Extraits de


Communiqué de la COMECE sur la responsabilité des Catholiques et le projet de l'Union Européenne
(11.06.2003)

http://www.comece.org/comece.tal?_function=search&id=2&language=fr&searchstring=11%20juin


4. Les catholiques en Europe partagent une conviction commune : la distinction entre religion et politique.

En tant que Chrétiens, nous partageons la conviction que, quoique la politique ne soit pas tout, l'action politique est importante pour notre foi et notre foi est importante pour nos engagements politiques. Le Catholicisme n'implique pas d'avoir une conception politique rigide ni d'adhérer à une série de règles étroites. Pour nous, il n'y a pas de forme prédéterminée de communauté politique, pas « d'État confessionnel chrétien » *.Les catholiques ont vécu leur foi à l'intérieur de cadres politiques différents et ils en ont donné le témoignage à travers leur vie. La foi chrétienne ne peut être identifiée avec quelque ordre politique particulier, mais il est possible d'identifier des situations et des conduites qui vont à l'encontre de la doctrine chrétienne.

Lorsque nous avons à prendre des décisions, nous devons garder comme critère ultime le souci du Bien Commun de l'humanité. Nous devons être capables, à la fois, de distinguer les registres de notre action, tout en attachant l'importance qu'elles méritent à des dispositions qui restent provisoires. Car c'est là, dans le concret de nos engagements, que se joue notre accomplissement spirituel.

La distinction entre ce qui relève du « temporel et du spirituel »,
que Vatican II a encore clarifiée dans la déclaration « Dignitatis Humanae », constitue la seconde caractéristique de la tradition Chrétienne que ce document voudrait souligner. Elle n'est pas importante seulement pour déterminer l'équilibre des relations entre les États et les Églises, au sein de l'Union Européenne. Elle concerne aussi les associations et les citoyens, dans leur responsabilité personnelle. Si l'Église catholique se montre particulièrement attentive à son autonomie pour ce qui concerne son organisation interne, c'est parce qu'elle considère que l'État doit reconnaître qu'il n'a pas compétence sur certains sujets, qui relèvent de la conscience des citoyens. Cela peut être vrai aussi bien au plan régional que national ou européen. Selon le principe de la subsidiarité , la responsabilité, dans ces domaines, appartient aux personnes ou aux associations de personnes, et en dernière instance, à la conscience.

Le mépris de ce principe a toujours des conséquences considérables. Ainsi, le « désenchantement », que l'on peut actuellement constater un peu partout à l'égard de la politique, est peut-être le contrecoup d'attentes excessives qui se sont manifestées dans les deux parties de l'Europe, après la seconde guerre mondiale. Ces attentes ne pouvaient être que déçues, car le pouvoir politique ne peut prendre tout en charge. Il n'a pas la capacité de répondre à toutes les aspirations.

5. Les Catholiques en Europe partagent une conviction commune : le lien entre le dynamisme de la foi et l'engagement dans la Cité, dans l'attente de la manifestation du Royaume de Dieu.

Notre réflexion et nos engagements politiques sont situés dans la perspective ouverte par l'espérance chrétienne. Cette espérance peut être qualifiée « d'eschatologique » c.-à-d. ce qui se réfère aux « fins dernières » de l'homme et de l'humanité, car elle n'est pas à comprendre dans le même sens que les « messianismes » ou les utopies politiques. Les théoriciens des messianismes temporels dessinent un avenir dont les contours peuvent changer rapidement, mais qui est censé advenir dans l'horizon de l'Histoire. Les Chrétiens mettent leur confiance dans le Royaume de Dieu, qui est d'un autre ordre que l'Histoire, à la fois tout proche et pas encore manifesté. Dans leur conduite quotidienne, ils se tiennent disponibles pour un avenir dont ils savent qu'il repose dans la main de Dieu. Cependant, cette ouverture à l'inattendu de Dieu ne nous laisse pas sans orientation : l'exemple bouleversant de Jésus Christ nous anime, la raison et l'expérience nous ancrent dans le présent; la confiance dans le fait que nos chemins nous conduisent vers Dieu inspire nos actions. Le refus des messianismes politiques et de leurs buts, et l'enracinement dans une Espérance eschatologique constituent une troisième caractéristique de la tradition chrétienne. Cela nous permet de donner du prix ce qui a déjà été réalisé tout en cherchant encore à améliorer notre société. Mais nous n'avons pas l'illusion de parvenir à une clôture de l'Histoire : selon la foi chrétienne, celle-ci reste ouverte à l'initiative de Dieu.

