Cycle 2002

L'ISLAM ET LA DOCTRINE SOCIALE DE L'EGLISE.
QUELLES CONVERGENCES,QUEL DIALOGUE?


mardi 23 avril


LE DIALOGUE INTERRELIGEUX DANS L'ENSEIGNEMENT DE JEAN-PAUL II
APPLICATION A L'ISLAM

QUELQUES NOTES DE RECHERCHE
par
Louis-J. DUJARDIN, Docteur en Droit, Lic. Sc. Écon. , consultant auprès d'organisations européennes

-Un ancien curé de paroisse de Schaerbeek, devenu entre-temps évêque auxiliaire , évoquait avec nostalgie le temps où les premiers immigrés musulmans furent accueillis chez nous, dans sa paroisse, partageant des soirées de prière à l'église Sainte Marie. A ce moment les imams sortaient du peuple. Puis ils furent désignés par l'intermédiaire de l'Arabie saoudite , dont on sait l'influence de l 'école rigoriste et rétrograde des wahabites.
-Aujourd'hui, des enseignants dans l'enseignement catholique, rencontrent des fondamentalistes parmi leurs élèves qui vont jusqu'à se réjouir des attentats du 11 septembre 2001 au World Trade Center. Puis on a vu le 24 janvier dernier le train des religions, avec une forte délégation musulmane, s'ébranler vers Assise , la cité de Saint François qui avait trouvé qu'il fallait un autre chemin que les croisades pour rencontrer l'Islam
Ne faut-il pas en même temps se réjouir de voir là une nouvelle manifestation de l'homo religiosus de toujours qui fait tellement peur aux libre- penseurs? Les libre- croyants ont des richesses à partager et des luttes communes à mener mais autrement que par la guerre
-L'Eglise prône le dialogue interreligieux . Il ne faut pas le confondre avec syncrétisme, forme de scepticisme face à la force de la parole de Dieu. Or beaucoup de partisans du dialogue ne connaissent pas bien leur propre religion et il y a là un problème. Par contre aux Nations Unies et sur le plan international, il arrive que les positions du Saint Siège et des pays musulmans se rejoignent sur des problèmes de société.
.- Le fondamentalisme Islamique préoccupe "de plus en plus la majorité de la population de certains pays membres et de plus , l'Islam par exemple est souvent perçu comme une religion incompatible avec les principes fondamentaux de la société européenne comme la démocratie, la laïcité, les droits de l'homme et surtout la liberté religieuse."

I. L'ISLAM
325:Concile de Nicée ; 451 : Concile de Chalcédoine( perfectus Deus, perfectus homo );
vers 571 : naissance de Mahomet; en Arabie coexistent des chrétiens nestoriens, monophysites, des Juifs et un peu partout des polythéistes.

1.Situation d'aujourd'hui.
Il existe de par le monde près d'un milliard d'hommes et de femmes qui s'affirment musulmans; ils savent qu'ils se soumettent à Dieu. Ils lui rendent honneur et gloire qui Lui sont dus comme Créateur et Maître. L'Islam existe en tant que société unitaire où tous et chacun se sentent solidaires et frères, malgré les nombreuses différences de race, de langue et de civilisation. Quatorze siècles d'histoire lui ont permis d'étendre son empire dans les parties essentielles du Tiers-Monde afro-asiatique et d'établir une solide diaspora en Europe et en Amérique.

2. Tous ces musulmans ne sont pas des Arabes, de même que tous les Arabes ne sont pas musulmans. Le Moyen-Orient connaissait des Arabes chrétiens avant l'Islam et la langue arabe a été et demeure une langue chrétienne, en même temps qu'elle devenait la langue liturgique des musulmans. Cependant si les musulmans arabes ne constituent que 20% des musulmans, dans le monde, ils se situent néanmoins au cœur même de l'Islam, géographiquement, culturellement et affectivement. C'est pourquoi ils y jouissent d'un prestige incomparable, parce qu'ils ont été les propagateurs de l'Islam durant les premiers siècles de l'époque islamique et parce que leur langue est celle-là même en laquelle s'est présenté le Coran le livre sacré des musulmans. L'Arabie saoudite y bénéficie d'une certaine primauté d'honneur en tant que protectrice des lieux saints de l'Islam."

