|
-Un
ancien curé de paroisse de Schaerbeek, devenu entre-temps évêque
auxiliaire , évoquait avec nostalgie le temps où les premiers
immigrés musulmans furent accueillis chez nous, dans sa paroisse,
partageant des soirées de prière à l'église
Sainte Marie. A ce moment les imams sortaient du peuple. Puis ils furent
désignés par l'intermédiaire de l'Arabie saoudite
, dont on sait l'influence de l 'école rigoriste et rétrograde
des wahabites.
-Aujourd'hui, des enseignants dans l'enseignement catholique, rencontrent
des fondamentalistes parmi leurs élèves qui vont jusqu'à
se réjouir des attentats du 11 septembre 2001 au World Trade Center.
Puis on a vu le 24 janvier dernier le train des religions, avec une forte
délégation musulmane, s'ébranler vers Assise , la
cité de Saint François qui avait trouvé qu'il fallait
un autre chemin que les croisades pour rencontrer l'Islam
Ne faut-il pas en même temps se réjouir de voir là
une nouvelle manifestation de l'homo religiosus de toujours qui fait tellement
peur aux libre- penseurs? Les libre- croyants ont des richesses à
partager et des luttes communes à mener mais autrement que par
la guerre
-L'Eglise prône le dialogue interreligieux . Il ne faut pas le confondre
avec syncrétisme, forme de scepticisme face à la force de
la parole de Dieu. Or beaucoup de partisans du dialogue ne connaissent
pas bien leur propre religion et il y a là un problème.
Par contre aux Nations Unies et sur le plan international, il arrive que
les positions du Saint Siège et des pays musulmans se rejoignent
sur des problèmes de société.
.- Le fondamentalisme Islamique préoccupe "de plus en plus
la majorité de la population de certains pays membres et de plus
, l'Islam par exemple est souvent perçu comme une religion incompatible
avec les principes fondamentaux de la société européenne
comme la démocratie, la laïcité, les droits de l'homme
et surtout la liberté religieuse."
I.
L'ISLAM
325:Concile de Nicée ; 451 : Concile de Chalcédoine( perfectus
Deus, perfectus homo );
vers 571 : naissance de Mahomet; en Arabie coexistent des chrétiens
nestoriens, monophysites, des Juifs et un peu partout des polythéistes.
1.Situation
d'aujourd'hui.
Il existe de par le monde près d'un milliard d'hommes et de femmes
qui s'affirment musulmans; ils savent qu'ils se soumettent à Dieu.
Ils lui rendent honneur et gloire qui Lui sont dus comme Créateur
et Maître. L'Islam existe en tant que société unitaire
où tous et chacun se sentent solidaires et frères, malgré
les nombreuses différences de race, de langue et de civilisation.
Quatorze siècles d'histoire lui ont permis d'étendre son
empire dans les parties essentielles du Tiers-Monde afro-asiatique et
d'établir une solide diaspora en Europe et en Amérique.
2.
Tous ces musulmans ne sont pas des Arabes, de même que tous
les Arabes ne sont pas musulmans. Le Moyen-Orient connaissait des Arabes
chrétiens avant l'Islam et la langue arabe a été
et demeure une langue chrétienne, en même temps qu'elle devenait
la langue liturgique des musulmans. Cependant si les musulmans arabes
ne constituent que 20% des musulmans, dans le monde, ils se situent néanmoins
au cur même de l'Islam, géographiquement, culturellement
et affectivement. C'est pourquoi ils y jouissent d'un prestige incomparable,
parce qu'ils ont été les propagateurs de l'Islam durant
les premiers siècles de l'époque islamique et parce que
leur langue est celle-là même en laquelle s'est présenté
le Coran le livre sacré des musulmans. L'Arabie saoudite y bénéficie
d'une certaine primauté d'honneur en tant que protectrice des lieux
saints de l'Islam."
3.Le
Coran est présenté comme une dictée surnaturelle
enregistrée par le prophète inspiré.
Il rappelle le pacte primordial d'Allah avec Abraham .
Il rapporte en outre de nombreuses traditions religieuses d'avant l'Islam,
arabes, juives , chrétiennes. Mais ces évocations bibliques
sont bien islamisées: Islam veut dire soumis; ses inspirations
se rapportent à un Dieu lointain, pas celui qui s'incarne et intervient
et dialogue dans l'histoire, le Dieu Emmanuel, tout Amour relationnel
qui aime et prend soin de sa créature, de Dieu trinitaire, qui
a aimé le premier et qui dialogue
-entre ses trois personnes,
-puis avec l'humanité au cours de son histoire .
-Il dialogue jusque dans le dialogue interreligieux, comme Paul VI l'exprimait
brillamment dans sa première encyclique de 1964, Ecclesiam suam.
Le jugement final ( ciel et enfer pour les infidèles) a peut-être
suivi l'influence du christianisme et du judaïsme.
La société islamique suit le modèle d'une tribu arabe
où l'homme a le droit et non la femme . Or le centre de la famille
c'est la femme et non l'homme, ce qui à long terme aura des conséquences.
L'Arabie vit à ce moment sous le mode tribal et non d'un Etat comme
Athènes, Sparte ou Rome, voire l'Egypte pharaonique etc
Le Coran est marqué par la vie et la personnalité de Mahomet.
Il est rédigé sur 50 ans alors que la Bible s'étend
sur des dizaines de siècles, annonçant le Messie.
-On peut dire que de 610 à 622 , le message est religieux, visionnaire
(Jésus et la parole de Dieu , ce n'est pas un visionnaire ni diurne
ni nocturne ni extatique) :ce sont les versets de La Mecque
-de 622, date de l'hégire où il quitte La Mecque avec ses
fidèles suite à l'opposition qu'ils rencontrent, à
632, le message devient plus dur, plus politique, plus militaire; ce sont
les versets de Médine marqués par l'union du spirituel et
du temporel, Mahomet est chef politique et militaire et rentre triomphalement
à La Mecque. C'est à Médine qu'il instaure le jeune
du Ramadan. Il règle l'économie et mène la guerre.
Quand le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux demandera
dans une enquête ce que les musulmans pensent de la guerre, la quasi
totalité des réponses sera qu'elle fait partie de la vie.
Né en 571 de notre ère , dans le clan des hachémites
, orphelin de père et mère , recueilli par son oncle, à
25 ans Mahomet avait marié une riche veuve de 40 ans ,15 ans de
plus que lui, son homme de confiance qui l'aidait à diriger les
caravanes, Kadhija qui meurt en 619. Une de leurs filles Fatima sera l'épouse
de Ali , le quatrième calife, (Ali est le gendre et le cousin de
Mahomet dont les partisans , environ, 1/10 des musulmans seront les chiites,
plus différents des sunnites par les règles juridiques que
par le dogme) puis Mahomet se remarie. Mahomet est ouvert à la
fortune et tombe dans la polygamie-il eut 9 épouses à Médine
après la mort de sa première épouse. Les parents
du Christ son t pauvres, Lui aussi et il sera célibataire , comme
le Précurseur et son disciple préféré..
