, alors qu'on oublie
que la convivialité n'a pour fin ni l'Etat ni le marché,
car elle possède en elle-même une valeur unique que l'Etat
et le marché doivent servir. L'homme est avant tout un être
qui cherche la vérité et qui s'efforce de vivre selon cette
vérité, de l'approfondir dans un dialogue constant qui implique
les générations passées et à venir.
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