|
|
|
Rendez
donc à César ce qui est à César, et à
Dieu ce qui est à Dieu" (Mt 22, 21).
|
|
|
PROCLAMATION
DE SAINT THOMAS MORE
COMME PATRON DES RESPONSABLES DE GOUVERNEMENT ET DES HOMMES POLITIQUES 31 octobre 2000 |
|
| Très
Saint-Père, .. Saint Thomas More apparaît comme l'exemple parfait de cette "unité de vie " dont Votre Sainteté a indiqué qu'elle était comme étant l'expression spécifique de la sainteté pour les laïcs: "L'unité de la vie des fidèles laïcs revêt une énorme importance : ils doivent en effet se sanctifier dans la vie ordinaire, sociale et professionnelle ; pour pouvoir répondre à leur vocation, donc, les fidèles laïcs doivent se tourner vers les activités de la vie quotidienne comme vers une occasion d'union avec Dieu, d'accomplissement de sa volonté et de service envers les autres hommes " (Christifideles laici, n. 17). Chez Thomas, il n'y eut jamais cette fracture entre la foi et la culture, les principes et le quotidien, que le Concile Vatican Il dénonce comme étant "parmi les plus graves erreurs de notre époque " (Gaudium et spes, n. 43) . "Rendez donc à César ce qui est de César, et à Dieu ce qui est de Dieu " (Mt 22,21): Thomas More comprit que si ces paroles du Christ témoignent de la séparation entre le temporel et le spirituel, elles engagent aussi la conscience du chrétien à vivre au quotidien les valeurs de l'Évangile, en refusant tout compromis, jusqu'à l'héroïsme du martyre, qu'il affronta en toute humilité. .. Il fut martyr de la liberté au sens le plus moderne du mot, car il s'opposa à la prétention du pouvoir d'avoir une emprise sur les consciences, ce qui a toujours constitué la tentation -l'histoire du XXème siècle en est le tragique témoignage -de ces systèmes politiques qui se croient au-dessus de tout. Fidèle aux institutions de son peuple -Ecclesia anglicana libera sit- (Magna Charta) -il fut un lecteur attentif de l'histoire : celle-ci lui montrait comment la primauté de Pierre constitue une assurance de liberté pour les Églises particulières; ainsi saint Thomas More donna-t-il sa vie pour défendre la liberté de l'Église vis-à-vis de l'État, en défendant du même coup la liberté et la primauté de la conscience du citoyen vis-à-vis du pouvoir civil. Il fut donc martyr de la liberté parce qu'il fut martyr de la primauté de la conscience, cette conscience qui nous rend pleinement responsables de nos décisions, maîtres de nous-mêmes, soumis uniquement à la contrainte, propre de la nature humaine, qui nous lie à Dieu. Proclamation par Jean-Paul II 1. De la vie et du martyr de saint Thomas More se dégage un message qui traverse les siècles et qui parle aux hommes de tous temps de la dignité inaliénable de la conscience, dans laquelle, comme le rappelle le Concile Vatican II, réside "le centre le plus secret de l'homme et le sanctuaire où il est seul avec Dieu dont la voix se fait entendre dans ce lieu le plus intime" (Gaudium et spes, n. 16). Quand l'homme et la femme écoutent le rappel de la vérité, la conscience oriente avec sûreté leurs actes vers le bien. C'est précisément pour son témoignage de la primauté de la vérité sur le pouvoir, rendu jusqu'à l'effusion du sang, que saint Thomas More est vénéré comme exemple permanent de cohérence morale. Même en dehors de l'Église, particulièrement parmi ceux qui sont appelés à guider les destinées des peuples, sa figure est reconnue comme source d'inspiration pour une politique qui se donne comme fin suprême le service de la personne humaine. .. 4. De nombreuses raisons militent en faveur de la proclamation de saint Thomas More comme Patron des Responsables de gouvernement et des hommes politiques. Entre autres, le besoin ressenti par le monde politique et administratif d'avoir des modèles crédibles qui indiquent le chemin de la vérité en une période historique où se multiplient de lourds défis et de graves responsabilités. Aujourd'hui, en effet, des phénomènes économiques fortement innovateurs sont en train de modifier les structures sociales; d'autre part, les conquêtes scientifiques dans le secteur des biotechnologies renforcent la nécessité de défendre la vie humaine sous toutes ses formes, tandis que les promesses d'une société nouvelle, proposées avec succès à une opinion publique déconcertée, requièrent d'urgence des choix politiques clairs en faveur de la famille, des jeunes, des personnes âgées et des marginaux. Mentionnant des exemples semblables de parfaite harmonie entre la foi et les uvres, j'ai écrit dans l'exhortation apostolique post-synodale Christifideles laici que "l'unité de la vie des fidèles laïcs est d'une importance extrême: ils doivent en effet se sanctifier dans la vie ordinaire, professionnelle et sociale. Afin qu'ils puissent répondre à leur vocation, les fidèles laïcs doivent donc considérer les activités de la vie quotidienne comme une occasion d'union à Dieu et d'accomplissement de sa volonté, comme aussi de service envers les autres hommes" (n. 17). Tel est le but où le conduisit sa passion pour la vérité. On ne peut séparer l'homme de Dieu, ni la politique de la morale; telle est la lumière qui éclaira sa conscience. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, "l'homme est une créature de Dieu, et c'est pourquoi les droits de l'homme ont en Dieu leur origine, ils reposent dans le dessein de la création et ils entrent dans le plan de la rédemption. On pourrait presque dire, d'une façon audacieuse, que les droits de l'homme sont aussi les droits de Dieu" (Discours du 7 avril 1998 aux participants à la Rencontre universitaire internationale UNIV'98). . Le Concile cuménique Vatican II, dans la constitution Gaudium et spes, remarque que, dans le monde contemporain, grandit "la conscience de l'éminente dignité qui revient à la personne humaine, du fait qu'elle l'emporte sur toute chose et que ses droits et devoirs sont universels et inviolables" (n. 26). L'histoire de saint Thomas More illustre clairement une vérité fondamentale de l'éthique politique. En effet, la défense de la liberté de l'Église contre des ingérences indues de l'État est en même temps défense, au nom de la primauté de la conscience, de la liberté de la personne par rapport au pouvoir politique. C'est là le principe fondamental de tout ordre civil, conforme à la nature de l'homme. |
|