LES VALEURS DANS LA FUTURE CONSTITUTION EUROPEENNE

NEUTRALITE OU PLURALISME ?

PERSPECTIVES AU SEIN DE LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE :
COMMENT EVOLUENT EN PARTICULIER LES REFERENCES A LA RELIGION ET A L'HERITAGE CHRETIEN ?

Jacques SANTER, membre de la Convention sur l'avenir de l'Europe, président de la Fondation Robert Schuman, ancien président de la Commission européenne.


INTRODUCTION
29 avril 2003

 

PERSPECTIVES AU SEIN DE LA CONVENTION SUR L'AVENIR DE L'EUROPE :
COMMENT EVOLUENT EN PARTICULIER LES REFERENCES A LA RELIGION ET A L'HERITAGE CHRETIEN ?
Présentation de Jacques SANTER, membre de la Convention sur l'avenir de l'Europe, président de la Fondation Robert Schuman, ancien président de la Commission européenne.


Monsieur le Président Santer, Chers amis,
après quelques mois d'intervalle nous reprenons nos réunions cette année sur un sujet que nous pouvons considérer exceptionnel pour son actualité et pour sa portée :
Les valeurs dans la future Constitution européenne.
Il s'agit de réfléchir sur les valeurs contenues dans le projet du texte constitutionnel de l'Union européenne qui en, en principe, sera adopté par les chefs d'Etat et de gouvernement en décembre de cette année et qui aura une influence déterminante sur la législation des 25 ou 30 pays qui feront partie de l'Union européenne.
Nous avons voulu ajouter au titre de notre cycle de réflexions, une question :
neutralité ou pluralisme ?
En effet, le problème se pose de comprendre en profondeur le concept de laïcité de l'Etat.
C'est un concept qui tout appartenant déjà à la morale naturelle, il a été explicité par Jésus-Christ quand il nous a dit :
Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.
Ce concept désigne la coexistence de deux juridictions celle de l'Etat et celle de la conscience qui est celle de la religion. Deux juridictions autonomes et respectueuses l'une de l'autre. Le respect réciproque de ces deux juridictions évite aussi bien l'étatisme totalitaire que le cléricalisme absolutiste.
Cette saine interprétation de la laïcité de l'Etat est partagée par beaucoup d'entre nous : est celle qui est appelée pluralisme, c'est à dire le respect de l'expression publique de la conscience individuelle qu'elle soit religieuse ou agnostique.
Par contre, souvent, on interprète la laïcité de l'Etat comme neutralité, c'est à dire un sécularisme agnostique et athée totalisant qui bannit de la vie publique le nom de Dieu et qui ne reconnaît pas l'existence d'une morale naturelle qui est communes à tous les hommes de toutes les races et de toutes les époques.
Pour réfléchir sur un thème aussi vaste et profond, nous avons réuni deux groupes de personnes qui les années passées ont porté indépendamment leurs réflexions les uns sur les questions de bioéthique, le Groupe Nicomaque, et l'autre sur des thèmes de Doctrine sociale de l'Eglise.
Bienvenue à tout le monde, aux participants réguliers de ces deux groupes et à tous les amis que vous avez invités.
Une bienvenue toute particulière au Président Jacques Santer qui nous fait l'honneur d'ouvrir notre cycle de réunions 2003.
Monsieur le Président, vous êtes une personnalité particulièrement éminente parmi les 105 membres de la Convention sur l'avenir de l'Europe, parce que vous avez exercé et vous continuez à exercer des fonctions au plus au niveau aussi bien dans votre pays d'origine, le Grand Duché du Luxembourg qu'au niveau européen et international. Vous avez été Président du gouvernement luxembourgeois, Président du Parti Populaire Européen, Président de la Commission européenne, actuellement membre du Parlement européen et de la Convention sur l'avenir de l'Europe.
Vous nous introduisez, ce soir, à la compréhension des enjeux de la Convention en ce qui concerne l'inspiration chrétienne des valeurs sur lesquels la nouvelle Constitution sera basée et en particulier vous nous parlerez sur comment évoluent, au sein de la Convention les références à la religion et à l'héritage chrétien.