Cycle de réunions 2005 |
par
Vice-président du Centre International de Formation Européenne (CIFE) de Nice
2 juin 2005
Introduction
La famille peut être définie comme suit: un homme, une femme et, si Dieu le veut, des enfants.
La personne est caractérisée, d'une part, par une identité unique et ininterchangeable et, d'autre part, par son appartenance à la société globale et à de nombreuses communautés, depuis la famille jusqu'à l'humanité.
La société commence là où il y a des relations sociales, soit informelles (par exemple une conversation informelle dans un train) soit formelles. L'on peut envisager la société mondialisée, où les relations ne sont pas toujours conscientes et se font par des intermédiaires (les médias), mais aussi des communautés à échelle humaine où les hommes se connaissent et peuvent communiquer directement les uns avec les autres.
Chapitre premier - La crise de la famille et de la société et ses conséquences sur la personne.
Le mot crise n'est pas employé ici de façon pessimiste. En grec ancien, "Krisis" signifie mise en jugement, mise en question. D'une crise peut sortir une renaissance, un renouveau.
Les statistiques montrent le nombre croissant des divorces dont souffrent les enfants. En raison de l'individualisme dominant, les jeunes hésitent à se marier, à se lier. De manière plus globale, les gens ne veulent plus s'engager, que ce soit dans des syndicats, des partis, des associations, des paroisses ou dans la famille. Il en résulte une augmentation de la solitude des personnes âgées, notamment dans les villes et chez les agriculteurs.
Quelles sont les racines de cette crise?
- L'égoïsme.
- Ce qui compte dans notre société. Une femme au foyer est considérée comme inférieure par rapport à une femme qui fait carrière. Cependant, lorsque les deux parents travaillent, les enfants souffrent de solitude, d'un manque d'amour.
- La télévision et l'ordinateur qui renforcent le manque de communication.
- L'éducation dans la famille et à l'école. L'on est passé d'un extrême à l'autre, de l'éducation autoritaire à l'éducation non autoritaire. Si l'on permet tout aux enfants, cela engendre des problèmes: ils veulent une liberté absolue (cf. infra). Les instituteurs et les professeurs, même dans les écoles chrétiennes, ont eux-mêmes souvent arrêté une vie familiale normale. Ils donnent le mauvais exemple et critiquent l'Eglise.
- L'idéologie dominante pour qui seule compte "la liberté", à l'exclusion des autres valeurs. La liberté, pour cette idéologie, signifie "tout est permis".
- Les médias, la culture dominante où les "vedettes" , ceux qui ont du succès, qui sont admirés, montrent des exemples catastrophiques en ce qui concerne la famille.
Chapitre II - La crise de la société ou de la civilisation.
La civilisation est le résultat d'une société.
La crise trouve sa source dans l'individualisme, l'égoïsme. Le succès, en lui-même, n'est pas mauvais; il ne le devient que s'il compte avant toute autre chose, si, pour l'atteindre, l'on blesse ou ne respecte plus les autres. De nos jours, le succès dans le sport, la politique, la profession, compte plus que la solidarité avec les autres. Même au sein de la famille, chacun veut avoir raison, être le chef, avoir du succès.
La société est marquée par un manque de communication. Les gens ne se parlent pas. La vie privé de l'autre ne doit pas me concerner: on peut plaisanter, parler de politique ou de sport, mais pas de la vie privée. Ce phénomène, typiquement continental, est moins marqué en Grande-Bretagne et, surtout, aux Etats-Unis.
La solitude des personnes âgées se multipliera lorsque les jeunes qui ne veulent pas se marier seront vieux à leur tour.
La spécialisation à outrance du langage est également une des sources de la difficulté à communiquer.
Chapitre III - Que faire?
Les chrétiens et les fidèles des autres religions ont une conception de la communication fondée sur la reconnaissance de la nécessité d'aimer l'autre (cf. le pardon et l'amour de l'ennemi).
Il faut développer la vie communautaire. Il faut prendre des mesures pour sauver et renforcer la famille, éduquer les enfants en faveur de la famille, ce qui est plus facile à faire dans les familles nombreuses (pourquoi ne pas inviter les enfants uniques dans les familles nombreuses, car le partage de l'amour est essentiel pour la famille?). L'un des deux parents doit toujours être auprès des enfants. Les voisins doivent se rencontrer, régler leurs problèmes en commun. Il faut s'occuper de ses voisins et de ses collègues, leur parler et, surtout, les écouter. Pour trouver une solution aux conflits, comprendre l'autre, il convient de se demander pourquoi il agit ou parle comme il le fait.
Cette solidarité doit aller, au-delà de la famille et des amis, vers la société. La solidarité ne connaît pas de frontière, comme le montre la parabole du bon Samaritain. L'amour du prochain commence avec la famille et concerne toutes les communautés et l'humanité entière.
Conclusion.
Méditons cette réflexion de Denis de Rougemont: une civilisation se trouve en crise grave si les gens se demandent ce qui va leur arriver au lieu de se demander que faire.
oOo