Après la mort de Mahomet sans héritier mâle et sans
successeur désigné, en 632,sexagénaire par opposé
à Jésus mort jeune et de mort ignominieuse, circulaient
diverses versions de sa prédication et de ses actions. Par ses
contacts personnels , avec les juifs et les chrétiens, souvent
hérétiques -nestoriens et monophysites- , repoussés
aux marges de l'empire byzantin ,Mahomet connut davantage les évangiles
apocryphes que les canoniques. Dans la tradition musulmane on dit que
Mahomet ne savait ni lire ni écrire, ce qui augmente le caractère
surnaturel de l'Islam. Mais les orientalistes non-musulmans doutent de
l'analphabétisme de Mahomet qui parle des gens du livre par référence
à ces écrits sacrés. Il y eut aussi des sources orales
.
En 651, le calife Othman rassemble tous les textes ,-donc 50 ans après
les premiers et ce ne peut être par tradition orale uniquement--
établit un texte coranique officiel et fait détruire les
autres.
Jésus y est présenté comme un des plus grand prophètes
. Il est appelé fils de Marie. Manifestement les textes des quinze
chapitres où il est question de Jésus sont repris à
des Evangiles apocryphes. La façon concrète d'appliquer
le Coran n'y est pas précisée , mais les premiers musulmans
imitent pour l'essentiel, le comportement de Muhammad.
-Les cinq piliers de l'Islam sont la profession de foi, la prière
personnelle et rituelle,
l'aumône ,le jeune diurne du ramadan, le pèlerinage à
La Mecque une fois dans sa vie .
-Un siècle plus tard, les armées arabes ont conquis un immense
empire s'étendant de l'Espagne à l'Inde . Par contre, les
chrétiens auront été persécutés jusqu'au
4ème siècle.
- Les musulmans, bien qu'au pouvoir, n'y sont qu'une petite minorité
au sein de populations dont les coutumes sont bien différentes
des leurs. Le besoin se fait donc sentir de préciser le contenu
exact de la foi musulmane et des règles qui en découlent
.C'est jusqu'au 9ème siècle , que les savants musulmans
développent l'art de commenter le Coran- dont les versets sont
contradictoires,- voir livre de Ghaleb Bencheikh, fils de Cheik Abbas,-
et de défendre la foi, tandis que les juristes s'attachent à
déduire du Coran et de l'exemple de Muhammad . C'est le moment
de grandeur de la pensée musulmane. Une intense activité
intellectuelle se manifeste: l'antique héritage de la pensée
grecque ou babylonienne a été traduit en arabe, des savants
font progresser les sciences: mathématiques, astronomie, botanique,
médecine etc.
L'Islam aussi se structure
"Après trois siècles environ , pour de multiples raisons,
cette fermentation s'est ralentie , puis s'est assoupie. Dans le domaine
religieux, la communauté musulmane a secrété un corps
de lettrés qui se considèrent comme essentiellement chargés
de transmettre sans modification l'héritage du 9ème siècle:
la loi Islamique telle que l'ont définie les juristes de cette
époque."
On parle de l' IJTIHAD, "l'effort individuel de jugement", qui
correspond à une civilisation brillante .Chez les sunnites à
la fin du IX è siècle , la fermeture de la porte de l'ijtihâd
par accord unanime limita l'activité des juristes ultérieurs
à l'imitation servile des règles déjà déterminées
par les chefs d'école précédentes C'est la SCLEROSE
EN PLACE (Ghaleb p. 26) ou LE PLUS AUSTERE DES SUIVISMES AU LIEU DE LA
RECHERCHE PERSONNELLE(Boubakeur p.112,113).Ce principe fut toutefois contesté
par plus d'un auteur., encore aujourd'hui. Chez les chiites, l'ijtihad
fut aussi refusé pendant plusieurs siècles.". On admet
chez des auteurs la fin de l'interprétation jusque là franche
et libre en 1111, avec la mort du grand théologien musulman al
-Ghazali. Puis c'est l'assoupissement.
"Le réveil sera brutal: il se produit au début du 19ème
siècle par l'expansion coloniale des puissances européennes
qui entrent dans l'ère du développement industriel et technique.
L'empire musulman perd du terrain. La Grèce devient indépendante
en 1830, puis les pays des Balkans. D'autres sont conquis par les colonisateurs
européens. Le monde musulman s'interroge."
C'est aussi au 9è siècle que l'on voit se créer des
écoles de mystique musulmane, le soufisme. Dieu habite en l'homme
. L'union de l'âme avec Dieu se meut de manière très
proche de la mystique chrétienne.
"A long terme, cependant , il semble plus que probable que l'influence
de la modernité fera pencher la balance vers une interprétation
de l'Islam qui tienne compte des valeurs plus que des lois, des choix
personnels plus que des systèmes imposés, de la dimension
historique et du progrès plus que de la nostalgie de l'Age d'Or
.Une nouvelle façon d'appréhender le réel et de se
situer dans l'espace et le temps va nécessairement conduire à
l'adaptation progressive des options modernistes par le plus grand nombre."
Entre-temps" les lettrés musulmans du 9è siècle
avaient défini la loi , la chari'a, dans un contexte de supériorité
politique et militaire ,l'Islam était religion d'Etat. Les lettrés
de l'époque classique ont bloqué le dynamisme initial de
l'Islam en le remplaçant par un système juridique sacralisé,
la sclérose en place d'un système conçu par des ancêtres
qui n'avaient pas voulu engagé les fidèles musulmans pour
un temps postérieur au leur.(Bencheik, p.26). Ils l'ont trahi aussi
en tentant d'imposer leur autorité au pouvoir politique, sous le
prétexte qu'il n'y avait pas de distinction entre le spirituel
et le religieux. Aujourd'hui plus de la moitié des musulmans du
monde vivent dans des pays où ils ne sont qu'une minorité
et le pays où ils vivent ne sont pas des pays à constitution
Islamique
Bencheik (p.36)demande que les ulema entreprennent un travail
de réforme , suivant l'exemple de Vatican II.
C'est chaque jour que les musulmans sont mis en demeure de se situer entre
les défis de la modernité , de la religion chrétienne
et les exigences de leur foi telles qu'elles ont été formulées
par l'Islam classique médiéval." Les règles
de ces juristes sont-elles valables en tous temps et en tout lieu? Et
notamment dans le code familial ou le problème du voile de la femme,
ou encore la photographie? Quid pour les transplantations, les transfusions
etc
On
se trouve devant deux courants contradictoires qui se disputent tous les
musulmans de la société européenne.