3.Le Coran est présenté comme une dictée surnaturelle enregistrée par le prophète inspiré.
Il rappelle le pacte primordial d'Allah avec Abraham .
Il rapporte en outre de nombreuses traditions religieuses d'avant l'Islam, arabes, juives , chrétiennes. Mais ces évocations bibliques sont bien islamisées: Islam veut dire soumis; ses inspirations se rapportent à un Dieu lointain, pas celui qui s'incarne et intervient et dialogue dans l'histoire, le Dieu Emmanuel, tout Amour relationnel qui aime et prend soin de sa créature, de Dieu trinitaire, qui a aimé le premier et qui dialogue
-entre ses trois personnes,
-puis avec l'humanité au cours de son histoire .
-Il dialogue jusque dans le dialogue interreligieux, comme Paul VI l'exprimait brillamment dans sa première encyclique de 1964, Ecclesiam suam. Le jugement final ( ciel et enfer pour les infidèles) a peut-être suivi l'influence du christianisme et du judaïsme.
La société islamique suit le modèle d'une tribu arabe où l'homme a le droit et non la femme . Or le centre de la famille c'est la femme et non l'homme, ce qui à long terme aura des conséquences. L'Arabie vit à ce moment sous le mode tribal et non d'un Etat comme Athènes, Sparte ou Rome, voire l'Egypte pharaonique etc…
Le Coran est marqué par la vie et la personnalité de Mahomet. Il est rédigé sur 50 ans alors que la Bible s'étend sur des dizaines de siècles, annonçant le Messie.
-On peut dire que de 610 à 622 , le message est religieux, visionnaire (Jésus et la parole de Dieu , ce n'est pas un visionnaire ni diurne ni nocturne ni extatique) :ce sont les versets de La Mecque
-de 622, date de l'hégire où il quitte La Mecque avec ses fidèles suite à l'opposition qu'ils rencontrent, à 632, le message devient plus dur, plus politique, plus militaire; ce sont les versets de Médine marqués par l'union du spirituel et du temporel, Mahomet est chef politique et militaire et rentre triomphalement à La Mecque. C'est à Médine qu'il instaure le jeune du Ramadan. Il règle l'économie et mène la guerre. Quand le conseil pontifical pour le dialogue interreligieux demandera dans une enquête ce que les musulmans pensent de la guerre, la quasi totalité des réponses sera qu'elle fait partie de la vie.
Né en 571 de notre ère , dans le clan des hachémites , orphelin de père et mère , recueilli par son oncle, à 25 ans Mahomet avait marié une riche veuve de 40 ans ,15 ans de plus que lui, son homme de confiance qui l'aidait à diriger les caravanes, Kadhija qui meurt en 619. Une de leurs filles Fatima sera l'épouse de Ali , le quatrième calife, (Ali est le gendre et le cousin de Mahomet dont les partisans , environ, 1/10 des musulmans seront les chiites, plus différents des sunnites par les règles juridiques que par le dogme) puis Mahomet se remarie. Mahomet est ouvert à la fortune et tombe dans la polygamie-il eut 9 épouses à Médine après la mort de sa première épouse. Les parents du Christ son t pauvres, Lui aussi et il sera célibataire , comme le Précurseur et son disciple préféré..
Après la mort de Mahomet sans héritier mâle et sans successeur désigné, en 632,sexagénaire par opposé à Jésus mort jeune et de mort ignominieuse, circulaient diverses versions de sa prédication et de ses actions. Par ses contacts personnels , avec les juifs et les chrétiens, souvent hérétiques -nestoriens et monophysites- , repoussés aux marges de l'empire byzantin ,Mahomet connut davantage les évangiles apocryphes que les canoniques. Dans la tradition musulmane on dit que Mahomet ne savait ni lire ni écrire, ce qui augmente le caractère surnaturel de l'Islam. Mais les orientalistes non-musulmans doutent de l'analphabétisme de Mahomet qui parle des gens du livre par référence à ces écrits sacrés. Il y eut aussi des sources orales .
En 651, le calife Othman rassemble tous les textes ,-donc 50 ans après les premiers et ce ne peut être par tradition orale uniquement-- établit un texte coranique officiel et fait détruire les autres.
Jésus y est présenté comme un des plus grand prophètes . Il est appelé fils de Marie. Manifestement les textes des quinze chapitres où il est question de Jésus sont repris à des Evangiles apocryphes. La façon concrète d'appliquer le Coran n'y est pas précisée , mais les premiers musulmans imitent pour l'essentiel, le comportement de Muhammad.
-Les cinq piliers de l'Islam sont la profession de foi, la prière personnelle et rituelle,
l'aumône ,le jeune diurne du ramadan, le pèlerinage à La Mecque une fois dans sa vie .
-Un siècle plus tard, les armées arabes ont conquis un immense empire s'étendant de l'Espagne à l'Inde . Par contre, les chrétiens auront été persécutés jusqu'au 4ème siècle.
- Les musulmans, bien qu'au pouvoir, n'y sont qu'une petite minorité au sein de populations dont les coutumes sont bien différentes des leurs. Le besoin se fait donc sentir de préciser le contenu exact de la foi musulmane et des règles qui en découlent .C'est jusqu'au 9ème siècle , que les savants musulmans développent l'art de commenter le Coran- dont les versets sont contradictoires,- voir livre de Ghaleb Bencheikh, fils de Cheik Abbas,- et de défendre la foi, tandis que les juristes s'attachent à déduire du Coran et de l'exemple de Muhammad . C'est le moment de grandeur de la pensée musulmane. Une intense activité intellectuelle se manifeste: l'antique héritage de la pensée grecque ou babylonienne a été traduit en arabe, des savants font progresser les sciences: mathématiques, astronomie, botanique, médecine etc.…L'Islam aussi se structure…
"Après trois siècles environ , pour de multiples raisons, cette fermentation s'est ralentie , puis s'est assoupie. Dans le domaine religieux, la communauté musulmane a secrété un corps de lettrés qui se considèrent comme essentiellement chargés de transmettre sans modification l'héritage du 9ème siècle: la loi Islamique telle que l'ont définie les juristes de cette époque."
On parle de l' IJTIHAD, "l'effort individuel de jugement", qui correspond à une civilisation brillante .Chez les sunnites à la fin du IX è siècle , la fermeture de la porte de l'ijtihâd par accord unanime limita l'activité des juristes ultérieurs à l'imitation servile des règles déjà déterminées par les chefs d'école précédentes C'est la SCLEROSE EN PLACE (Ghaleb p. 26) ou LE PLUS AUSTERE DES SUIVISMES AU LIEU DE LA RECHERCHE PERSONNELLE(Boubakeur p.112,113).Ce principe fut toutefois contesté par plus d'un auteur., encore aujourd'hui. Chez les chiites, l'ijtihad fut aussi refusé pendant plusieurs siècles.". On admet chez des auteurs la fin de l'interprétation jusque là franche et libre en 1111, avec la mort du grand théologien musulman al -Ghazali. Puis c'est l'assoupissement.
"Le réveil sera brutal: il se produit au début du 19ème siècle par l'expansion coloniale des puissances européennes qui entrent dans l'ère du développement industriel et technique. L'empire musulman perd du terrain. La Grèce devient indépendante en 1830, puis les pays des Balkans. D'autres sont conquis par les colonisateurs européens. Le monde musulman s'interroge."
C'est aussi au 9è siècle que l'on voit se créer des écoles de mystique musulmane, le soufisme. Dieu habite en l'homme . L'union de l'âme avec Dieu se meut de manière très proche de la mystique chrétienne.
"A long terme, cependant , il semble plus que probable que l'influence de la modernité fera pencher la balance vers une interprétation de l'Islam qui tienne compte des valeurs plus que des lois, des choix personnels plus que des systèmes imposés, de la dimension historique et du progrès plus que de la nostalgie de l'Age d'Or .Une nouvelle façon d'appréhender le réel et de se situer dans l'espace et le temps va nécessairement conduire à l'adaptation progressive des options modernistes par le plus grand nombre."
Entre-temps" les lettrés musulmans du 9è siècle avaient défini la loi , la chari'a, dans un contexte de supériorité politique et militaire ,l'Islam était religion d'Etat. Les lettrés de l'époque classique ont bloqué le dynamisme initial de l'Islam en le remplaçant par un système juridique sacralisé, la sclérose en place d'un système conçu par des ancêtres qui n'avaient pas voulu engagé les fidèles musulmans pour un temps postérieur au leur.(Bencheik, p.26). Ils l'ont trahi aussi en tentant d'imposer leur autorité au pouvoir politique, sous le prétexte qu'il n'y avait pas de distinction entre le spirituel et le religieux. Aujourd'hui plus de la moitié des musulmans du monde vivent dans des pays où ils ne sont qu'une minorité et le pays où ils vivent ne sont pas des pays à constitution Islamique…Bencheik (p.36)demande que les ulema entreprennent un travail de réforme , suivant l'exemple de Vatican II.
C'est chaque jour que les musulmans sont mis en demeure de se situer entre les défis de la modernité , de la religion chrétienne et les exigences de leur foi telles qu'elles ont été formulées par l'Islam classique médiéval." Les règles de ces juristes sont-elles valables en tous temps et en tout lieu? Et notamment dans le code familial ou le problème du voile de la femme, ou encore la photographie? Quid pour les transplantations, les transfusions etc…

