JUBILÉ DES RESPONSABLES DE GOUVERNEMENTS,
DES PARLEMENTAIRES ET DES HOMMES POLITIQUES


4-5 novembre 2000


1. JEAN-PAUL II : Discours

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4. Je voudrais maintenant dire un mot particulier à ceux d'entre vous qui ont la tâche très délicate d'élaborer et d'approuver les lois; c'est une tâche qui rapproche l'homme de Dieu, Législateur suprême : dans sa Loi éternelle toute loi puise, en dernière analyse, sa valeur et sa force contraignante. C'est précisément à cela que l'on se réfère quand on affirme que la loi positive ne peut contredire la loi naturelle, cette dernière n'étant pas autre chose que l'indication des normes premières et essentielles qui règlent la vie morale, et donc de ce qui constitue les caractères, les exigences et les valeurs les plus hautes de la personne humaine. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire dans l'encyclique Evangelium vitæ, "le fondement de ces valeurs ne peut se trouver dans des "majorités" d'opinion provisoires et fluctuantes, mais seulement dans la reconnaissance d'une loi morale objective qui, en tant que "loi naturelle" inscrite dans le cœur de l'homme, est une référence normative pour la loi civile elle-même" (n. 70).

Cela veut dire que les lois, quels que soient les domaines dans lesquels le législateur intervient ou est obligé d'intervenir, doivent toujours respecter et promouvoir - dans la variété de leurs exigences spirituelles et matérielles, personnelles, familiales et sociales - les personnes humaines. C'est pourquoi,une loi qui ne respecterait pas le droit à la vie - de la conception à la mort naturelle - de l'être humain, quelle que soit la condition dans laquelle il se trouve - qu'il soit sain ou malade, encore à l'état embryonnaire, âgé ou en phase terminale - n'est pas une loi conforme au dessein divin; aussi un législateur chrétien ne peut-il ni contribuer à la formuler ni l'approuver en séance parlementaire, bien que, là où cela existe, il lui soit licite de proposer des amendements qui en atténuent le caractère dommageable lors des discussions au Parlement. Il faut en dire autant de toute loi qui nuirait à la famille et porterait atteinte à son unité et à son indissolubilité, ou bien qui conférerait une valeur légale à des unions entre personnes, y compris de même sexe, qui prétendraient se substituer avec les mêmes droits à la famille fondée sur le mariage entre un homme et une femme.

Il n'y a pas de doute que, dans l'actuelle société pluraliste, le législateur chrétien se trouve face à des conceptions de la vie, à des lois et à des demandes de légalisation qui sont contraires à sa conscience. C'est alors la prudence chrétienne, vertu propre à l'homme politique chrétien, qui lui indiquera comment se comporter pour ne pas manquer, d'une part, à l'appel de sa conscience correctement formée, ni d'autre part à sa tâche de législateur. Il ne s'agit pas, pour le chrétien d'aujourd'hui, de sortir du monde où l'appel de Dieu l'a placé, mais de donner un témoignage de sa foi et d'être logique avec ses principes, dans les circonstances difficiles et toujours nouvelles qui caractérisent la sphère de la politique.
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2. JEAN-PAUL II : Homélie

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3. J'ai voulu réfléchir avec vous, Responsables de Gouvernements, Parlementaires et Hommes politiques, sur le sens et sur la valeur de la Loi divine, car il s'agit d'une question qui vous touche de près. N'est-ce pas votre labeur quotidien que d'élaborer des lois justes, et de les faire accepter et appliquer ? En réalisant cela, vous êtes convaincus de rendre un service important à l'homme, à la société, à la liberté elle-même. Et cela à bon droit. En effet, la loi humaine, si elle est juste, n'est jamais contre la liberté, mais à son service. C'est ce que le sage païen avait déjà perçu lorsqu'il déclarait: "Legum servi sumus, ut liberi esse possimus" - "Nous sommes les esclaves des lois, pour pouvoir être libres" (Cicéron, De legibus, II, 13).

Cependant, la liberté à laquelle Cicéron fait référence se situe principalement au niveau des relations extérieures entre les citoyens. Comme telle, elle risque de se réduire à un équilibre convenable entre des intérêts respectifs, et à la rigueur entre des égoïsmes contradictoires. Au contraire, la liberté à laquelle fait appel la parole de Dieu s'enracine dans le cœur de l'homme, un cœur que Dieu peut libérer de l'égoïsme, le rendant capable de s'ouvrir à l'amour désintéressé.

….D'autre part, la cohérence personnelle de l'homme politique a besoin de s'exprimer aussi par une conception correcte de la vie sociale et politique, qu'il est appelé à servir. Dans cette perspective, un homme politique chrétien ne peut pas faire autrement que de se référer aux principes que la doctrine sociale de l'Église a développés au cours de l'histoire. Comme on le sait, ces principes ne constituent pas une "idéologie" et moins encore un "programme politique", mais ils offrent les lignes de force d'une compréhension de l'homme et de la société à la lumière de la loi éthique universelle, qui est présente dans le cœur de l'homme et qui a été approfondie par la révélation évangélique (cf. Sollicitudo rei socialis, n. 41). Il vous revient, chers Frères et Sœurs engagés dans la vie politique, de vous en faire des interprètes convaincus et actifs.

Certes, dans l'application de ces principes à la réalité politique complexe, il sera souvent inévitable de rencontrer des domaines, des problèmes et des circonstances qui peuvent légitimement donner lieu à des évaluations concrètes différentes. Mais en même temps, on ne peut justifier un pragmatisme qui, même en ce qui concerne les valeurs essentielles et fondatrices de la vie sociale, réduirait la politique à une pure médiation d'intérêts ou, pire encore, à une question de démagogie ou de calculs électoralistes. Si le droit ne peut pas et ne doit pas couvrir toute la sphère de la loi morale, il faut aussi rappeler qu'il ne peut aller "à l'encontre" de la loi morale.

5. Cela prend une importance particulière dans la période actuelle d'intenses transformations, qui voit apparaître une nouvelle dimension de la politique. Le déclin des idéologies s'accompagne d'une crise des formations politiques, qui pousse à entendre de manière renouvelée la représentation politique et le rôle des institutions. Il convient de redécouvrir le sens de la participation, en engageant davantage les citoyens dans la recherche de voies opportunes pour aller dans le sens d'une réalisation toujours plus satisfaisante du bien commun.

Dans un tel engagement, le chrétien se gardera de céder à la tentation de l'opposition violente, souvent source de grandes souffrances pour la communauté. Le dialogue reste l'instrument irremplaçable pour toute confrontation constructive, au sein même des États comme dans les relations internationales. Et qui pourrait assumer cette "charge" du dialogue mieux que l'homme politique chrétien qui, chaque jour, doit se confronter avec ce que le Christ a qualifié de "premier" des commandements, le commandement de l'amour ?