-les fondamentalistes ou réformistes (qui dans ce cas ci sont des
conservateurs) du siècle dernier qui y ont travaillé jusque
1950: ils ont voulu retourner aux origines ,dans la ligne des écoles
juridiques, l'Age d'or. Parmi les réactions dans les pays d'origine
il y eut les Frères musulmans, reprenant la législation
médiévale de l'Islam et réagissant contre l'occidentalisation
des murs qui envahit la planète. On a vu la révolution
iranienne de 1979.
-les musulmans laïcs: comme l'empirique Habib Bourguiba en Tunisie;
ou Kemal Ataturk (1880-1938) qui adopta même l'habit européen,
le calendrier grégorien, le système métrique ou l'alphabet
latin; ou le parti Ba-th en Syrie ou en Irak, fondé par un chrétien
orthodoxe, Michel Aflak
Des livres paraissent en totale rupture avec l'Islam juridique du 9ème
siècle. Le Coran ne présente de règles précises
que dans très peu de versets, au maximum 200 sur 6236, dans une
classification qui ne correspond pas à l'ordre chronologique, parfois
contradictoires et qu'il faut donc interpréter..
Il faut donner la priorité au spirituel. Là où les
fondamentalistes disent "la charia est parfaite , elle ne doit pas
évoluer", c'est exactement le contraire , "seul ce qui
est parfait est capable d'évolution. " Pour Boubakeur c'est
une branche morte (p.21)et il veut la réouverture de l'ijtihad,
fermée depuis le XIIè siècle(p.169) donc de l'interprétation
libre.Pour Ghaleb, il faut un aggiornamento semblable à Vatican
II.(p.36)
-Contrairement au catholicisme, il n'y a pas de magistère. Pour
nous la foi a été révélée une fois
pour toutes avec la mort du dernier Apôtre mais l'intelligence de
sa perception peut progresser, de même que sa formulation.
II. LA PHILOSOPHIE DE JEAN PAUL II, SA THEOLOGIE ET LE CONCILE
Recru d'épreuves et remarqué par le cardinal Sapieha prince
archevêque de Cracovie, Karol (du nom du dernier empereur d'Autriche,
d'après l'archiduc Rodolphe)Wojtyla est séminariste après
les épreuves de la guerre , face au nazisme et au marxisme, il
est envoyé au collège belge de Rome, celui qui se trouvait
au centre de Rome, près des universités et qu'on n'avait
pas encore vendu, ce qui sera le cas après le Concile. Il suit
les cours du P. Garrigou-Lagrange, l'auteur thomiste réputé
des "Trois âges de la vie intérieure ", d'un thomisme
même rigoureux qui causera pas mal d'ennuis plus tard à un
célèbre jésuite le futur cardinal de Lubac. Rentré
en Pologne après des voyages en France et en Belgique, il sera
bientôt mêlé à la vie académique à
l'université catholique de Lublin, restée ouverte par miracle,
durant cette période du règne de Staline qui désespérait
de l'inaptitude de la Pologne à accepter le marxisme. Mis en contact
avec la philosophie de Max Scheler disciple de Husserl, l'homme de la
phénoménologie que Wojtyla va introduire dans sa conception
thomiste d'où ses ouvrages de
-"Amour et responsabilité" d'abord préfacé
par le P. de Lubac puis par André Frossard,
- puis "Personne et acte", en anglais "The acting person
".
C'est en agissant dans le sens de l'amour, que l'on soit célibataire
ou marié que l'on trouve l'équilibre. Il publie des pièces
de théâtre qui illustrent le même thème. L'accident
de travail mortel va donner l'occasion d'éclairer le sens de la
vie. Passant du thomisme à l'intégration de la phénoménologie,
il suit en somme le chemin inverse de l'ancienne assistante d'Husserl,
Edith Stein, la carmélite gazée à Auschwitz , qui
elle passa de la phénoménologie au thomisme. Elle fut avec
Sainte Catherine de Sienne et sainte Brigitte de Suède proclamée
une des trois femmes patronnes de l'Europe. La phénoménologie
étudie très profondément les mécanismes psychologiques
humains. Sur le plan théologique Wojtyla prêche en 1976 la
retraite du pape Paul VI , dont les textes sont rassemblés dans
"Le signe de contradiction" et avait aussi auparavant commenté
les résultats du Concile Vatican II, à ses diocésains,
en en montrant toute la richesse pour la vie intérieure dans le
livre dont la traduction française porte le titre de "Aux
sources du renouveau". Ce livre montre toute la richesse que l'on
peut retirer du Concile tandis que dans notre pays certains se sont focalisés
vers des structures nouvelles jusqu'à en étouffer, en attendant
un hypothétique Vatican III. Il ressort de ces écrits et
réflexions théologiques l'importance donnée par Wojtyla
à la relation interpersonnelle exposée dans ses ouvrages
philosophiques trouve à se ressourcer et à se sublimer dans
la Sainte Trinité, relation interpersonnelle par excellence , érigée
au niveau de la Divinité Unique, créatrice et rédemptrice.
Il le fait en insistant sur la notion d'union mystique sponsale , un peu
dans la ligne de Saint Jean de la Croix. Il faut dire que ses deux thèses
de doctorat avaient porté , la première à Rome sur
Saint Jean de la Croix, un carme aussi et la seconde sur Max Scheler en
Pologne sous l'influence de Roman Imgarden.. On remarque qu'il ne recherche
pas l'attaque frontale avec le marxisme , il travaille au schéma
XIII et à la définition de la liberté religieuse
. Pour cette dernière on allait plus loin que Pie XII et Jean XXIII
, grand défenseurs des droits de l'homme pour aboutir dans le dialogue
inter-religieux, avec les Juifs, l'Islam, les Hindous, les bouddhistes
, les agnostiques, dans l'esprit d'Assise, ce qui n'a rien à voir
avec le syncrétisme. Bref , Jean Paul II était particulièrement
prêt pour réagir après le 11 septembre 2001.Jean Bernard
Raymond ,ancien ministre français des affaires étrangères,
écrira qu'en somme il cherche à "moderniser , adapter
le thomisme au monde moderne
en mettant l'accent sur la personne,
sur les droits de l'homme qui deviennent un thème fondamental chez
lui"
III. JEAN-PAUL II ET L'ISLAM.
Outre les documents conciliaires et pontificaux, il ne faut pas perdre
de vue le livre -interview du pape (1994), "Entrez dans l'espérance",
avec Vittorio Messori, qui peut paraître assez net.
Jean Paul II à la curie romaine a le mieux compris le dialogue
interreligieux, grâce à sa formation de philosophe.