On se trouve devant deux courants contradictoires qui se disputent tous les musulmans de la société européenne.
-les fondamentalistes ou réformistes (qui dans ce cas ci sont des conservateurs) du siècle dernier qui y ont travaillé jusque 1950: ils ont voulu retourner aux origines ,dans la ligne des écoles juridiques, l'Age d'or. Parmi les réactions dans les pays d'origine il y eut les Frères musulmans, reprenant la législation médiévale de l'Islam et réagissant contre l'occidentalisation des mœurs qui envahit la planète. On a vu la révolution iranienne de 1979.
-les musulmans laïcs: comme l'empirique Habib Bourguiba en Tunisie; ou Kemal Ataturk (1880-1938) qui adopta même l'habit européen, le calendrier grégorien, le système métrique ou l'alphabet latin; ou le parti Ba-th en Syrie ou en Irak, fondé par un chrétien orthodoxe, Michel Aflak
Des livres paraissent en totale rupture avec l'Islam juridique du 9ème siècle. Le Coran ne présente de règles précises que dans très peu de versets, au maximum 200 sur 6236, dans une classification qui ne correspond pas à l'ordre chronologique, parfois contradictoires et qu'il faut donc interpréter..
Il faut donner la priorité au spirituel. Là où les fondamentalistes disent "la charia est parfaite , elle ne doit pas évoluer", c'est exactement le contraire , "seul ce qui est parfait est capable d'évolution. " Pour Boubakeur c'est une branche morte (p.21)et il veut la réouverture de l'ijtihad, fermée depuis le XIIè siècle(p.169) donc de l'interprétation libre.Pour Ghaleb, il faut un aggiornamento semblable à Vatican II.(p.36)
-Contrairement au catholicisme, il n'y a pas de magistère. Pour nous la foi a été révélée une fois pour toutes avec la mort du dernier Apôtre mais l'intelligence de sa perception peut progresser, de même que sa formulation.

II. LA PHILOSOPHIE DE JEAN PAUL II, SA THEOLOGIE ET LE CONCILE
Recru d'épreuves et remarqué par le cardinal Sapieha prince archevêque de Cracovie, Karol (du nom du dernier empereur d'Autriche, d'après l'archiduc Rodolphe)Wojtyla est séminariste après les épreuves de la guerre , face au nazisme et au marxisme, il est envoyé au collège belge de Rome, celui qui se trouvait au centre de Rome, près des universités et qu'on n'avait pas encore vendu, ce qui sera le cas après le Concile. Il suit les cours du P. Garrigou-Lagrange, l'auteur thomiste réputé des "Trois âges de la vie intérieure ", d'un thomisme même rigoureux qui causera pas mal d'ennuis plus tard à un célèbre jésuite le futur cardinal de Lubac. Rentré en Pologne après des voyages en France et en Belgique, il sera bientôt mêlé à la vie académique à l'université catholique de Lublin, restée ouverte par miracle, durant cette période du règne de Staline qui désespérait de l'inaptitude de la Pologne à accepter le marxisme. Mis en contact avec la philosophie de Max Scheler disciple de Husserl, l'homme de la phénoménologie que Wojtyla va introduire dans sa conception thomiste d'où ses ouvrages de
-"Amour et responsabilité" d'abord préfacé par le P. de Lubac puis par André Frossard,
- puis "Personne et acte", en anglais "The acting person ".
C'est en agissant dans le sens de l'amour, que l'on soit célibataire ou marié que l'on trouve l'équilibre. Il publie des pièces de théâtre qui illustrent le même thème. L'accident de travail mortel va donner l'occasion d'éclairer le sens de la vie. Passant du thomisme à l'intégration de la phénoménologie, il suit en somme le chemin inverse de l'ancienne assistante d'Husserl, Edith Stein, la carmélite gazée à Auschwitz , qui elle passa de la phénoménologie au thomisme. Elle fut avec Sainte Catherine de Sienne et sainte Brigitte de Suède proclamée une des trois femmes patronnes de l'Europe. La phénoménologie étudie très profondément les mécanismes psychologiques humains. Sur le plan théologique Wojtyla prêche en 1976 la retraite du pape Paul VI , dont les textes sont rassemblés dans "Le signe de contradiction" et avait aussi auparavant commenté les résultats du Concile Vatican II, à ses diocésains, en en montrant toute la richesse pour la vie intérieure dans le livre dont la traduction française porte le titre de "Aux sources du renouveau". Ce livre montre toute la richesse que l'on peut retirer du Concile tandis que dans notre pays certains se sont focalisés vers des structures nouvelles jusqu'à en étouffer, en attendant un hypothétique Vatican III. Il ressort de ces écrits et réflexions théologiques l'importance donnée par Wojtyla à la relation interpersonnelle exposée dans ses ouvrages philosophiques trouve à se ressourcer et à se sublimer dans la Sainte Trinité, relation interpersonnelle par excellence , érigée au niveau de la Divinité Unique, créatrice et rédemptrice. Il le fait en insistant sur la notion d'union mystique sponsale , un peu dans la ligne de Saint Jean de la Croix. Il faut dire que ses deux thèses de doctorat avaient porté , la première à Rome sur Saint Jean de la Croix, un carme aussi et la seconde sur Max Scheler en Pologne sous l'influence de Roman Imgarden.. On remarque qu'il ne recherche pas l'attaque frontale avec le marxisme , il travaille au schéma XIII et à la définition de la liberté religieuse . Pour cette dernière on allait plus loin que Pie XII et Jean XXIII , grand défenseurs des droits de l'homme pour aboutir dans le dialogue inter-religieux, avec les Juifs, l'Islam, les Hindous, les bouddhistes , les agnostiques, dans l'esprit d'Assise, ce qui n'a rien à voir avec le syncrétisme. Bref , Jean Paul II était particulièrement prêt pour réagir après le 11 septembre 2001.Jean Bernard Raymond ,ancien ministre français des affaires étrangères, écrira qu'en somme il cherche à "moderniser , adapter le thomisme au monde moderne…en mettant l'accent sur la personne, sur les droits de l'homme qui deviennent un thème fondamental chez lui"


