LES VALEURS DANS LA FUTURE CONSTITUTION EUROPEENNE

NEUTRALITE OU PLURALISME ?

FAMILLES :
LOBBIES, GROUPE CIBLE OU
PILIER DE LA SUBSIDIARITE SOCIALE ?

Jérome VIGNON, Directeur « Protection sociale et intégration sociale » à la Commission européenne.

INTRODUCTION
30 septembre 2003

 

Bruxelles, le 24 juillet 2003


Chers Amis, cher Monsieur Vignon,

 

Nous sommes arrivés ce soir à la dernière des réunions du cycle de cette année qui a porté sur les valeurs dans la nouvelle constitution européenne.
Nous avons souligné quelques aspects des valeurs en jeu dans la nouvelle Constitution et nous avons mis en relief la dialectique entre :
le principe du pluralisme de conception chrétienne
le principe de la neutralité prôné par le laïcisme militant

Le caractère pluraliste de la société se manifeste dans ses institutions qui doivent être régies par une saine laïcité empreinte de respect pour les diverses convictions. Le primat de la dignité de la personne humaine, constitue une orientation qui se veut à la fois typiquement chrétienne, mais en même temps très conviviale pour tous.

Ceci est très différent d'une neutralité contraignante qui exclut l'expression positive des religions et des philosophies, qui prétend reléguer Dieu et l'Eglise à la vie privée, sans que le fait d'être croyant se manifeste dans la vie publique. L'idéologie totalisante de la neutralité veut reléguer l'idée de Dieu à un subjectivisme qui n'a pas droit de cité, qui doit être relégué dans le fonds des consciences, des synagogues, des mosquées, et des églises.

Pendant nos réunions de cette année:
M. Jacques Santer a mis en évidence les lieux de la nouvelle Constitution où il convient de faire référence à la religion.

Mgr Léonard et le Prof. Montero nous ont fait approfondir les principes des rapports entre Etat et Eglise qui sont la conséquence du précepte de Jésus : Donnez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu.

Le père Voeking nous a aidé à comprendre comment se pose la question de la manifestation publique de l'islam en Europe.

Ce soir, nous allons discuter avec Jérôme Vignon un aspect essentiel de l'application du principe de subsidiarité : le rôle social de la famille.

Il m'est agréable de rappeler que la rencontre que nous avons aujourd'hui avec vous, Monsieur Vignon, est en continuité avec la réunion que nous avons eue avec vous il y a deux ans sur la Gouvernance européenne. A ce moment, vous étiez le directeur de la Task-force de la Commission européenne qui préparait le livre blanc sur ce thème.

En cette occasion là, nous avons souligné que l'entrée officielle dans le débat communautaire de la place à réserver à la société civile dans la gestion de l'Union, représente un nouveau pas important dans la mise en œuvre du principe de subsidiarité.

En effet, jusqu'à présent, on a eu recours à ce principe pour repartir le niveau décisionnel entre différents niveaux de l'autorité publique. Mais on n'avait jamais encore porté l'application de ce principe à la répartition des tâches entre secteur public et secteur privé, c'est-à-dire entre secteur public et ce qu'on appelle la société civile qui représente le niveau associatif des corps intermédiaires de la société.

Ce soir, M. Vignon continue à expliciter sa pensée sur le rôle qui revient à la famille dans la gestion de la chose publique.
Dans le changement d'époque que nous sommes en train de vivre, dans notre monde de la post-modernité, la famille aussi est en crise et elle a un rôle à jouer qui est d'autant plus difficile.

Avant de laisser la parole à M. Vignon, il me revient, suivant la méthode de travail de notre Groupe de réflexion, de tâcher d'exposer quelques aspects de la morale sociale qu'enseigne l'Eglise et qui à mon jugement se rapportent au thème en discussion ce soir.

Permettez-moi de rappeler simplement quelques paragraphes de l'extrait du document de Jean-Paul II sur la famille Familiaris consortio que nous vous avons envoyé avec l'invitation:

La relation étroite entre famille et société exige d'une part, l'ouverture et la participation de la famille à la société et à son développement, mais d'autre part, elle impose à la société de ne jamais manquer à son devoir fondamental de respecter et de promouvoir la famille.

Il est certain que la famille et la société ont des rôles complémentaires dans la défense et la promotion des biens communs à tous les hommes et à tout homme. Mais la société, et plus précisément l'Etat, doivent reconnaître que la famille est une "société jouissant d'un droit propre et primordial" (111) et ils ont donc la grave obligation, en ce qui concerne leurs relations avec la famille, de s'en tenir au principe de subsidiarité.

En vertu de ce principe l'Etat ne peut pas et ne doit pas enlever aux familles les tâches qu'elles peuvent fort bien accomplir seules ou en s'associant librement à d'autres familles; mais il doit au contraire favoriser et susciter le plus possible les initiatives responsables des familles. Les autorités publiques, convaincues du fait que le bien de la famille est pour la communauté civile une valeur indispensable à laquelle on ne saurait renoncer, doivent s'employer le plus possible à procurer aux familles toute l'aide - économique, sociale, éducative, politique, culturelle - dont elles ont besoin pour remplir de façon vraiment humaine l'ensemble de leurs obligations.

Une partie d'entre vous, vous connaissez déjà M. Vignon parce qu'il est déjà intervenu dans notre Groupe en février 2001. Mais permettez-moi de vous rappeler que Jérôme VIGNON, est actuellement le Directeur à la Commission européenne pour les Questions relatives à la Protection sociale et intégration sociale.

Jérôme Vignon a été un proche collaborateur du président Delors. Il a aidé le président pendant toute la période où Jacques Delors a relancé l'Union monétaire et l'a portée à sa consécration dans les textes du Traité de Maastricht. Ensuite, Jérôme Vignon a dirigé la cellule de prospective de la Commission, la boîte à penser de la présidence pour entrevoir les problèmes qui peuvent se poser dans le futur et proposer à temps des initiatives. Pendant cette période, il a notamment dirigé l'étude sur les Scénarios de l'Europe de 2010 et a été le coordonnateur de la partie qui a traité les Institutions et la Gouvernance.

En 2001, le président Prodi l'a mis à la tête de la task-force qui a préparé le Livre blanc sur la gouvernance européenne, et au beau milieu de cette tâche il a bien voulu venir dans notre Groupe de réflexion pour nous parler des aspects éthiques que pose la nouvelle Gouvernance.

Ce soir, il nous conduira dans la discussion de cette problématique de la famille dans cette Gouvernance et qu'il nous présente sous le titre assez provocant de :

Familles, lobbies, groupe cible ou pilier de la subsidiarité sociale.