Jean Paul II voit le positif et la richesse des personnes qui se réclament
de la tradition musulmane. Il affirme le respect pour la démarche
religieuse de l'Islam dont il admire le sens du Dieu unique et la prière,
exemple dont certains chrétiens feraient bien de s'inspirer. Tout
aussitôt il ajoute que
-le message de l'Islam est réducteur par rapport à l'ancien
et au nouveau testament
-les chrétiens aussi sont fiers de leurs traditions. Mais loyalement
il souligne les différences. Il encourage à une collaboration
dont il sait qu'elle ne sera pas facile mais il affirme la disponibilité
immuable de l'Eglise, même lorsque celle-ci est placée dans
une situation tragique comme vis-à-vis du fondamentalisme musulman.
Il s'inscrit dans la tradition du Concile Vatican II , surtout, Nostra
Aetate , sur les religions non chrétiennes et Dignitatis humanae
sur la liberté religieuse.
Il pose des gestes éloquents par ses discours lors des voyages,
comme à Casablanca- dont le discours aux jeunes est comme un point
d'orgue-, à la Mosquée des Omeyyades,au Kazakhstan, à
Assise.
C'est sous l'égide du même Jean Paul II que Dominus Jesus
a rappelé un certain nombre d'enseignements conciliaires sur l'unique
médiation du Christ. . Les hommes sont sauvés par le Christ
et pas par Mahomet. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés.
Il n'y a qu'une seule vraie religion, la religion catholique romaine.
Ce qui nous dépasse , c'est comment Jésus nous communique
sa grâce.
Hors de l'Eglise , pas de salut.
C'est par l'Eglise que l'on est sauvé.
Mais tous ne doivent pas nécessairement faire partie de l'Eglise.
Le devoir missionnaire existe autant qu'avant.
Mais le devoir de collaboration pour le bien commun et de vie en commun
dans le respect mutuel est tout aussi important. La voie n'est pas celle
d'éventuelles croisades ou de guerres mais la meilleure connaissance
réciproque , le dialogue interreligieux. Le Pape est un admirateur
de Gandhi et il n'est pas pour rien dans l'écroulement du système
soviétique dans la non-violence.. On peut proposer la vérité
mais non l'imposer. Tertio millenio adveniente, avec ses demandes de pardon,
et Novo millenio ineunte sont des documents autour du deux millième
anniversaire du christianisme qui sont fondamentaux.
La diplomatie pontificale, dans cet ensemble, s'inscrit très logiquement.
On sait que le nombre d'Etats représentés auprès
du Saint-Siège est passé sous le règne de Jean Paul
II de 89 à 172 en vingt ans ce qui montre l'influence de la diplomatie
du Saint Siège. A côté de cette action bilatérale
, il y a l'action multilatérale du Vatican auprès de l'ONU
, de l'OMC de l'OEA, des communautés européennes (on ne
dit pas Union européenne) .
Il y a une cohérence, et une grande audace dans la pensée
de Karol Wojtyla, cohérence et audace qui se sont manifestées
dès le Concile , notamment sur la liberté religieuse -qui
devient tout à fait interreligieuse et embrasse non seulement le
christianisme , mais l'Islam, l'hindouisme -et sur les droits de l'homme.
Jean Paul II en a fait une véritable arme politique et c'est ainsi
que cette importante préparation qu'il doit à ses grands
prédécesseurs( Pie XII, Jean XXIII mais surtout Paul VI)
, lui a servi de manière considérable dans sa politique
mondiale.
Le Saint-Siège vise le respect des droits fondamentaux de l'être
humain et la cohabitation entre les fidèles de croyances différentes
pour confirmer que la foi en Dieu est facteur d'harmonie plutôt
que de conflit.
L'option de la cohabitation entre les communautés chrétiennes
,juives et musulmanes au sein d'un même Etat est une ligne stratégique
de fond, afin de prévenir le combat entre civilisations évoqué
par Samuel Huntington. Cela implique l'exclusion d'Etats intégralement
et exclusivement musulman au même titre qu'un Etat intégralement
et exclusivement hébraïque , d'où la mise en valeur
du modèle libanais qui est plus qu'un pays mais un message de liberté
et un exemple de pluralisme pour l'Orient comme pour l'Occident. Le Saint
Siège lutte pour le modèle de cohabitation interreligieuse
et non des Etats religieusement homogènes. Déjà avant
la crise de l'empire ottoman, on s'était convaincu dans les milieux
du Vatican que le meilleur instrument poursuivre une présence catholique
dans cette région est le développement d'une cohabitation
pacifique entre la minorité chrétienne et la majorité
musulmane. Toute hypothèse différente , par exemple des
Etats chrétiens séparés est peu réaliste.
Tout dépend de la forme que cette cohabitation peut prendre.
Il ne souhaite pas que l'on fasse des Etats Islamiques mais des Etats
où chacun puisse vivre normalement. Le Saint Siège souhaite
que l'on vive ensemble -chrétiens, juifs, musulmans, sans quoi
il y a un grand danger de déséquilibre . Cette hypothèse
d'apartheid n'est de toute façon plus possible aujourd'hui avec
la mondialisation. Les minorités et les droits de l'homme doivent
être respectés. C'est cependant avec l'Islam que l'on a le
plus de problèmes dans notre société.
-Il y a en fait aussi une accentuation de l'émigration des chrétiens
qui abandonnent le Proche-Orient. A long terme la solution peut provenir
de la solution du conflit israélo-palestinien, de la croissance
économique de la région, du mûrissement d'un Islam
modéré et libéral, et du développement du
dialogue entre les trois religions monothéistes.
-Enfin le dialogue interreligieux a aidé aux Nations -Unies, notamment
dans les conférences du Caire et de Pékin, dans les problèmes
de la morale et du développement.
- La situation d'impasse du fondamentalisme pourrait se débloquer
avec l'expansion d'importantes communautés musulmanes en Europe
. Le mûrissement d'un Islam européen capable d'unir sa propre
tradition religieuse aux valeurs inaliénables de la civilisation
occidentale pourrait avoir aussi des retombées sur celui du Moyen-Orient
et d'Afrique du Nord.
IV. LES DIFFICULTES ET LES CONDITIONS DU DIALOGUE
1°)Le
cardinal Lustiger.
La liberté religieuse.
1.La liberté religieuse a fait de grands progrès et a été
définie plus clairement que jamais au cours du Concile Vatican
II.
2. Les idées du 18è siècle ont échoué.
L'homme est un être religieux , ce qui peut inquiéter certains
libre- penseurs qui voient ainsi saper la base de leurs réflexions.