III. JEAN-PAUL II ET L'ISLAM.
Outre les documents conciliaires et pontificaux, il ne faut pas perdre de vue le livre -interview du pape (1994), "Entrez dans l'espérance", avec Vittorio Messori, qui peut paraître assez net.
Jean Paul II à la curie romaine a le mieux compris le dialogue interreligieux, grâce à sa formation de philosophe.
Jean Paul II voit le positif et la richesse des personnes qui se réclament de la tradition musulmane. Il affirme le respect pour la démarche religieuse de l'Islam dont il admire le sens du Dieu unique et la prière, exemple dont certains chrétiens feraient bien de s'inspirer. Tout aussitôt il ajoute que
-le message de l'Islam est réducteur par rapport à l'ancien et au nouveau testament
-les chrétiens aussi sont fiers de leurs traditions. Mais loyalement il souligne les différences. Il encourage à une collaboration dont il sait qu'elle ne sera pas facile mais il affirme la disponibilité immuable de l'Eglise, même lorsque celle-ci est placée dans une situation tragique comme vis-à-vis du fondamentalisme musulman.
Il s'inscrit dans la tradition du Concile Vatican II , surtout, Nostra Aetate , sur les religions non chrétiennes et Dignitatis humanae sur la liberté religieuse.
Il pose des gestes éloquents par ses discours lors des voyages, comme à Casablanca- dont le discours aux jeunes est comme un point d'orgue-, à la Mosquée des Omeyyades,au Kazakhstan, à Assise.
C'est sous l'égide du même Jean Paul II que Dominus Jesus a rappelé un certain nombre d'enseignements conciliaires sur l'unique médiation du Christ. . Les hommes sont sauvés par le Christ et pas par Mahomet. Dieu veut que tous les hommes soient sauvés. Il n'y a qu'une seule vraie religion, la religion catholique romaine.
Ce qui nous dépasse , c'est comment Jésus nous communique sa grâce.
Hors de l'Eglise , pas de salut.
C'est par l'Eglise que l'on est sauvé.
Mais tous ne doivent pas nécessairement faire partie de l'Eglise.
Le devoir missionnaire existe autant qu'avant.
Mais le devoir de collaboration pour le bien commun et de vie en commun dans le respect mutuel est tout aussi important. La voie n'est pas celle d'éventuelles croisades ou de guerres mais la meilleure connaissance réciproque , le dialogue interreligieux. Le Pape est un admirateur de Gandhi et il n'est pas pour rien dans l'écroulement du système soviétique dans la non-violence.. On peut proposer la vérité mais non l'imposer. Tertio millenio adveniente, avec ses demandes de pardon, et Novo millenio ineunte sont des documents autour du deux millième anniversaire du christianisme qui sont fondamentaux.
La diplomatie pontificale, dans cet ensemble, s'inscrit très logiquement. On sait que le nombre d'Etats représentés auprès du Saint-Siège est passé sous le règne de Jean Paul II de 89 à 172 en vingt ans ce qui montre l'influence de la diplomatie du Saint Siège. A côté de cette action bilatérale , il y a l'action multilatérale du Vatican auprès de l'ONU , de l'OMC de l'OEA, des communautés européennes (on ne dit pas Union européenne) .
Il y a une cohérence, et une grande audace dans la pensée de Karol Wojtyla, cohérence et audace qui se sont manifestées dès le Concile , notamment sur la liberté religieuse -qui devient tout à fait interreligieuse et embrasse non seulement le christianisme , mais l'Islam, l'hindouisme -et sur les droits de l'homme. Jean Paul II en a fait une véritable arme politique et c'est ainsi que cette importante préparation qu'il doit à ses grands prédécesseurs( Pie XII, Jean XXIII mais surtout Paul VI) , lui a servi de manière considérable dans sa politique mondiale.
Le Saint-Siège vise le respect des droits fondamentaux de l'être humain et la cohabitation entre les fidèles de croyances différentes pour confirmer que la foi en Dieu est facteur d'harmonie plutôt que de conflit.
L'option de la cohabitation entre les communautés chrétiennes ,juives et musulmanes au sein d'un même Etat est une ligne stratégique de fond, afin de prévenir le combat entre civilisations évoqué par Samuel Huntington. Cela implique l'exclusion d'Etats intégralement et exclusivement musulman au même titre qu'un Etat intégralement et exclusivement hébraïque , d'où la mise en valeur du modèle libanais qui est plus qu'un pays mais un message de liberté et un exemple de pluralisme pour l'Orient comme pour l'Occident. Le Saint Siège lutte pour le modèle de cohabitation interreligieuse et non des Etats religieusement homogènes. Déjà avant la crise de l'empire ottoman, on s'était convaincu dans les milieux du Vatican que le meilleur instrument poursuivre une présence catholique dans cette région est le développement d'une cohabitation pacifique entre la minorité chrétienne et la majorité musulmane. Toute hypothèse différente , par exemple des Etats chrétiens séparés est peu réaliste. Tout dépend de la forme que cette cohabitation peut prendre.
Il ne souhaite pas que l'on fasse des Etats Islamiques mais des Etats où chacun puisse vivre normalement. Le Saint Siège souhaite que l'on vive ensemble -chrétiens, juifs, musulmans, sans quoi il y a un grand danger de déséquilibre . Cette hypothèse d'apartheid n'est de toute façon plus possible aujourd'hui avec la mondialisation. Les minorités et les droits de l'homme doivent être respectés. C'est cependant avec l'Islam que l'on a le plus de problèmes dans notre société.
-Il y a en fait aussi une accentuation de l'émigration des chrétiens qui abandonnent le Proche-Orient. A long terme la solution peut provenir de la solution du conflit israélo-palestinien, de la croissance économique de la région, du mûrissement d'un Islam modéré et libéral, et du développement du dialogue entre les trois religions monothéistes.
-Enfin le dialogue interreligieux a aidé aux Nations -Unies, notamment dans les conférences du Caire et de Pékin, dans les problèmes de la morale et du développement.
- La situation d'impasse du fondamentalisme pourrait se débloquer avec l'expansion d'importantes communautés musulmanes en Europe . Le mûrissement d'un Islam européen capable d'unir sa propre tradition religieuse aux valeurs inaliénables de la civilisation occidentale pourrait avoir aussi des retombées sur celui du Moyen-Orient et d'Afrique du Nord.


IV. LES DIFFICULTES ET LES CONDITIONS DU DIALOGUE

1°)Le cardinal Lustiger.
La liberté religieuse.
1.La liberté religieuse a fait de grands progrès et a été définie plus clairement que jamais au cours du Concile Vatican II.