6. Tout comme les autres citoyens en Europe, aucun catholique ne possède un plan tout fait de l'avenir.

L'Union Européenne vit actuellement une mutation, non seulement du fait de l'accession de nouveaux Etats membres, mais aussi en ce qui concerne ses institutions et ses domaines d'intervention. Nous sommes tous concernés par ce processus de profonds changements.

Au milieu de ces imbrications diverses, l'Église Catholique apparaît comme un acteur parmi d'autres, même s'il convient de souligner l'importance capitale du christianisme pour le devenir de l'Europe. L'Europe ne peut être comprise sans tenir compte du rôle fondateur qu'ont joué des Chrétiens dans son histoire. Même si, aujourd'hui, une forme d'agnosticisme diffus semble dominer le débat public, les convictions des Chrétiens sont toujours reconnues comme capables d'avoir un rôle à jouer, tout comme celles des Juifs et des Musulmans ou des membres d'autres communautés religieuses.

Réciproquement, dans l'Union Européenne, les Chrétiens, les Juifs, les Musulmans et les membres d'autres communautés religieuses sont à leur tour concernés par les règles du Marché Commun, par la politique monétaire aussi bien que par tout ce qui a trait à la Charte des droits fondamentaux. De même, la négociation des accords commerciaux relève déjà de la politique communautaire et la manière d'envisager les relations avec les nations les plus pauvres et avec les réfugiés tend, elle aussi, à faire l'objet d'une politique commune. Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les Chrétiens, mais aussi les Juifs, les Musulmans et les membres d'autres communautés religieuses sont amenés à rencontrer des non-Européens appartenant à leur propre Église ou communauté. Dès lors, toute personne qui s'intéresse aux orientations éthiques de la politique internationale doit pouvoir se sentir partie prenante au développement des structures européennes ainsi qu'à la politique internationale de l'Union Européenne.

Pour les Chrétiens, les défis politiques associés aux changements requis sur la route de l'intégration européenne ont une dimension spirituelle. Etre Chrétien signifie être pèlerin. Cet appel à vivre en pèlerins apporte un éclairage particulier à notre responsabilité de citoyens et d'acteurs politiques engagés. Notre avancée vers le Royaume de Dieu est inséparable de notre engagement au service de la communauté politique : une telle espérance nous ouvre un avenir commun et nous invite à décider à chaque pas de ce qui est le meilleur chemin. Concrètement, il nous revient de définir les voies d'une Europe caractérisée par la stabilité, la paix et le bien-être public, et qui servira non seulement ses propres citoyens mais aussi le monde entier.

L'adhésion de dix nouveaux Etats membres nous donne la chance d'avoir à nous demander ce que nous, citoyens, voulons comme politique européenne aujourd'hui. Quelles sont les étapes que nous considérons comme les plus importantes pour l'Union Européenne ? Comment peut-elle donner une impulsion décisive sur les grands dossiers de la mondialisation? Pour répondre à ces questions, il n'est pas besoin de brosser dans tous ses détails la vision utopique d'une Union Européenne conforme à nos rêves. Cela pourrait même être dangereux. Cependant un regard sur l'histoire de l'Union Européenne peut aiguiser notre regard sur des inégalités persistantes ou des développements inadaptés.

L'acte fondateur de toute communauté politique recèle toujours une importante signification.
Sa valeur éthique reste déterminante pour tous les développements ultérieurs. Elle peut fournir des orientations et des significations nouvelles en des périodes d'incertitude. C'est la raison pour laquelle nous allons consacrer l'essentiel de la seconde partie de ce texte à la Déclaration de Robert Schuman, ministre français des Affaires Etrangères, en date du 9 mai 1950. C'est l'acte fondateur du processus d'intégration européenne. Pour mieux évaluer notre responsabilité aujourd'hui, nous allons essayer de porter un regard chrétien sur ce grand document politique.

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* Sur ce point nous pouvons rappeler ce disait Jean-Paul II devant le Parlement Européen, lors de sa visite à Strasbourg : "Il me paraît important de rappeler que c'est dans l'humus du christianisme que l'Europe moderne a puisé le principe - souvent perdu de vue pendant les siècles de "chrétienté" - qui gouverne le plus fondamentalement sa vie publique: je veux dire le principe, proclamé pour la première fois par le Christ, de la distinction de "ce qui est à César" et "de ce qui est à Dieu" (cf.Mat 22/21). Cette distinction essentielle entre la sphère de l'aménagement du cadre extérieur de la cité terrestre et celle de l'autonomie des personnes s'éclaire à partir de la nature respective de la communauté politique à laquelle appartiennent nécessairement tous les citoyens et de la communauté religieuse à laquelle adhèrent librement les croyants".

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