Elles assimilaient les religions avec le fanatisme. Elles croyaient parfois
dans le Grand Architecte. La liberté était le critère
suprême de la vie civile. Toutefois ce rationalisme a abouti à
des crimes et des totalitarismes plus grands que ceux qu'on voulait empêcher.
"Les religions se sont montrées plus d'une fois les vrais
défenseurs de la dignité et de la liberté humaines.
L'Eglise catholique semble aujourd'hui en possession d'une analyse précise
, fine, consciente des enjeux de la liberté religieuse.
3.L'Islam est la religion avec laquelle on a le plus de difficultés.
"Mais il faut le dire, les "fondamentalismes musulmans et les
Etats à option coranique posent de plus graves problèmes
, spirituels et politiques , aux société contemporaines,
y compris européennes."
"De nouveaux problèmes politiques et religieux ont surgi.
Nous Occidentaux d'origine et de tradition bibliques, avons traité
l'Islam comme une force historico-politique avec laquelle on peut guerroyer,
négocier, ou pactiser, sans guère affronter la question
religieuse proprement dite. Mais nos propos concernant la liberté
religieuse sont-ils audibles par des pays dits Islamiques? Ou, pour poser
le problème autrement : à quelles conditions une telle démarche
peut-elle être compréhensible par des cultures marquées
par l'Islam?
L'Occident a imaginé plusieurs réponses.
a)"La première est celle de l'époque des Lumières.
Elle voulut réduire ce bloc religieux par l'acide critique: donnons
- leur les Lumières qui feront se déprendre de leur fanatisme
grâce à la critique, les élites et les peuples de
ces nations entreront , sur les mêmes bases que l'Europe, dans une
société rationnelle. Ce fut la vision d'Atatürk, des
réformateurs de l'Egypte depuis le début de ce siècle.
Ce fut le dessein du Shah d'Iran, des républiques révolutionnaires,
des communistes en pays Islamistes, assez souvent de l'administration
coloniale française. Il faut le reconnaître, ce projet rationaliste
a abouti à l'échec. Les retours de flamme sont impressionnants..
b)Une autre solution revient à décréter contre toute
évidence et expérience que le problème est résolu.
Une sorte de compromis historique dédouanerait l'Islam de son origine
étrangère. Ce qui se passe aujourd'hui en France est très
significatif. On procède à une tentative de "nationalisation"
de l'Islam. Il suffirait que l'Islam devienne français pour qu'il
ne soit plus incompatible avec la loi civile de la République et
la distinction du politique et du religieux. Cette perspective relève
de la même intuition que la précédente. Elle est insuffisante
Elle méconnaît l'originalité historique et l'origine
chrétienne de la distinction entre le politique et le religieux."
"Cette distinction ainsi que la liberté religieuse sont-elles
acceptables par l'Islam. (poursuit le cardinal Lustiger". L'assimilation
à la nation française peut se produire chez certains au
prix d'une perte de fidélité Islamique. Comment la société
française acceptera-t-elle les traditions familiales musulmanes?
La question politique serait peut-être résolue mais le problème
religieux, décisif en matière d'appartenance , en resterait
intact. Il resurgira inéluctablement , fût -ce dans les générations
futures."
4. Le mufti de Marseille semble répondre au cardinal Lustiger quand
il déclare:" Ce n'est qu'à travers le politique qu'on
intimide et qu'on impose. Or l'Islam n'a jamais demandé à
ses adeptes d'obliger, d'imposer ou d'intimider. "Appelle à
la voie de Dieu par la sagesse et le sermon du bien." Cela reste
vraiment un discours qui invite à une moralité qui essaie
de les convaincre rationnellement aussi .
Nous sommes les chercheurs
de Dieu et non les propriétaires
.C'est pourquoi une laïcité
bien définie, bien adaptée ne peut être qu'un bienfait
pour l'épanouissement de l'Islam et , surtout, pour la beauté
de l'Islam.
Nous avons seulement avec l'interférence du politique
et du religieux , non seulement une contrainte étatique et une
pression sociale mais une crainte de culpabilité superstitieuse
qui atteint jusqu'aux capacités de réflexion de l'homme."
"On assiste donc à une nouvelle approche du Coran" qui
se heurte aux tenants du passé. Cette démarche se heurte
à des oppositions car elle menace la foi dans ses fondements.
5.
Le débat politique s'enracine au niveau de la vérité
religieuse . Il est exigeant. Il est une condition nécessaire pour
le long terme à la résolution de nos problèmes de
société. Ce débat ne peut s'instaurer de façon
fructueuse que si , les droits des citoyens sont intégralement
respectés, quelles que soient leur religion et leur origine. Le
racisme diffus ou militant , la chasse au faciès lui font obstacle"
Notons à ce propos, dans le sens du cardinal Lustiger, la remarque
positive de H. Vöcking: "La convivialité entre les chrétiens
et musulmans s'étend maintenant aussi à la recherche théologique.
Les chrétiens d'Europe de l'Ouest sont confrontés au fait
que leur société est devenue multi- religieuse . Confessant
le Dieu unique qui s'est révélé en Jésus-Christ
, les chrétiens doivent apprendre à expliquer leur foi aux
hommes et femmes qui suivent une autre tradition religieuse. Les musulmans
en particulier posent ainsi aux chrétiens des questions concernant
la révélation, le prophétisme, la foi en un Dieu
trinitaire, la christologie
"
6. L'Islam, l'histoire sainte et la critique historique.
Par exemple est-il exact factuellement , que la Bible falsifie l'histoire
sainte? Ce que les chrétiens et les juifs accueillent comme parole
divine au sujet d'Abraham, Isaac, Jésus, etc
est tenu pour
mensonger par des textes du Coran que les musulmans reçoivent comme
la révélation. Peut-on faire l'économie de cet affrontement
spirituel? Peut-on éviter de poser aussi la question en termes
de rationalité et d'étude des sources?
"Dans les relations ente judaïsme et christianisme , la figure
du Christ est le point central. Aujourd'hui, parmi les interlocuteurs,
personne ne remet sérieusement en cause l'existence même
de Jésus. Ce qui est discuté , c'est l'interprétation
de son action, la compréhension de son message , de sa personne.
Mais il y a une zone de dialogue. Le débat décisif avec
l'Islam porte sur l'histoire de la révélation autant que
sur la question socio-politique. L'Islam pose à son tour le problème
de la transcendance et de l'eschatologie. Mais en quels termes et avec
quelles conséquences?"
"Il y a un travail de l'Islam sur lui-même sans lequel le
dialogue interreligieux ne peut s'instaurer. La recherche des voies de
la paix invite à tracer un chemin entre l'Islam et la chrétienté
, dans un esprit de respect mutuel et sans abandon d'identité."Un
progrès politique si désirable soit-il , ne permet pas d'aller
jusqu'au bout de la question historiquement posée. On peut négocier
un compromis de paix, un accord de non-agression, établir des relations
pacifiques. Le lent et nécessaire travail des politiques ne suffit
plus aujourd'hui."