2. Les idées du 18è siècle ont échoué. L'homme est un être religieux , ce qui peut inquiéter certains libre- penseurs qui voient ainsi saper la base de leurs réflexions. Elles assimilaient les religions avec le fanatisme. Elles croyaient parfois dans le Grand Architecte. La liberté était le critère suprême de la vie civile. Toutefois ce rationalisme a abouti à des crimes et des totalitarismes plus grands que ceux qu'on voulait empêcher. "Les religions se sont montrées plus d'une fois les vrais défenseurs de la dignité et de la liberté humaines. L'Eglise catholique semble aujourd'hui en possession d'une analyse précise , fine, consciente des enjeux de la liberté religieuse.

3.L'Islam est la religion avec laquelle on a le plus de difficultés.
"Mais il faut le dire, les "fondamentalismes musulmans et les Etats à option coranique posent de plus graves problèmes , spirituels et politiques , aux société contemporaines, y compris européennes."
"De nouveaux problèmes politiques et religieux ont surgi. Nous Occidentaux d'origine et de tradition bibliques, avons traité l'Islam comme une force historico-politique avec laquelle on peut guerroyer, négocier, ou pactiser, sans guère affronter la question religieuse proprement dite. Mais nos propos concernant la liberté religieuse sont-ils audibles par des pays dits Islamiques? Ou, pour poser le problème autrement : à quelles conditions une telle démarche peut-elle être compréhensible par des cultures marquées par l'Islam?
L'Occident a imaginé plusieurs réponses.
a)"La première est celle de l'époque des Lumières. Elle voulut réduire ce bloc religieux par l'acide critique: donnons - leur les Lumières qui feront se déprendre de leur fanatisme grâce à la critique, les élites et les peuples de ces nations entreront , sur les mêmes bases que l'Europe, dans une société rationnelle. Ce fut la vision d'Atatürk, des réformateurs de l'Egypte depuis le début de ce siècle. Ce fut le dessein du Shah d'Iran, des républiques révolutionnaires, des communistes en pays Islamistes, assez souvent de l'administration coloniale française. Il faut le reconnaître, ce projet rationaliste a abouti à l'échec. Les retours de flamme sont impressionnants..
b)Une autre solution revient à décréter contre toute évidence et expérience que le problème est résolu. Une sorte de compromis historique dédouanerait l'Islam de son origine étrangère. Ce qui se passe aujourd'hui en France est très significatif. On procède à une tentative de "nationalisation" de l'Islam. Il suffirait que l'Islam devienne français pour qu'il ne soit plus incompatible avec la loi civile de la République et la distinction du politique et du religieux. Cette perspective relève de la même intuition que la précédente. Elle est insuffisante
…Elle méconnaît l'originalité historique et l'origine chrétienne de la distinction entre le politique et le religieux."
"Cette distinction ainsi que la liberté religieuse sont-elles acceptables par l'Islam. (poursuit le cardinal Lustiger". L'assimilation à la nation française peut se produire chez certains au prix d'une perte de fidélité Islamique. Comment la société française acceptera-t-elle les traditions familiales musulmanes? La question politique serait peut-être résolue mais le problème religieux, décisif en matière d'appartenance , en resterait intact. Il resurgira inéluctablement , fût -ce dans les générations futures."

4. Le mufti de Marseille semble répondre au cardinal Lustiger quand il déclare:" Ce n'est qu'à travers le politique qu'on intimide et qu'on impose. Or l'Islam n'a jamais demandé à ses adeptes d'obliger, d'imposer ou d'intimider. "Appelle à la voie de Dieu par la sagesse et le sermon du bien." Cela reste vraiment un discours qui invite à une moralité qui essaie de les convaincre rationnellement aussi . …Nous sommes les chercheurs de Dieu et non les propriétaires….C'est pourquoi une laïcité bien définie, bien adaptée ne peut être qu'un bienfait pour l'épanouissement de l'Islam et , surtout, pour la beauté de l'Islam. …Nous avons seulement avec l'interférence du politique et du religieux , non seulement une contrainte étatique et une pression sociale mais une crainte de culpabilité superstitieuse qui atteint jusqu'aux capacités de réflexion de l'homme." "On assiste donc à une nouvelle approche du Coran" qui se heurte aux tenants du passé. Cette démarche se heurte à des oppositions car elle menace la foi dans ses fondements.

5. Le débat politique s'enracine au niveau de la vérité religieuse . Il est exigeant. Il est une condition nécessaire pour le long terme à la résolution de nos problèmes de société. Ce débat ne peut s'instaurer de façon fructueuse que si , les droits des citoyens sont intégralement respectés, quelles que soient leur religion et leur origine. Le racisme diffus ou militant , la chasse au faciès lui font obstacle"
Notons à ce propos, dans le sens du cardinal Lustiger, la remarque positive de H. Vöcking: "La convivialité entre les chrétiens et musulmans s'étend maintenant aussi à la recherche théologique. Les chrétiens d'Europe de l'Ouest sont confrontés au fait que leur société est devenue multi- religieuse . Confessant le Dieu unique qui s'est révélé en Jésus-Christ , les chrétiens doivent apprendre à expliquer leur foi aux hommes et femmes qui suivent une autre tradition religieuse. Les musulmans en particulier posent ainsi aux chrétiens des questions concernant la révélation, le prophétisme, la foi en un Dieu trinitaire, la christologie…"

6. L'Islam, l'histoire sainte et la critique historique.
Par exemple est-il exact factuellement , que la Bible falsifie l'histoire sainte? Ce que les chrétiens et les juifs accueillent comme parole divine au sujet d'Abraham, Isaac, Jésus, etc… est tenu pour mensonger par des textes du Coran que les musulmans reçoivent comme la révélation. Peut-on faire l'économie de cet affrontement spirituel? Peut-on éviter de poser aussi la question en termes de rationalité et d'étude des sources?
"Dans les relations ente judaïsme et christianisme , la figure du Christ est le point central. Aujourd'hui, parmi les interlocuteurs, personne ne remet sérieusement en cause l'existence même de Jésus. Ce qui est discuté , c'est l'interprétation de son action, la compréhension de son message , de sa personne. Mais il y a une zone de dialogue. Le débat décisif avec l'Islam porte sur l'histoire de la révélation autant que sur la question socio-politique. L'Islam pose à son tour le problème de la transcendance et de l'eschatologie. Mais en quels termes et avec quelles conséquences?"
"Il y a un travail de l'Islam sur lui-même sans lequel le dialogue interreligieux ne peut s'instaurer. La recherche des voies de la paix invite à tracer un chemin entre l'Islam et la chrétienté , dans un esprit de respect mutuel et sans abandon d'identité.
"Un progrès politique si désirable soit-il , ne permet pas d'aller jusqu'au bout de la question historiquement posée. On peut négocier un compromis de paix, un accord de non-agression, établir des relations pacifiques. Le lent et nécessaire travail des politiques ne suffit plus aujourd'hui."
"Il faut revenir aux affirmations de l'Ecriture sainte touchant Abraham, Moïse, Jésus et Marie, que le Coran parfois reprend et souvent contredit.
A propos de la critique historique ,pour aller encore dans le sens du cardinal Lustiger, il y a un blocage exégétique.
-"Il est regrettable que la critique philologique des textes sacrés telle qu'elle a été appliquée à la Bible et aux Evangiles, sans entraîner de conséquences négatives pour la notion de révélation, continue d'être refusée par l'opinion musulmane….Les raisons de cette opposition sont politiques et psychologiques: politiquement , le Coran joue pour les nouveaux Etats le rôle d'instance de légitimation d'autant plus indispensable que les mécanismes démocratiques sont absents."

