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Bruxelles,
le 24 juillet 2003
Chers Amis, cher Monsieur Vignon,
Nous sommes arrivés ce soir à la dernière des réunions
du cycle de cette année qui a porté sur les valeurs dans
la nouvelle constitution européenne.
Nous avons souligné quelques aspects des valeurs en jeu dans la
nouvelle Constitution et nous avons mis en relief la dialectique entre
:
le principe du pluralisme de conception chrétienne
le principe de la neutralité prôné par le laïcisme
militant
Le
caractère pluraliste de la société se manifeste dans
ses institutions qui doivent être régies par une saine laïcité
empreinte de respect pour les diverses convictions. Le primat de la dignité
de la personne humaine, constitue une orientation qui se veut à
la fois typiquement chrétienne, mais en même temps très
conviviale pour tous.
Ceci
est très différent d'une neutralité contraignante
qui exclut l'expression positive des religions et des philosophies, qui
prétend reléguer Dieu et l'Eglise à la vie privée,
sans que le fait d'être croyant se manifeste dans la vie publique.
L'idéologie totalisante de la neutralité veut reléguer
l'idée de Dieu à un subjectivisme qui n'a pas droit de cité,
qui doit être relégué dans le fonds des consciences,
des synagogues, des mosquées, et des églises.
Pendant nos réunions de cette année:
M. Jacques Santer a mis en évidence les lieux de la nouvelle Constitution
où il convient de faire référence à la religion.
Mgr Léonard et le Prof. Montero nous ont fait approfondir les principes
des rapports entre Etat et Eglise qui sont la conséquence du précepte
de Jésus : Donnez à César ce qui est à César
et à Dieu ce qui est à Dieu.
Le père Voeking nous a aidé à comprendre comment
se pose la question de la manifestation publique de l'islam en Europe.
Ce soir, nous allons discuter avec Jérôme Vignon un aspect
essentiel de l'application du principe de subsidiarité : le rôle
social de la famille.
Il m'est agréable de rappeler que la rencontre que nous avons aujourd'hui
avec vous, Monsieur Vignon, est en continuité avec la réunion
que nous avons eue avec vous il y a deux ans sur la Gouvernance européenne.
A ce moment, vous étiez le directeur de la Task-force de la Commission
européenne qui préparait le livre blanc sur ce thème.
En cette occasion là, nous avons souligné que l'entrée
officielle dans le débat communautaire de la place à réserver
à la société civile dans la gestion de l'Union, représente
un nouveau pas important dans la mise en uvre du principe de subsidiarité.
En effet, jusqu'à présent, on a eu recours à ce principe
pour repartir le niveau décisionnel entre différents niveaux
de l'autorité publique. Mais on n'avait jamais encore porté
l'application de ce principe à la répartition des tâches
entre secteur public et secteur privé, c'est-à-dire entre
secteur public et ce qu'on appelle la société civile qui
représente le niveau associatif des corps intermédiaires
de la société.
Ce soir, M. Vignon continue à expliciter sa pensée sur le
rôle qui revient à la famille dans la gestion de la chose
publique.
Dans le changement d'époque que nous sommes en train de vivre,
dans notre monde de la post-modernité, la famille aussi est en
crise et elle a un rôle à jouer qui est d'autant plus difficile.
Avant de laisser la parole à M. Vignon, il me revient, suivant
la méthode de travail de notre Groupe de réflexion, de tâcher
d'exposer quelques aspects de la morale sociale qu'enseigne l'Eglise et
qui à mon jugement se rapportent au thème en discussion
ce soir.
Permettez-moi de rappeler simplement quelques paragraphes de l'extrait
du document de Jean-Paul II sur la famille Familiaris consortio que nous
vous avons envoyé avec l'invitation:
La relation étroite entre famille et société exige
d'une part, l'ouverture et la participation de la famille à la
société et à son développement, mais d'autre
part, elle impose à la société de ne jamais manquer
à son devoir fondamental de respecter et de promouvoir la famille.
Il est certain que la famille et la société ont des rôles
complémentaires dans la défense et la promotion des
biens communs à tous les hommes et à tout homme. Mais la
société, et plus précisément l'Etat, doivent
reconnaître que la famille est une "société jouissant
d'un droit propre et primordial" (111) et ils ont donc la grave obligation,
en ce qui concerne leurs relations avec la famille, de s'en tenir au
principe de subsidiarité.
En vertu de ce principe l'Etat ne peut pas et ne doit pas enlever aux
familles les tâches qu'elles peuvent fort bien accomplir seules
ou en s'associant librement à d'autres familles; mais il doit au
contraire favoriser et susciter le plus possible les initiatives responsables
des familles. Les autorités publiques, convaincues du fait que
le bien de la famille est pour la communauté civile une valeur
indispensable à laquelle on ne saurait renoncer, doivent s'employer
le plus possible à procurer aux familles toute l'aide - économique,
sociale, éducative, politique, culturelle - dont elles ont besoin
pour remplir de façon vraiment humaine l'ensemble de leurs obligations.
Une
partie d'entre vous, vous connaissez déjà M. Vignon parce
qu'il est déjà intervenu dans notre Groupe en février
2001. Mais permettez-moi de vous rappeler que Jérôme VIGNON,
est actuellement le Directeur à la Commission européenne
pour les Questions relatives à la Protection sociale et intégration
sociale.
Jérôme Vignon a été un proche collaborateur
du président Delors. Il a aidé le président pendant
toute la période où Jacques Delors a relancé l'Union
monétaire et l'a portée à sa consécration
dans les textes du Traité de Maastricht. Ensuite, Jérôme
Vignon a dirigé la cellule de prospective de la Commission, la
boîte à penser de la présidence pour entrevoir les
problèmes qui peuvent se poser dans le futur et proposer à
temps des initiatives. Pendant cette période, il a notamment dirigé
l'étude sur les Scénarios de l'Europe de 2010 et a été
le coordonnateur de la partie qui a traité les Institutions et
la Gouvernance.
En 2001, le président Prodi l'a mis à la tête de la
task-force qui a préparé le Livre blanc sur la gouvernance
européenne, et au beau milieu de cette tâche il a bien voulu
venir dans notre Groupe de réflexion pour nous parler des aspects
éthiques que pose la nouvelle Gouvernance.
Ce soir, il nous conduira dans la discussion de cette problématique
de la famille dans cette Gouvernance et qu'il nous présente sous
le titre assez provocant de :
Familles, lobbies, groupe cible ou pilier de la subsidiarité
sociale.
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