"Il faut revenir aux affirmations de l'Ecriture sainte touchant Abraham,
Moïse, Jésus et Marie, que le Coran parfois reprend et souvent
contredit.
A propos de la critique historique ,pour aller encore dans le sens du
cardinal Lustiger, il y a un blocage exégétique.
-"Il est regrettable que la critique philologique des textes sacrés
telle qu'elle a été appliquée à la Bible et
aux Evangiles, sans entraîner de conséquences négatives
pour la notion de révélation, continue d'être refusée
par l'opinion musulmane
.Les raisons de cette opposition sont politiques
et psychologiques: politiquement , le Coran joue pour les nouveaux Etats
le rôle d'instance de légitimation d'autant plus indispensable
que les mécanismes démocratiques sont absents."
-Le retour aux sources dans les trois religions(monothéistes)pose
le problème des sources.
". Mais si les juifs et les chrétiens ont largement amorcé
le travail de relecture des textes, pour la plupart des musulmans les
portes de l'ijtihad /l'interprétation ont été fermées
il y a plusieurs siècles.
7."L'Islam
et les libertés civiles .
Dans ce nouvel âge de l'humanité, certaines affirmations
théoriques deviennent des faits pratiques: ainsi l'unité
de l'espèce humaine, la solidarité des hommes entre eux,
la nécessité d'une organisation politique des sociétés
humaines sur des bases juridiques universelles, le respect de la vie de
la conception jusqu'à la mort, la destination universelle des biens,
la liberté religieuse et le devoir social de religion. Ces acquis
fragiles sont issus de la révélation: ils sont aujourd'hui
au rendez-vous de l'évolution de l'espèce humaine. La Bible
et le christianisme doivent y reconnaître le fruit du labeur de
la foi dans d'histoire. Les autres religions ne doivent pas manquer ce
défi de la justice et de la fraternité. Comment? Quelle
attitude suggérer à l'Islam pour affronter ces immenses
défis? Les questions soulevées par l'Occident en vertu de
sa tradition religieuse s'imposent à toutes les civilisations que
sont les grandes religions non chrétiennes. Mais l'urgence du débat
politique et religieux avec l'Islam est immédiate."
8."Le dialogue interreligieux est déjà stimulé
au plan séculier par le débat des humanismes. L'universalisme
de la Bible et des droits de l'homme est , en fait contesté par
l'Islam, qui ne l'accepte pas sans restriction. On ne peut pas se contenter
de réaffirmer la déclaration universelle des droits de l'homme;
il faut la discuter face aux objections qui lui sont opposées ici
et maintenant. Il ne suffit pas d'arracher une majorité politique
en faveur de telle ou telle définition supplémentaire .
L'enjeu est moral et religieux. On a pu le voir lors des dernières
conférences du Caire et de Pékin , comme au Parlement européen
à Strasbourg. Il faut poursuivre la réflexion sur les droits
de l'homme, sur leurs fondements, leur extension, leur conséquences.
C'est la condition nécessaire pour que soit reconnue et établie
l'unité de la société humaine , dans la paix.
9."La société prônée par l'Islam est-elle
compatible avec le droit à la liberté religieuse reconnue
aujourd'hui dans la plupart des Etats de droit modernes et explicitée
par Vatican II."On pense à la déclaration Dignitatis
humanae.
"Dans l'histoire , depuis l'Hégire , cette opinion n'a guère
été pratiquement tenue par les représentants qualifiés
de l'Islam. A supposer que la liberté religieuse puisse être
majoritairement reconnue par les musulmans, comment est-elle compatible
avec la fidélité au Coran? Quelle capacité d'évolution
existe-t-il notamment au sujet de la distinction de la religion et de
la politique
."
"Pour introduire la liberté religieuse , pour en faire le
pivot d'une société respectueuse des droits de l'homme et
de ses libertés, l'Islam doit s'expliquer avec cette distinction
du religieux et du politique. Sans quoi finalement l'Islam se manifesterait
incompatible avec le christianisme, le judaïsme et les autres religions.
Que se passerait-il alors?"
2°)Le cardinal Poupard
Le dialogue interreligieux , l'une des plus extraordinaires réalisations
contemporaines de l'Eglise , ne saurait être confondu avec une quelconque
tentative syncrétiste
.Les chrétiens , témoins
du Christ ressuscité , doivent répondre à leurs frères
dans un esprit de vérité et de paix."
L'Islam pose quand même des difficultés.
-La "confusion qu'il entretient entre le spirituel et le temporel.
Un musulman ne peut accepter d'être gouverné par un non-musulman.
Tout musulman veut un gouvernement Islamique. La volonté affichée
d'y parvenir par des moyens démocratiques masque la réalité
démographique dont l'évolution contrastée entre les
communautés risque par exemple , à terme, d'abolir l'existence
même du Liban, Etat où les communautés jouissaient
d'une reconnaissance institutionnelle à parité, permettant
aux personnes de vivre en osmose de cultures. La situation du Moyen -Orient
est devenue
Il est beau de parler du dialogue des cultures , mais
la réalité tragique du Moyen-Orient est que la culture aujourd'hui
dominante rejette à la mer la culture chrétienne
.L'Europe
doit être consciente que l'Islam veut la conquérir. La Méditerranée
est bel et bien le lieu d'affrontement de deux religions. "Vous nous
avez arrêtés à Poitiers et à Vienne . mais
nous irons plus loin par d'autres moyens": parole d'un musulman à
un ami chrétien qui me les rapporte, triste."Face à
l'ampleur de ce défi , c'est vers la Croix que se tourne notre
espérance" Et de citer le martyre des sept moines français
en Algérie. Elle ouvre sur l'infini de l'Amour de Dieu, source
de la fraternité entre les hommes, appelés à vaincre
la haine, à surmonter la peur, à pardonner la violence,
à être des semeurs d'amour. Elle révèle le
vrai visage de l'Eglise."
-"Je n'oublie pas un autre problème, celui de la séduction
qu'exerce l'Islam sur certains de nos contemporains sécularisés.
Ces derniers sont attirés par une simplicité du contenu
dogmatique et pratique -Dieu est Dieu et Mahomet est son prophète-
jointe à la conscience d'appartenir à une
grande communauté
de croyants peut être déterminant pour des personnes d'origine
chrétienne, mais vivant dans des pays à faible pratique
religieuse, où l'organisation sociale est laïque , indifférente,
voire hostile à l'expression religieuse publique. Nos media trouvent
le carême ringard, mais le ramadan très intéressant,
voire fascinant."