-Le retour aux sources dans les trois religions(monothéistes)pose le problème des sources.
". Mais si les juifs et les chrétiens ont largement amorcé le travail de relecture des textes, pour la plupart des musulmans les portes de l'ijtihad /l'interprétation ont été fermées il y a plusieurs siècles.

7."L'Islam et les libertés civiles .
Dans ce nouvel âge de l'humanité, certaines affirmations théoriques deviennent des faits pratiques: ainsi l'unité de l'espèce humaine, la solidarité des hommes entre eux, la nécessité d'une organisation politique des sociétés humaines sur des bases juridiques universelles, le respect de la vie de la conception jusqu'à la mort, la destination universelle des biens, la liberté religieuse et le devoir social de religion. Ces acquis fragiles sont issus de la révélation: ils sont aujourd'hui au rendez-vous de l'évolution de l'espèce humaine. La Bible et le christianisme doivent y reconnaître le fruit du labeur de la foi dans d'histoire. Les autres religions ne doivent pas manquer ce défi de la justice et de la fraternité. Comment? Quelle attitude suggérer à l'Islam pour affronter ces immenses défis? Les questions soulevées par l'Occident en vertu de sa tradition religieuse s'imposent à toutes les civilisations que sont les grandes religions non chrétiennes. Mais l'urgence du débat politique et religieux avec l'Islam est immédiate."

8."Le dialogue interreligieux est déjà stimulé au plan séculier par le débat des humanismes. L'universalisme de la Bible et des droits de l'homme est , en fait contesté par l'Islam, qui ne l'accepte pas sans restriction. On ne peut pas se contenter de réaffirmer la déclaration universelle des droits de l'homme; il faut la discuter face aux objections qui lui sont opposées ici et maintenant. Il ne suffit pas d'arracher une majorité politique en faveur de telle ou telle définition supplémentaire . L'enjeu est moral et religieux. On a pu le voir lors des dernières conférences du Caire et de Pékin , comme au Parlement européen à Strasbourg. Il faut poursuivre la réflexion sur les droits de l'homme, sur leurs fondements, leur extension, leur conséquences. C'est la condition nécessaire pour que soit reconnue et établie l'unité de la société humaine , dans la paix.

9."La société prônée par l'Islam est-elle compatible avec le droit à la liberté religieuse reconnue aujourd'hui dans la plupart des Etats de droit modernes et explicitée par Vatican II."On pense à la déclaration Dignitatis humanae.
"Dans l'histoire , depuis l'Hégire , cette opinion n'a guère été pratiquement tenue par les représentants qualifiés de l'Islam. A supposer que la liberté religieuse puisse être majoritairement reconnue par les musulmans, comment est-elle compatible avec la fidélité au Coran? Quelle capacité d'évolution existe-t-il notamment au sujet de la distinction de la religion et de la politique…."
"Pour introduire la liberté religieuse , pour en faire le pivot d'une société respectueuse des droits de l'homme et de ses libertés, l'Islam doit s'expliquer avec cette distinction du religieux et du politique. Sans quoi finalement l'Islam se manifesterait incompatible avec le christianisme, le judaïsme et les autres religions. Que se passerait-il alors?"


2°)Le cardinal Poupard
Le dialogue interreligieux , l'une des plus extraordinaires réalisations contemporaines de l'Eglise , ne saurait être confondu avec une quelconque tentative syncrétiste….Les chrétiens , témoins du Christ ressuscité , doivent répondre à leurs frères dans un esprit de vérité et de paix."
L'Islam pose quand même des difficultés.
-La "confusion qu'il entretient entre le spirituel et le temporel. Un musulman ne peut accepter d'être gouverné par un non-musulman. Tout musulman veut un gouvernement Islamique. La volonté affichée d'y parvenir par des moyens démocratiques masque la réalité démographique dont l'évolution contrastée entre les communautés risque par exemple , à terme, d'abolir l'existence même du Liban, Etat où les communautés jouissaient d'une reconnaissance institutionnelle à parité, permettant aux personnes de vivre en osmose de cultures. La situation du Moyen -Orient est devenue …Il est beau de parler du dialogue des cultures , mais la réalité tragique du Moyen-Orient est que la culture aujourd'hui dominante rejette à la mer la culture chrétienne….L'Europe doit être consciente que l'Islam veut la conquérir. La Méditerranée est bel et bien le lieu d'affrontement de deux religions. "Vous nous avez arrêtés à Poitiers et à Vienne . mais nous irons plus loin par d'autres moyens": parole d'un musulman à un ami chrétien qui me les rapporte, triste."Face à l'ampleur de ce défi , c'est vers la Croix que se tourne notre espérance" Et de citer le martyre des sept moines français en Algérie. Elle ouvre sur l'infini de l'Amour de Dieu, source de la fraternité entre les hommes, appelés à vaincre la haine, à surmonter la peur, à pardonner la violence, à être des semeurs d'amour. Elle révèle le vrai visage de l'Eglise."
-"Je n'oublie pas un autre problème, celui de la séduction qu'exerce l'Islam sur certains de nos contemporains sécularisés. Ces derniers sont attirés par une simplicité du contenu dogmatique et pratique -Dieu est Dieu et Mahomet est son prophète- jointe à la conscience d'appartenir à une …grande communauté de croyants peut être déterminant pour des personnes d'origine chrétienne, mais vivant dans des pays à faible pratique religieuse, où l'organisation sociale est laïque , indifférente, voire hostile à l'expression religieuse publique. Nos media trouvent le carême ringard, mais le ramadan très intéressant, voire fascinant."
Cette vue du cardinal Poupard ne doit pas faire oublier que En fait l'Eglise est Notre Mère et l'épouse du Christ , de même que son corps mystique. Et le christianisme est très simple , c'est le Sacré Cœur de Jésus qui , bien compris et sans faux sentimentalisme ,est le résumé, ou le symbole de tout le christianisme !
A propos de cette doctrine quelque peu rudimentaire:
La réponse au défi de l'Islam est dans notre conversion personnelle , plus grande, au mystère du Christ. Elle est dans l'accueil de l'autre , si différent qu'il soit, pour cette raison que mon prochain est un frère , fils du même Père . C'est dire l'importance pour les jeunes beurs de se sentir accueillis comme tels, respectés et aimés par leurs frères chrétiens, et de trouver en eux et chez eux une patrie, la maison de l'Amour. Nul ne peut vivre sans amour. Et l'amour partagé , c'est l'amour multiplié." Des chrétiens de Chine découvrent-ils sur Internet qu'il s ne sont pas les seuls persécutés, mais que d'autres frères souffrent avec eux pour le Christ , au Soudan, au Vietnam , et aussi en Inde , et que partout le sang des martyrs est semence de chrétiens. Ils font connaître à Rome leur joie de se savoir ainsi un maillon dans l'immense chaîne de la communion des saints."
-Et dans "Ce Pape est un don de Dieu", il dit " Le débat sur l'intégration de l'Islam préoccupe les pouvoirs publics dans un pays comme la France. A l'évidence , la République laïque devra revoir sa conception de la laïcité, qui chez beaucoup a viré au laïcisme, pour en revenir au respect institutionnel des différentes familles religieuses et agnostiques qui constituent la nation. Dans une société pluraliste, l'avenir ne se trouve dans l'exclusion de personne, ni de l'Eglise , ni de l'Islam, mais dans la connaissance pacifique de toutes les communautés croyantes. Les chrétiens ne peuvent qu'être stimulés à témoigner de leur foi dans la vie de la cité, où leur apport est irremplaçable…..Pour les uns, nous allons vers une lente Islamisation de l'Occident , pour les autres vers une modernisation de l'Islam." Le cardinal Poupard parle en outre des deux versants de la méditerranée: le Nord chrétien et son hiver démographique et le Sud musulman et son explosion démographique…Un bémol doit être imposé à cette dernière. "Alors que la fécondité a mis près de trois cents ans pour tomber d'un peu plus de six enfants par femme au début du XVIIèsiècle à près de deux dans les années 30, le Maghreb n'a mis que vingt-cinq ans pour parcourir le même chemin…."
"Pour l'Eglise , c'est le défi pastoral qui compte d'abord. Comment répondre à la fascination exercée par une religion qui se présente avec un fort dynamisme, qui englobe touts les aspects de la vie, se présente sans respect humain, et réclame à voix haute la reconnaissance publique de ses propres modes de vie.
"Pour l'Eglise la réponse est d'ordre spirituel. Elle est de l'ordre de la foi vécue, de l'espérance fondée sur le Christ, et de son amour mis en œuvre , capable de faire tomber bien des barrières". Ceci est confirmé par le fait qu'ill y a de nombreuses conversions de musulmans au christianisme, surtout en présence de chrétiens convaincus.
"Nous sommes pour l'Eglise comme pour la cité , devant une nouvelle frontière et , après l'implosion du marxisme -léninisme athée, devant un autre défi, d'une importance capitale. Aurons-nous l'intelligence de le comprendre et la volonté de le surmonter? Il y faudra des cœurs brûlants, beaucoup d'amour du Christ et d'amour de nos frères.
Il n'y a rien à attendre de la force , et tout de la perception du mystère." .

3°)Cardinal Ratzinger.
a)Un tournant pour l'Europe.
Il y a deux causes à la renaissance du monde Islamique et qui sautent aux yeux.
-"le renforcement économique et par conséquent politique et militaire des pays Islamiques , grâce à l'importance du pétrole dans la vie internationale. Mais alors qu'en Occident l'envol économique a généralement entraîné un appauvrissement de la substance religieuse, dans le monde Islamique la nouvelle force économique va de pari avec une nouvelle conscience religieuse-il est vrai qu'en Islam, religion, culture, et politique constituent une unité indissoluble." "Pour ce qui est du point de départ , il me semble significatif que les premiers symptômes du changement en Iran aient été des attentats contre les cinémas américains. Le way of life occidental , avec sa permissivité morale, est ressenti par les Iraniens comme une agression contre leur propre identité et conter la dignité de leur propre style de vie." "Si au temps les plus forts de l'expansion de sa puissance, le monde chrétien avait provoqué , du moins dans les cercles cultivés du monde Islamique un sentiment de sous-développement et le doute de soi, un mépris croissant se développe maintenant à l'égard du refoulement du principe moral et religieux dans le domaine purement privé, comme à l'égard d'une organisation de la vie publique où seul l'agnosticisme moral et religieux passe pour admissible. Le pouvoir qui imposait ce style de vie , surtout par l'exportation de la culture américaine, et qui devait apparaître comme la seule norme, dut ressenti code plus en plus comme une agression contre ce que leur être a de plus profond. Ce n'est pas l'Union soviétique athée, mais l'Amérique , tolérante en matière de religion et même fortement empreinte de religion, qui est considérée et combattue comme l'incarnation du mal, en raison du choc entre une culture moralement agnostique et une structure de vie où nation, culture , morale et religion apparaissent comme un tout inséparable. Un respect acharné et littéral des traditions religieuses est souvent lié à un fanatisme politique et militaire, là où la religion est directement considérée comme le moyen d'exercer un pouvoir terrestre. Dans la tradition Islamique en particulier , on n'est pas loin d'utiliser les énergies religieuses à des fins politiques. S'est développé alors, en rapport avec le phénomène de la résistance palestinienne , une interprétation révolutionnaire de l'Islam , qui touche de près aux théologies chrétiennes de libération et a facilité la fusion du terrorisme occidental d'inspiration marxiste avec le terrorisme Islamique…ex. R. Garaudy.
A l'opposé un souverain aussi fortement empreint de religion que le roi Hassan II du Maroc a exprimé son profond souci concernant l'avenir de l'Islam.: une compréhension de l'Islam , qui "y voit essentiellement une dévotion à Dieu , lutte contre une interprétation politico-révolutionnaire , où la religion fait partie d'un chauvinisme culturel et est finalement subordonnée au politique .Nous ne devrions pas prendre à la légère le débat sur ce phénomène disparate. L'Islam, sûr de lui , exerce bien plus de fascination sur le Tiers-monde qu'un christianisme en désaccord avec lui-même."
b)Eglise , œcuménisme et politique
Dès sa naissance , l'Islam représentait un retour à un monothéisme qui n'avait pas assimilé le bouleversement chrétien du Dieu devenu homme, et se fermait de la même manière à la rationalité de la culture grecques qui, à travers la réflexion sur l'Incarnation divine, était devenue partie intégrante du monothéisme chrétien.
Dès le XVIIIè siècle , l'Islam perdait de son importance morale et politique et , à partir du XIXè siècle , il tombait de plus en plus dans sous la domination des systèmes juridiques européens dominés par la raison, surgie de l'époque des lumières. Ces systèmes juridiques s'étaient séparés de leur fondement chrétien. Et prétendaient constituer un pur droit de la raison. Mais précisément là où l'Islam vit ou redevient vivant comme foi, ces systèmes juridiques doivent être considérés comme opposés à Dieu et à la foi.
Il existe certainement de nombreuses causes à l'accentuation actuelle de cette tendance: on peut mentionner avant tout le renforcement politique et économique du monde arabe et également, la crise dans laquelle est tombé le droit rationnel européen qui , après s'être séparé complètement de ses bases religieuses ,menace de se transformer en une domination de facto de l'anarchie." "