Cette vue du cardinal Poupard ne doit pas faire oublier que En fait l'Eglise
est Notre Mère et l'épouse du Christ , de même que
son corps mystique. Et le christianisme est très simple , c'est
le Sacré Cur de Jésus qui , bien compris et sans faux
sentimentalisme ,est le résumé, ou le symbole de tout le
christianisme !
A propos de cette doctrine quelque peu rudimentaire:
La réponse au défi de l'Islam est dans notre conversion
personnelle , plus grande, au mystère du Christ. Elle est dans
l'accueil de l'autre , si différent qu'il soit, pour cette raison
que mon prochain est un frère , fils du même Père
. C'est dire l'importance pour les jeunes beurs de se sentir accueillis
comme tels, respectés et aimés par leurs frères chrétiens,
et de trouver en eux et chez eux une patrie, la maison de l'Amour. Nul
ne peut vivre sans amour. Et l'amour partagé , c'est l'amour multiplié."
Des chrétiens de Chine découvrent-ils sur Internet qu'il
s ne sont pas les seuls persécutés, mais que d'autres frères
souffrent avec eux pour le Christ , au Soudan, au Vietnam , et aussi en
Inde , et que partout le sang des martyrs est semence de chrétiens.
Ils font connaître à Rome leur joie de se savoir ainsi un
maillon dans l'immense chaîne de la communion des saints."
-Et dans "Ce Pape est un don de Dieu", il dit " Le débat
sur l'intégration de l'Islam préoccupe les pouvoirs publics
dans un pays comme la France. A l'évidence , la République
laïque devra revoir sa conception de la laïcité, qui
chez beaucoup a viré au laïcisme, pour en revenir au respect
institutionnel des différentes familles religieuses et agnostiques
qui constituent la nation. Dans une société pluraliste,
l'avenir ne se trouve dans l'exclusion de personne, ni de l'Eglise , ni
de l'Islam, mais dans la connaissance pacifique de toutes les communautés
croyantes. Les chrétiens ne peuvent qu'être stimulés
à témoigner de leur foi dans la vie de la cité, où
leur apport est irremplaçable
..Pour les uns, nous allons
vers une lente Islamisation de l'Occident , pour les autres vers une modernisation
de l'Islam." Le cardinal Poupard parle en outre des deux versants
de la méditerranée: le Nord chrétien et son hiver
démographique et le Sud musulman et son explosion démographique
Un
bémol doit être imposé à cette dernière.
"Alors que la fécondité a mis près de trois
cents ans pour tomber d'un peu plus de six enfants par femme au début
du XVIIèsiècle à près de deux dans les années
30, le Maghreb n'a mis que vingt-cinq ans pour parcourir le même
chemin
."
"Pour l'Eglise , c'est le défi pastoral qui compte d'abord.
Comment répondre à la fascination exercée par une
religion qui se présente avec un fort dynamisme, qui englobe touts
les aspects de la vie, se présente sans respect humain, et réclame
à voix haute la reconnaissance publique de ses propres modes de
vie.
"Pour l'Eglise la réponse est d'ordre spirituel. Elle est
de l'ordre de la foi vécue, de l'espérance fondée
sur le Christ, et de son amour mis en uvre , capable de faire tomber
bien des barrières". Ceci est confirmé par le fait
qu'ill y a de nombreuses conversions de musulmans au christianisme, surtout
en présence de chrétiens convaincus.
"Nous sommes pour l'Eglise comme pour la cité , devant une
nouvelle frontière et , après l'implosion du marxisme -léninisme
athée, devant un autre défi, d'une importance capitale.
Aurons-nous l'intelligence de le comprendre et la volonté de le
surmonter? Il y faudra des curs brûlants, beaucoup d'amour
du Christ et d'amour de nos frères.
Il n'y a rien à attendre de la force , et tout de la perception
du mystère." .
3°)Cardinal
Ratzinger.
a)Un tournant pour l'Europe.
Il y a deux causes à la renaissance du monde Islamique et qui sautent
aux yeux.
-"le renforcement économique et par conséquent politique
et militaire des pays Islamiques , grâce à l'importance du
pétrole dans la vie internationale. Mais alors qu'en Occident l'envol
économique a généralement entraîné un
appauvrissement de la substance religieuse, dans le monde Islamique la
nouvelle force économique va de pari avec une nouvelle conscience
religieuse-il est vrai qu'en Islam, religion, culture, et politique constituent
une unité indissoluble." "Pour ce qui est du point de
départ , il me semble significatif que les premiers symptômes
du changement en Iran aient été des attentats contre les
cinémas américains. Le way of life occidental , avec sa
permissivité morale, est ressenti par les Iraniens comme une agression
contre leur propre identité et conter la dignité de leur
propre style de vie." "Si au temps les plus forts de l'expansion
de sa puissance, le monde chrétien avait provoqué , du moins
dans les cercles cultivés du monde Islamique un sentiment de sous-développement
et le doute de soi, un mépris croissant se développe maintenant
à l'égard du refoulement du principe moral et religieux
dans le domaine purement privé, comme à l'égard d'une
organisation de la vie publique où seul l'agnosticisme moral et
religieux passe pour admissible. Le pouvoir qui imposait ce style de vie
, surtout par l'exportation de la culture américaine, et qui devait
apparaître comme la seule norme, dut ressenti code plus en plus
comme une agression contre ce que leur être a de plus profond. Ce
n'est pas l'Union soviétique athée, mais l'Amérique
, tolérante en matière de religion et même fortement
empreinte de religion, qui est considérée et combattue comme
l'incarnation du mal, en raison du choc entre une culture moralement agnostique
et une structure de vie où nation, culture , morale et religion
apparaissent comme un tout inséparable. Un respect acharné
et littéral des traditions religieuses est souvent lié à
un fanatisme politique et militaire, là où la religion est
directement considérée comme le moyen d'exercer un pouvoir
terrestre. Dans la tradition Islamique en particulier , on n'est pas loin
d'utiliser les énergies religieuses à des fins politiques.
S'est développé alors, en rapport avec le phénomène
de la résistance palestinienne , une interprétation révolutionnaire
de l'Islam , qui touche de près aux théologies chrétiennes
de libération et a facilité la fusion du terrorisme occidental
d'inspiration marxiste avec le terrorisme Islamique
ex. R. Garaudy.
A l'opposé un souverain aussi fortement empreint de religion que
le roi Hassan II du Maroc a exprimé son profond souci concernant
l'avenir de l'Islam.: une compréhension de l'Islam , qui "y
voit essentiellement une dévotion à Dieu , lutte contre
une interprétation politico-révolutionnaire , où
la religion fait partie d'un chauvinisme culturel et est finalement subordonnée
au politique .Nous ne devrions pas prendre à la légère
le débat sur ce phénomène disparate. L'Islam, sûr
de lui , exerce bien plus de fascination sur le Tiers-monde qu'un christianisme
en désaccord avec lui-même."
b)Eglise , cuménisme et politique
Dès sa naissance , l'Islam représentait un retour à
un monothéisme qui n'avait pas assimilé le bouleversement
chrétien du Dieu devenu homme, et se fermait de la même manière
à la rationalité de la culture grecques qui, à travers
la réflexion sur l'Incarnation divine, était devenue partie
intégrante du monothéisme chrétien.
Dès le XVIIIè siècle , l'Islam perdait de son importance
morale et politique et , à partir du XIXè siècle
, il tombait de plus en plus dans sous la domination des systèmes
juridiques européens dominés par la raison, surgie de l'époque
des lumières. Ces systèmes juridiques s'étaient séparés
de leur fondement chrétien. Et prétendaient constituer un
pur droit de la raison. Mais précisément là où
l'Islam vit ou redevient vivant comme foi, ces systèmes juridiques
doivent être considérés comme opposés à
Dieu et à la foi.
Il existe certainement de nombreuses causes à l'accentuation actuelle
de cette tendance: on peut mentionner avant tout le renforcement politique
et économique du monde arabe et également, la crise dans
laquelle est tombé le droit rationnel européen qui , après
s'être séparé complètement de ses bases religieuses
,menace de se transformer en une domination de facto de l'anarchie."
"
CONCLUSIONS
Tous les représentants officiels de l'Islam , quel qu'il soit,
sont pour une lecture fondamentaliste du Coran
pour pouvoir en sortir
, il faudrait que les quelques voix qui appellent aujourd'hui à
ouvrir les portes de l'ijtihad deviennent un mouvement qui emporterait
l'adhésion de tout le monde musulman.
Les musulmans parlent des trois religions du livre.En fait le christianisme
n'est pas un fatras de dogmes et de réglementations mais est une
personne, la Parole faite chair. "M'est avis que l'Eglise et le Christ
c'est tout un "disait Jeanne d'Arc. Dieu pour les chrétiens
est relation, Il s'engage, Il est Amour. Il ne répond pas chez
les musulmans. Nous pouvons cheminer ensemble mais il y a une différence
radicale entre les deux religions.
-Parmi les espoirs, citons du côté chrétien:
-, cesser de croire que le christianisme est compliqué alors qu'il
est simple, -il peut être révélé aux tout petits,-
allez voir à Montmartre-le Sacré Cur est le résumé
du christianisme disait Pie XII et correspond bien aux besoins de l'époque
moderne.
-cesser de croire que la sécularisation est fatale alors que nos
jeunes sont sans préjugés et que par millions ils se rassemblent
dans les JMJ
Citons du côté musulman:
-faire ouvrir l'interprétation du Coran, fermée depuis le
12è siècle,
-permettre l'intervention de la critique historique et
- l'émancipation du rôle de la femme .Favoriser sa culture
dans le cadre du dialogue euro-méditerranéen.
Résumé.
L'Islam est basé sur le Coran, texte établi près
de vingt ans après la mort de Mahomet. Son interprétation
s'est arrêtée au XII è siècle . Cette tendance
fait l'objet de courants actuels pour l'adapter à l'époque
moderne mais ceci se heurte au fondamentalisme qui veut en rester à
l'interprétation traditionnelle dans la ligne des wahabites d'Arabie
saoudite.
Jean Paul II a une formation philosophique à base de thomisme intégrant
la phénoménologie, ce qui l'amène à mettre
l'accent sur les relations interpersonnelles, ce qui se sublime dans l'Amour
trinitaire et la responsabilité de la personne qui agit en aimant.
Il devait se trouver en symbiose parfaite avec les tendances fondamentales
de Vatican II, en particulier la liberté religieuse dans la recherche
de la vérité. La défense des droits de l'homme est
devenue une carte maîtresse de la diplomatie pontificale.
Dans les relations avec l'Islam, la démarche de Jean Paul II est
empreinte de respect envers les croyants de cette religion - et non pas
envers cette religion même- adorant le Dieu unique et pratiquant
assidûment la prière. Il est loyal, souligne les différences
qui nous séparent mais prêche la convivialité , et
le renoncement à toute violence car la vérité ne
peut être imposée par la force.
Les difficultés existent. Elles sont soulignées par plusieurs
cardinaux. Il faut poursuivre un dialogue en profondeur avec l'Islam ,
touchant des points fondamentaux comme la véritable laïcité,
la modernité, la critique historique. Il faut même aborder
le dialogue théologique , même s'il est apparemment inconciliable
Le dialogue avec l'Islam et les autres religions est aussi un défi
à saisir pour inciter les chrétiens à la conversion
personnelle. La sécularisation n'est pas une fatalité car
le Christ est le même hier , aujourd'hui et dans les siècles.
L'histoire des religions contribue à amener les hommes à
la paix.
BIBLIOGRAPHIE
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Jean Paul II, Entrez dans l'espérance, Plon,Mame,1994, Avec la
collaboration de Vittorio Messori
-Lustiger, Jean Marie (cardinal)-Devenez dignes de la condition humaine,
Flammarion, Saint Augustin
-Lustiger, Jean Marie (cardinal)(présenté par )-Quel avenir
pour l'Eglise- Des cinq continents, cinq témoins, Conférences
Notre-Dame de Paris,2001
-Poupard Paul (cardinal) (sous la direction d e )-Dictionnaire des religions,
PUF,1993
-Poupard Paul (cardinal)-Ce Pape est un don de Dieu, Mame- Plon, 2001,Entretiens
avec Marie -Joëlle Guillaume
-Poupard Paul (cardinal)-Foi et cultures , au tournant du nouveau millénaire,
C.L.D.,
Entretiens avec Patrick Sbalchiero,mai 2001
-Poupard Paul (cardinal-Le christianisme à l'aube du IIIè
millénaire, Plon-Mame,1999
-Ratzinger, Joseph, (cardinal)-Un tournant pour l'Europe, diagnostics
et pronostics sur la situation de l'Eglise et du monde, Flammarion, Saint-
Augustin
-Ratzinger, Joseph (cardinal) -cuménisme et politique
-Ries, Julien, -l'Islam, cerf, Magnard,2000
A consulter aussi :
Maalouf,Amin, L'identité meurtrière, Edit.Grasset,1998,
livre de poche n °15005 (189 pages)
Revues
et brochures
Islam en Europe, édité par la COMECE-Législation
relative aux communautés musulmanes, projets Islamiques pour un
contrat culturel avec l'Etat. (dont l'article du R.P. Hans Vöcking)
Collection de l'Osservatore Romano(pour les allocutions pontificales
La Libre
4/12/2001 (p.13) et 11 /3/2002 p.11
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