CONCLUSIONS
Tous les représentants officiels de l'Islam , quel qu'il soit, sont pour une lecture fondamentaliste du Coran…pour pouvoir en sortir , il faudrait que les quelques voix qui appellent aujourd'hui à ouvrir les portes de l'ijtihad deviennent un mouvement qui emporterait l'adhésion de tout le monde musulman.
Les musulmans parlent des trois religions du livre.En fait le christianisme n'est pas un fatras de dogmes et de réglementations mais est une personne, la Parole faite chair. "M'est avis que l'Eglise et le Christ c'est tout un "disait Jeanne d'Arc. Dieu pour les chrétiens est relation, Il s'engage, Il est Amour. Il ne répond pas chez les musulmans. Nous pouvons cheminer ensemble mais il y a une différence radicale entre les deux religions.
-Parmi les espoirs, citons du côté chrétien:
-, cesser de croire que le christianisme est compliqué alors qu'il est simple, -il peut être révélé aux tout petits,- allez voir à Montmartre-le Sacré Cœur est le résumé du christianisme disait Pie XII et correspond bien aux besoins de l'époque moderne.
-cesser de croire que la sécularisation est fatale alors que nos jeunes sont sans préjugés et que par millions ils se rassemblent dans les JMJ
Citons du côté musulman:
-faire ouvrir l'interprétation du Coran, fermée depuis le 12è siècle,
-permettre l'intervention de la critique historique et
- l'émancipation du rôle de la femme .Favoriser sa culture dans le cadre du dialogue euro-méditerranéen.
Résumé.
L'Islam est basé sur le Coran, texte établi près de vingt ans après la mort de Mahomet. Son interprétation s'est arrêtée au XII è siècle . Cette tendance fait l'objet de courants actuels pour l'adapter à l'époque moderne mais ceci se heurte au fondamentalisme qui veut en rester à l'interprétation traditionnelle dans la ligne des wahabites d'Arabie saoudite.
Jean Paul II a une formation philosophique à base de thomisme intégrant la phénoménologie, ce qui l'amène à mettre l'accent sur les relations interpersonnelles, ce qui se sublime dans l'Amour trinitaire et la responsabilité de la personne qui agit en aimant. Il devait se trouver en symbiose parfaite avec les tendances fondamentales de Vatican II, en particulier la liberté religieuse dans la recherche de la vérité. La défense des droits de l'homme est devenue une carte maîtresse de la diplomatie pontificale.
Dans les relations avec l'Islam, la démarche de Jean Paul II est empreinte de respect envers les croyants de cette religion - et non pas envers cette religion même- adorant le Dieu unique et pratiquant assidûment la prière. Il est loyal, souligne les différences qui nous séparent mais prêche la convivialité , et le renoncement à toute violence car la vérité ne peut être imposée par la force.
Les difficultés existent. Elles sont soulignées par plusieurs cardinaux. Il faut poursuivre un dialogue en profondeur avec l'Islam , touchant des points fondamentaux comme la véritable laïcité, la modernité, la critique historique. Il faut même aborder le dialogue théologique , même s'il est apparemment inconciliable Le dialogue avec l'Islam et les autres religions est aussi un défi à saisir pour inciter les chrétiens à la conversion personnelle. La sécularisation n'est pas une fatalité car le Christ est le même hier , aujourd'hui et dans les siècles. L'histoire des religions contribue à amener les hommes à la paix.

BIBLIOGRAPHIE
-Bencheikh, Ghaleb- Alors, c'est quoi l'Islam?-2001,Presses de la Renaissance,
-Boubakeur (Recteur Dalil ), les défis de l'Islam, Flammarion,2002

-Del Valle, Alexandre-Islamisme et Etats-Unis, Une alliance contre l'Europe, Préface du général Pierre -Marie Gallois, postface de Jean-Pierre Péroncel-Hugoz-Nouvelle édition précédée de l'Islamérique après Manhattan, L'âge d'homme, Mobiles géopolitiques,2001
-d'Onorio, Joël Benoît (sous la direction de )-La diplomatie de Jean Paul II, cerf-2000
Jean Paul II, Entrez dans l'espérance, Plon,Mame,1994, Avec la collaboration de Vittorio Messori
-Lustiger, Jean Marie (cardinal)-Devenez dignes de la condition humaine, Flammarion, Saint Augustin
-Lustiger, Jean Marie (cardinal)(présenté par )-Quel avenir pour l'Eglise- Des cinq continents, cinq témoins, Conférences Notre-Dame de Paris,2001
-Poupard Paul (cardinal) (sous la direction d e )-Dictionnaire des religions, PUF,1993
-Poupard Paul (cardinal)-Ce Pape est un don de Dieu, Mame- Plon, 2001,Entretiens avec Marie -Joëlle Guillaume
-Poupard Paul (cardinal)-Foi et cultures , au tournant du nouveau millénaire, C.L.D.,
Entretiens avec Patrick Sbalchiero,mai 2001
-Poupard Paul (cardinal-Le christianisme à l'aube du IIIè millénaire, Plon-Mame,1999
-Ratzinger, Joseph, (cardinal)-Un tournant pour l'Europe, diagnostics et pronostics sur la situation de l'Eglise et du monde, Flammarion, Saint- Augustin
-Ratzinger, Joseph (cardinal) -Œcuménisme et politique
-Ries, Julien, -l'Islam, cerf, Magnard,2000
A consulter aussi :
Maalouf,Amin, L'identité meurtrière, Edit.Grasset,1998, livre de poche n °15005 (189 pages)

Revues et brochures
Islam en Europe, édité par la COMECE-Législation relative aux communautés musulmanes, projets Islamiques pour un contrat culturel avec l'Etat. (dont l'article du R.P. Hans Vöcking)
Collection de l'Osservatore Romano(pour les allocutions pontificales
La Libre
4/12/2001 (p.13) et 11 /3/2002 p.11